IV. — La valeur de Véducation médioévale
En somme, rien n'est plus triste que toute cette pédagogie médioévale. Jamais système d'éducation ne fut à la
(0 Franklin. Loc. cit. 137-141.
(2) Lettres et missives de Henri IV. i. VII.p. 385 (cité par Franklin, 236).
(3) Franklin. Loc. cit. 237-241.
en. XVlll. ^- l'éducation MÉDIOÉYALE 529
fois plus faux et plus incomplet. De réducation physique, il n'est même pas question; elle se fait, comme elle peut, et, au point de vue de Thygiène aussi bien que de la morale^ le milieu dans lequel doivent vivre les écoliers est horrible. L'éducation intellectuelle, l'instruction, à laquelle on a seulement pensé, est tout aussi vicieuse. Elle est purement mnémonique; il ne s'agit pas de stimuler rintelligence et de lui donner, comme aliment, un savoir sérieux et solide. La science proprement dite est à peu près bannie de l'enseignement. Des mois, des mois et de niaises subtilités doivent suffire. Tout ce pseudosavoir est purement traditionnel et imposé. Les livres saints sont au-dessus de toute critique^ même respectueuse. La science laïque est représentée par quelques écrivains de l'antiquité, dont on apprend servilement le lexte. Quintilien, Platon, Arislole surtout, jouissent d'une autorité presque égale k celle qu'on accorde aux Pères de l'Église; il sont tenus pour infaillibles. La sophistique règne; seulement elle est devenue la scholastique. Ce que Ton admire surtout, c'est l'art d'argumenter dextrement, d'avoir toujours à son service, pour défendre une proposition quelconque, des arguments à foison; que ces arguments soient de nulle valeur, il n'importe. On tient qu'il n'y a d'autre vérité que la vérité révélée et l'on a presque perdu l'habitude de penser. Tout le système d'éducation semble combiné pourémousser Tintelligence et fausser la raison. Si l'Europe n'en a pas été abêtie pour jamais, c'est que, grâce au petit nombre des écoles, surtout des écoles inférieures, la masse de la population échappait à tout enseignement et vivait dans une ignorance profonde, mais relativement salutaire. On s'abuserait en croyant que ce lamentable élat de choses finit avec le Moyen âge historique. Nous allons voir, qu'avec quelques atténuations il a persisté jusqu'aux temps modernes.