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III. — Les connaissances supérieures en Polynésie

Occupons-nous d'abord des connaissances les plus abstraites, de celles qui, chez les primitifs, sont les plus propres à donner une idée de la puissance intellectuelle : de la numération et de la mesure du temps. En Polynésie, les noms de nombre indiquent une numération décimale, puisqu'il y avait dix noms de nombre pour aller de un à dix ; au-delà de dix, on mettait simplement la syllabe ma devant les noms des premiers nombres, un, deux, trois, etc : ma-Za/i?, onze ; ma-roua, douze, etc (1). Pourtant à la Nouvelle-Zélande, on trouva en usage une sorte de numération undécimale, c'est-à-dire que, dans leurs calculs, les indigènes procédaient par multiples de onze et les premières écoles des missions curent môme quelque peine à réformer cette numération (2) ; mais ce ne dut être qu'une singularité locale ; car, partout ailleurs, même dans les autres districts de la Nouvelle-Zélande, on calculait par dizaines et vingtaines. Pour compter, les calculateurs les moins forts s'aidaient d'objets qui fixaient leurs idées ; ils opéraient, par exemple, en s'aidant de de tiges de noix de coco et ils en mettaient de côté do petites, pour marquer les dizaines ; de grandes pour les centaines (3). A la Nouvelle-Zélande, on se servait dans le même but d'entailles, marquant les vingtaines et, grâce à ce procédé mnémonique, on arrivait sans peine jusqu'à quatre cents. Au delà, c'était l'inconnaissable mathématique et Ton répétait plusieurs fois le mot

fi) Cook- Ca}c. cit. vol. IX. 285 (Troisième voyage).

(2) \ew-Zealamlers. 417-418

{3j Ellis. Polynes. Researches. I. 91.

« vingt » (caltikou), pour indiquer qu'il s'agissait alors de quantités dépassant les limites du calcul menlal (t). A Taïti, la vingtaine jouaîl aussi un r6lc iniporl&nl dans la numération, car on la désignait par une expression spéciale et on en avait une antre pour dire dix fois vingl. soit 200; mais personne n'allait jusqu'à dix fois deux cents (2).QuandLabilIardiëre demanda aux indigènes des Iles des Amis, comment ils disaient « un million, dix millions, cent millions », ils crurent simplement que l'on so moquait d'eux et répondirent par des mots, dont l'un signifiait h absurdité » et dont les autres ne se peuvent traduire, quoique le voyageur les ait recueillis et publiés dans sa table de numération (3).

Tous ces faits indiquent une très faible aptitude mathématique et pourtant, aux îles Sandwich, les Polynésiens jouaient avec des cailloux blancs et noirs, à une sorte de jeu de dames très compliqué, au moins en apparence; puisqu'il se composait de 238 cases disposées sur 17 lignes (4).

Pour les mesures chronologiques, tes Polynésiens n'étaient pas non plus fort avancés; cependant ils commcoçaicnL à se dégager de la notation chronomëlrique tout à fait sauvage, de celle qui ne tient compte que des saisons indiquées par les phénomènes de la végétation; mais ils n'avaient pas encore complètement renoncé à ce procédé si primitif. Ainsi, à Taïti, on divisait l'année tantût en lunaisons, tantùL en six parties distinguées, chacune, par le nom de la variété d'arbre à pain, qui fructifiait à ces divers moments de l'année (.^). Pour noter les lunaisons, les Polynésiens parlaient de la première apparition du

il] .yar-Zi'aùiiiilprx. 417.

(•!! Cook. Imt. eit. Vol. V. p. 277 {i'rpmicr voyage).

i;i) Lubliock. Orig. Cirit. 6,

(*| Cook, loc. cil. (Troisii-niP voyngel, vol. XI, S70.

[5.1 Bligli, Hist. univ. riiy.. vol. XIII, 319.

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croissant et non de la conjonction réelle; leurs périodes lunaires n'avaient donc, chacune, en réalité que 27 jours, séparés par deux jours, pendant lesquels la lune était dite « morte » (1). A la Nouvelle-Zélande, où Ton comptait aussi les lunes, Tannée entière se disait encore mûr ou feuille viorle (2). Les Polynésiens, qui, dans leurs grands voyages maritimes, devaient se guider sur les étoiles, avaient remarqué un certain nombre de constellations et leurs déplacements apparents dans le ciel (3). Ils reconnaissaient aussi quelques planètes, comme Mars^ Vénus et Jupiter, mais sans les distinguer des autres étoiles (4). Ces observations leur avaient donné une vague idée de Tannée solaire ou stellaire, qu'ils limitaient par Tinlervallc entre les deux solstices ou par les périodes de visibilité ou d'invisibilité des Pléiades (5). Ils essayaient même de diviser cette année en lunes^ mais leur imparfaite manière de noter la durée d'une lunaison rendait la chose impossible; ils se bornaient donc à noter des petits cycles de treize lunaisons (6).

Pour la durée du jour, ils la divisaient en douze parties: six pour le jour proprement dit, six pour la nuit et, ces divisions ou heures, ils savaient les reconnaître par la position du soleil, durant la journée; par l'inspection du ciel, la nuit (7). Pour achever Ténumération des connaissances indigènes en Polynésie, notons encore que beaucoup d'insulaires du grand archipel néo-zélandais connaissaient la géographie de leur pays assez bien pour le pouvoir traverser, sans routes, dans tous les sens et

(i) Cook, Loc. cit., vol. VIII, 299 (Deuxième voyage).

(2) XetC'Zealanders, 417.

(3) Bougainville,.^oc. c«7.,252.

(4) Mœrenhout, Loc. cit,, II, 78.

(5) Ibid.

(6) Cook, Loc. cH.j t. V, 296 (Premier voyage).

(7) Ibid, 297.

LKTION DB l'ÉDDCATIOS

contours de certaines portions du ■e dessiner des cartes rudîmcntaires.

le le chant et ta poésie, les Polyné- 'ancés que pour les conceptions abs— de la chronologie. Ils avaient enreloire de nombreuses légendes, tradiet spéculations mythiques, dont les ienl rythmées et se chantaient consit de VEootulion littéraire, j'ai en îlques fragments de ces chants, qui e épique. Les Polynésiens ne se las- )i^sic nationale et une notable partie sait à la chanter ou à l'entendre (2). I briguaient ou possédaient la répulée, d'orateur, se faisaient mCme un i leurs discours des fragments emje leur race (3). Cet art de l'éloquence mé et s'enseignait; il y avait de vrais le polynésienne et môme des écoles n croit un observateur d'ordinaire é (i). Les chefs devaient absolument irs: « C'est un homme qui parle el éloge qu'on en pût faire (5).

luissaient d'une grande estime, les les hommes, dont la vaste et sûre tout le trésor des poésies nationales, niques, étaient peut-être plus consialent résultait, pour une grande part, cialc. Nous savons qu'en Polynésie, ique était féodale, mais d'un féoda-

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