‹ L'évolution de l'éducation dans les diverses races humainesChapitre 129 sur 141 · II. — Uéducalion carolingienne · texte numérisé non relu

II. — Uéducalion carolingienne

Bien avant la chute île Tempire romain d'Occident, 'organisation et renseignement des Druides avaient disparu de la Gaule; mais nombre de villes latinisées. Autan, Bordeaux, Marseille, Tours, Trêves avaient fondé de savantes académies, où, de toutes parts, on venait s'instruire et se policer. Au commencement du V® siècle, quand l'invasion germanique ravagea les Gaules, tous ces centres intellectuels furent détruits. Néanmoins, l'usage de la langue latine était alors tellement répandu, qu'il survécut à la disparition des académies et, dans une certaine mesure, s'imposa aux envahisseurs eux-mêmes ( I ). Plusieurs princes mérovingiens, Childebert, Charibert, Chilpéric, par exemple, parlaient bien latin. Cependant tout enseignement régulier avait dispara et la plupart des rois mérovingiens ne surent pas écrire. Leurs signatures, que nous possédons, sont des dessins en monogrammes, quand elles ne sont pas tracées en suivant les traits évidés d'une plaque métallique, découpée à cet effet (2). On assure que Charlemagne lui-même charmait ses insomnies en s'exerçant à copier des modèles d'écriture (3). Ce fut pourtant ce prince, qui essaya, le premier, de réorganiser dans son empire un système d'instruction publique. A l'âge d'environ trente ans, il eut le courage de se faire lui-môme écolier. Avec Pierre de Pise il étudia ce qu'on appelait encore la Grammaire, c'est-àdire toute la littérature ; avec Alcuin, son gendre, la rhétorique, la dialectique el l'astronomie de son temps (4).

(i) LpgtMulre. Mœurs et coutumes des Français. 94.

(2) A. Fmnklin. Ecoles et collèges. 7.

(3; Kiziiihnrd. Vitn et gesta Karoli MagnL Cap. XXVI

(4) Ibid. X\V.

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Tout en se passionnant ainsi pour la science latine, Charlemagne n'en conservait pas moins les mœurs barbares de sa race. Ainsi, il essaya de remplacer la nomenclature latine des mois par des dénominations pittoresques usitées en Germanie ; janvier par Wintonnanoth (mois de la bouc), mai par W innemanoth (mois de délices), octobre par Windermemanoth (mois do vendanges) etc. (l). Sans résidence fixe, Charlemagne errait avec sa cour, ses. services palatins, sa famille à travers son vaste empire et les champs de bataille (2). Polygame endurci, à la manière des Germains, il n'eut pas moins de neuf femmes, dont quatre réputées concubines (3). Pour punir les Saxons, révoltés contre sa domination, il en fit décapiter 4.500 en un seul jour (4), vaste massacre digne d'un Gengis-Khan. Mais ce barbare fut un grand fondateur d'écoles. D'abord il perfectionna son Ecole palatine, instituée par les Mérovingiens et née du besoin de comprendre les textes latins pour les chanter dans les églises. Le chapelain du Palais commença par recevoir, parmi ses auditeurs clercs, les jeunes Leudes, recommandés au roi et lui servant de domestiques ou pages; en même temps il leur enseignait la grammaire et la littérature. Puis Pépin le Bref dédoubla cette École palatine et confia renseignement littéraire et scientifique à des professeurs spéciaux \^5). Enfin Charlemagne institua des chaires pour quelques hommes distingués, comme Âlcuin, Pierre de Pise, etc. L'abbaye de St-Martin de Tours, avec ses 20.000 serfs, récompensa Alcuin de son zèle (6). L'empereur voulait faire de son Ecole palatine une école modèle.

(1) A. Vétault. Charlemagne. 379.

(2) Ibid. 368.

(3) Ibid. 369

(4) Legendre. Mœurs et coutumes d^s Français. 51.

(5) A. Vétault. Charlemagne. 398-399.

^0) Tourmagne. Hisl. du servage. 28.

On y enseignait d'abord le Trivium, c'est-à-dire la Grammaire (les humanités), la rhétorique et la dialectique, puis le Quadrivium, c'est-à-dire Tarithmélique, la musique, la géométrie et Fastronomie. Toutes ces matières constituaient les éléments de la Philosophie^ laquelle n'était elle-même considérée que comme une préparation à la science des sciences, à la Théologie (1) : la lumière sous le boisseau. En même temps, le souverain fondait, suscitait ou laissait naître de nombreuses écoles dans tout l'empire. La plupart de ces écoles s'ouvrirent dans les églises cathédrales ou dans les plus riches abbayes. Dans les petites, on enseignait les humanités; dans les grandes, la Théologie (2). Ce furent des écoles abbatiales ou épiscopaleSj destinées seulement aux jeunes gens des classes supérieures et spécialement à ceux qui désiraient entrer au service de TÉglise (3). Il y eut de ces écoles à Fonlenelle, à Ferrières, à St-Denis, à St-Germain, à Tours, etc., pour la France; à St-Amand, à Liège, etc., pour la Belgique ; à Utrecht dans les Pays- Bas ; en Allemagne, à St-Gall, à Fulda, etc. etc. (4).

