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CH. X. LA LANGUE CHINOISE

cier, indispensable de connaître au préalable le caractère particulier de la langue et de l'écriture chinoise.

IIL — La langue chinoise.

A cause même de l'attachement des Chinois pour le passé, de leur vénération pour l'antiquité, de leur horreur pour le changement des coutumes consacrées ; à cause des rites obligatoires, qui tendent à tuer dans Tœuf toute idée nouvelle, la langue chinoise a conservé un caractère profondément archaïque ; puisqu'elle n'a pas dépassé la phase première de tout langage articulé, la phase monosyllabique, directement dérivée du cri et de Fonomatopée. Cette langue ne compte que trois ou quatre cents radicaux (de 330 à 484) (1), expressions vraiment primitives; car on est ^ droit de les considérer comme le reflet verbal des premiers êtres ou objets, dont l'homme a d'abord été frappé. De ce pauvre vocabulaire, et sans en changer l'essence, les Chinois ont tiré une langue variée, riche, capable d'exprimer toutes les idées et nuances d'idées. Pour cela, les deux principaux procédés employés par eux ont été l'accentuation nuancée et la formation de mots composés. Pourtant les accents ne sont qu'au nombre de quatre (2) ; mais cela suffit déjà pour quadrupler le nombre des mots. Ainsi tchu prononcé en allongeant le son u et en éclaircissant la voix, signifie maître, seigneur ; prononcé d'un ton uniforme et toujours avec Vu long, il a le sens de pourceau. Proféré légèrement et vite, il veut dire cuisine ; articulé d'une voix forte, mais qui va en s'affaiblissant, il signifie colonne (3).

Par cet exemple, on voit que l'accent n'est pas le seul procédé employé pour modifier le sens des mots ; il faut

{!) Grosier. Loc. cit. 2^1.

(2) Pauihier. Chine moderne. 321.

(3) Grosier. Loc. cit. 369. — /6irf, 372.

y ajouter certaines inRexions de voix, ce qui ouvre encore un champ nouveau à la multiplication des acceptions verbales.

Ce n'est pas tout. Les mots chinois sont indéclinables, mais leur fonction grammaticale varie suivant l'arrangement de la phrase et la place qu'ils y occupent. De sorte que la plupart des mots peuvent devenir tour à tour, verbes ou adverbes, substantifs ou adjectifs. — Il va de soi que le verbe chinois est fort simple ; il ne comporte que trois temps, le présent, le passé et le futur, déterminés par l'adjonction de particules spéciales (1).

\jn autre procédé peut servir à multiplier à l'infini le nombre des expressions et à désigner tous les objets et toutes les nuances d'idées ; c'est celui de la juxtaposition des mots. Ainsi le monosyllabe mou signifie arbre, bois ; mais vioU'leao signifie du bois préparé pour*un édifice ; mou-lan veut dire barreau ou grille en bois; mou-hia^ boite ; mou-tsiang, charpentier ; mou-nu, une variété de petite orange ; mou-singy la planète Jupiter, etc, etc. (2). C'est le système dit des clefs verbales, que nous retrouverons tout à l'heure aussi dans l'écriture. Il importe de remarquer que, dans ces juxtapositions, les mots ne se fondent pas entre eux ; chaque mot composé ne forme jamais qu'une couple de monosyllabes distincts, quoique réunis (3). — Mais on comprend combien, en combinant ensemble les accents, les inflexions, les accollements de mots, il est aisé de tirer de chacun des monosyllabes primitifs tout un groupe, toute une famille d'expressions. Ainsi, au lieu de n'avoir qu'un mot pour désigner un animal, la langue chinoise en a une série correspondant à Tâge, aux défauts, à la

(1) Grosier. Loc, cit. 372.

(2) Ibi(L 370.

(3) Ibid. 366.

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