I. — La psychologie de l'enfant
d(^vcloppement des races est aujourd'hui un itoriété vulgaire ; on n'ignore mOme pas que nffrîeurcs d'entre elles sont mcnlalement, ati
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dire de tous les observateurs, analogues à nos enfants. Enfin, dans nos pays d'Europe ou plutôt dans tous les pays plus ou moins civilisés, Téducation première s'adresse à l'enfant, beaucoup plus apte que l'adulte à recevoir des impressions perturbatrices, c'est-à-di^e propres à influencer son évolution psychique. Il ne sera donc pas hors de propos de signaler brièvement les principaux traits qui caractérisent Tentendement enfantin dans nos races blanches, actuellement les plus civilisées et surtout les plus civilisables. Cette petite enquête préalable sera même une bonne préparation à notre étude sur l'éducation dans les diverses races. Non pas que nous ayons à faire une exposition complète de la psycho* logie enfantine ; mais il convient de mettre en relief les côtés par lesquels elle se rapproche de celle des races sauvages.
Or, tous les voyageurs, tous .les observateurs des races inférieures s'accordent à dire que les sauvages de tous les pays sont remarquables par leur extrême mobilité, ce qui implique à la fois une grande impressionabilité, une attention débile et une mémoire fugace ; mais ce sont là des traits essentiellement enfantins et ils se retrouvent aussi chez les jeunes animaux. Nos enfants et les jeunes de nos animaux domestiques ont en effet une mentalité des plus instables ; tout les émeut, tout les agite : un bruit, une lueur, un désir fugitif, aussi sont-ils incapables d'attention; en outre ils n'ont ni suite dans les idées, ni tenue dans la conduite, parce que la pratique de la vie ne les a pas encore dotés d'habitudes, de mobiles incarnés, organisés dans le cerveau et créant une personnalité, un caractère propre. Chez eux, les divers systèmes d'organes ne sont pas disciplinés ; il n'y a point, par exemple, de pouvoir central dictant sa volonté aux muscles, qui, eux, ont besoin de fonctionner sans cesse ; aussi le jeune enfant ne saurait tenir en place et il en est de même des
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adultes qui ont consente un caractère enfantin. De eurieuses observations de Gallon ont montré, que, môme chez la moyenne de nos adultes, le besoin de mouvemeni se réveille, alors que Tattention se fatigue. Ainsi Galtoa a noté, qtt*en écoutant un discours ennuyeux, les assistants manifestent leur croissante fatigue intellectuelle par des mouvements involontaires et de plus en plus fréquents, pouvant atteindre le nombre de 45 par minute ; or, ces mouvements sont si bien liés à la fatigue de Fattention que. si, au cours de sa harangue pénible, Foraleur rencontre et signale quelque détail intéressant, les mouvements automatiques de l'auditoire deviennent immédiatement plus rares, diminuent parfois de moitié et, toujours, sont plus brefs et moins rapides (1).
Mais la mobilité de Tenfant tient sûrement, pour une part, à ce que sa mémoire n*a encore emmagasiné que peu de souvenirs; car celte mémoire commence par être très peu tenace, à ce point même que, durant les premières années de la vie, les sensations et impressions, pourtant si nombreuses, ne semblent laisser dans le cerveau aucune trace persistante. Cet oubli pourtant est moins complet qu*il ne semble; car parfois il arrive dans un âge plus avancé que des empreintes mnémoniques, jusque-là restées latentes, se réveillent, par exemple, alors qu*on retourne aux lieux où se sont écoulées les premières années de Tenfance (2). Il est presque superflu de rappeler qu'il existe des mémoires très diverses, que chaque déparlement de la vie de conscience a sa mémoire propre, qu'on trouve chez tout être humain complet, une. mémoire musculaire, une mémoire sensitive, une mémoire affective el une mémoire spécialement inlellectuelie. Dans nos sociétés civilisées, c'est celte dernière»
(0 nevu^ sri**nlifitfue. Il Juillet 1885.