Toutes ces écoles étaient cléricales et nécessairement; puisque le clergé, à peu près seul, avait conservé des débris de l'antique savoir. L'empereur lui-même s'efforça d'intéresser le haut clergé à renseignement, en le lui montrant comme nécessaire à la religion et on lit dans une de ses circulaires aux métropolitains: « Nous avons estimé que les évêchés et les monastères... outre l'ordre de vie régulière et la pratique de notre Sainte Religion, doivent aussi mettre leur zèle à l'étude des lettres et les enseigner à ceux qui, Dieu aidant, peuvent apprendre chacun selon sa capacité... C'est pourquoi nous avons

(i) A. Vetaull. Loc.cit. 399-400.

(2) Legendre. Loc. cit. 94.

(3) J. Paroz. Loc. cil. 66.

(4) A. Vélault. Loc. cit. 397.

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commencé à craindre, que, si la science manquait dans la manière d'écrire, de même il n'y eut beaucoup moins d'intelligence qu'il n'en faut dans* Tinterprétation des Ecritures » (1). Il est permis de croire que ce style monastique était inspiré à l'empereur par la politique ; car, dans une autre circonstance, on prête à Charlemagne un langage beaucoup plus laïque et sensé. L'Ecole palatine recevait des élèves de toute provenance, non pas sans doute qu'elle fût ouverte à tout venant ; mais, pour y être admis, il n'était pas nécessaire d'être de haute lignée. Or, on rapporte qu'un jour l'empereur eut la curiosité d'inspecter les cahiers des écoliers et il put constater, que les élèves, de basse ou de moyenne extraction, faisaient les meilleurs devoirs, fort supérieurs à ceux de leurs condisciples distingués. Alors Charlemagne adressa aux élèves une allocution des plus pratiques. Aux élèves diligents, il dit : « Je vous loue, mes enfants, de votre zèle à remplir mes intentions et à soigner vos propres intérêts. Continuez et c'est pour vous que seront les riches évêchés et les magnifiques abbayes ». Ces élèves studieux et plébéiens étaient donc des clercs eu herbe. Aux jeunes nobles fainéants, l'empereur parla en ces termes : « Quant à vous, (ils des principaux de la nation, vous, enfants délicats et gracieux, vous avez négligé mes ordres et le soin de votre avancement pour vous abandonner aux jeux et à la mollesse. Mais, par le Roi des cieux, que d'autres vous admirent. Je ne fais, moi, nul cas de votre naissance et de votre beauté. Sachez et retenez bien, que, si vous ne vous hâtez de réparer votre négligence passée, vous n'obtiendrez jamais rien de Charles » (2).

Les précautions oratoires de l'Empereur, alors qu'il engageait les membres du haut clergé à fonder des

(1) A. Vétault. Loc, cil, 336.

(2) Monach. San Gall. De Gestis Caroli Magni, I. (Cité par VélauU. 400'.

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éi'o\e>. ijV'Lai^^yl rertaioemeul pas î^iiperflue* ; car. dès qu iJ fut d<:*venu uue pui^-s^aiice. le Chri^liaoislIIe s«* montra ré^olûnienl' hostile à la science et aa savoir laïques. L<^<; premières écules à Edesse, à Alexandrie, elc. furfTjl d^s écoles reliirîeuses avaut tout I . Au IV' siècle, Ba^ile-le-Graud, évêque de Césarée, conseille t»ncore de *^e farjjiiiarispr avec la littérature païenne, afin de pouvoir coiuLallre plus efficac^Miient le paganisme 2 ; mais, à la fin du XI*' siêcjf*, quand le Christianisme est bien décidéuient vainqueur. Gréi:oire-le-(irand n'admet plus qu'où pactise avec Terreur, ni<}me pour le bon motif* el il écrit à rév(>que de Sienne: * On me rapporte une chose, que je n«^ f»ui« répéter sans honte: on dit, que ta Fraternité explique la Grammaire à quelques personnes. Nous ^oniUK^s afnij:és...; car les louanges de Jupiter el celles de Jé^us-Cliri^t ne peuvent se trouver dans la même bouche " 3 . Aussi tout le beau zèle de Charlcmagne pour répandre le savoir de son temps fut à peu près stérile. Sans doute, les écoles qu'il fonda, étaient sous la direction du clergé, ou tout au moins fort chrétiennes dV^prit ; mais l'empereur y avait introduit trop de science profane. En réalité, elles étaient suspectes à TK^iliM* et ne répondaient alors à aucun besoin réel. De tels insuccès sont souvent réservées aux institutions imposées, émanées d'en haut. Les vraies, les vivantes écoles sont celles qui naissent d'elles-mêmes. C'est pourquoi, si imparfaites qu'elles fussent, les écoles du Moyen âge eurent souvent ce caractère de vitalité réelle.

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