[2] B. Perez. L'enfant de trois à sept a/M-, i-
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la mémoire intellectuelle, plus exactement la mémoire scolaire, qui est surtout cultivée dans l'enseignement à tous les degrés. C'est par elle que Ton brille et que Ton acquiert glorieusement brevets et diplômes. Il importe de remarquer que ce genre de mémoire n'est pas nécessairement lié avec les hautes facultés de l'esprit, savoir: l'intelligencc, la puissance de raisonnement, l'invention etc. M<>me certains idiots, absolument dépourvus de ces qualités mentales d'ordre supérieur, sont au contraire richement doués du côté de la mémoire purement verbale et mécanique. Assez souvent aussi on trouve, dans nos écoles, des jeunes élèves affligés de ces mémoires psittaciques. Telle était cette jeune iillc, dont nous parle M. Bernard Ferez, qui pouvait réciter sans broncher toute V Histoire de France de Magin et qui, interrogée sur les sujets mêmes débités par elle, fitTétonnante série de réponses que voici : elle dit, que Marseille avait été fondée 600 ans après Jésus-Christ; que Jésus-Christ était né après le commencement de l'ère chrétienne ; que les Anglais avaient apporté le protestantisme en France ; que mademoiselle de La Vallière avait été l'épouse de Napoléon; enfin que les soldats français avaient beaucoup souffert au passage du Golgotha (I). Sans doute c'est là un cas excessif, mais il est typique et peut servir à nous faire voir, comme au microscope, le vide, l'inutilité de l'enseignement purement verbal. Ce genre de mémoire n'est pas, comme bien on pense, en honneur chez les races incultes; mais nous le retrouverons, et toujours fort estimé, chez beaucoup de peuples civilisés.
Si inférieure que soit la mémoire purement verbale eu l'absence des hautes facultés mentales, elle est cependant, partout et dans toutes les races, précieuse pour acquérir le langage parlé, et la facilité avec laquelle nos
(1) B. Ferez. Loc, cit., 15.
L ÊVOLtTlON DE L fcDUCATIOn
ipprennent sans y songer, par simple psittacîsme, ulsire essentiel d'une el même de plusieurs lanîste que, daos notre espèce humaine, la mémoire est extrêmement développée, dès le premier âge. ins l'enfant n'apprend pas tout d'abord des mots; il ce par chanter avant de parler, saivaut sûrement l'évolution par laquelle a passé le genre humain. I à peu la voix parlée prime, chez le jeune enfant. chantée. On a pourtant remarqué que, même à quatre à cinq ans, les enfants parlicuUèremenl )ur la musique trouvaient encore autant de plaisir r qu'à parler (1). On a noté aussi, qu'en entendant
l'enfant est plus impressionné par le timbre de ]ue par la mélodie elle-même (2) ; que toujours e la musique chantée à la musique inslrumen- !t tous CCS faits viennent corroborer l'hypothèse mblablc suivant laquelle l'homme aurait été un chantant avant de devenir un animal parlant. e faut-il attribuer k ce très antique passé du jmain, ressuscitant çà et là par atavisme, la sinapparition de facultés musicales très dévetophez des enfants, dont les parents ne sont aucuneués pour la musique.
fondé à dire que l'enfant chante natorellement, [>n le lui enseigne; bien entendu, il chante à sa ; mais, ponr parler, il faut absolument qu'il enrler. Il est inutile de rappeler les célèbres expédu pharaon Psammétique et du sultan Akbar. nos enfants sourds-muets nous prouvent, tous les ï vérité de cette proposition ; mais, à condition re parler el de vivre en société, les enfants devienlément créateurs d'Idiomes nouveaux. Ainsi les
ereï, Loc. cil., 304.
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enfanls des Indiens peaux- rouges (Farrar), ceux des Cafres (MofTat) abandonnés à eux-mêmes et ensemble, sans qveles parents s'en occupent, créent à leur usage de nouveaux dialectes difficilement intelligibles pour les adultes. Un autre caractère est commun aux enfants et aux sanvageSy c'est le besoin d'extériorer leurs idées ou plutôt leurs images mentales par des représentations rythmiques, où l'enfant est à la fois acteur et spectateur. Or, en étudiant l'évolution littéraire, nous avons vu que, sans exception connue, les premières manifestations littéraires des diverses races humaines ont été des représentations mimées et chantées, ce que j'ai appelé des opérasballets (1). Bien d'autres analogies mentales entre Tenfant européen et le sauvage pourraient encore être énumérées, par exemple, l'identité entre les dessins spontanés des uns et des autres, leur égale inaptitude mathématique ; mais je ne saurais allonger outre mesure cette introduction psychologique et j'ai hâte d'aborder le sujet même de cet ouvrage, en traitant de l'éducation chez les races humaines les plus humbles, chez les Mélanésiens.