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I. — L'origine des Juifs et leurs sciences

Dans les écrivains de Tanliquité, notamment dans Slrabon et Diodore, nous lisons que les Juifs sont une colonie égyptienne, sortie du royaume des Pharaons sous la conduite d'un réformateur religieux appelé Moïse. Do rÉgyple, ajoute Strabon(i), les Juifs avaient apporté dans la pierreuse Palestine la coutume de la circoncision pour les hommes et celle de Texcision pour les filles. La mention est sommaire ; c'est que, durant l'antiquité gréco-romaine, la Judée n'ayant joué dans le monde qu*un rôle fort effacé, on ne s'est pas donné la peine de remonter à ses origines. Nous savons aujourd'hui non seulement par la Bible, mais par l'anthropologie, la linguistique et l'ethnographie comparative, que les Juifs sont des Sémites, consanguins des Arabes par la race, leurs analogues par le langage, par l'écriture, par de communs emprunts faits aux anciennes civilisations de la Mésopotamie. Ce que l'on peut accepter, comme exact, dans l'assertion de Strabon, c'est seulement que les Juifs ont emprunté à l'Egypte la coutume de la circoncision et celle de Texcision. Mais, ce que ne dit pas Strabon, les Israélites avaient emporté d'Egypte non seulement les vases d*or subtilement demandés en prêt, mais bon nombre d'idées, de notions, de connaissances pratiques, en somme, les éléments d'une civilisation supérieure à celle des Sémites restés nomades. — Leur pauvre bagage scientifique, fort mêlé de rêveries et de conceptions enfantines, leur venait, pour une part de TEgypte; pour l'autre, de la Chaldée, où, bien malgré eux, ils reçurent une seconde éducation. Mais, chez les Juifs, plus encore que chez les Arabes, Tunique préoccupation des choses religieuses a stérilisé Tintelligence et détourné de la science.

(1) Strabon. Livre xvi. Ch. vi, par. 36. 37.

Quoi qu'en disent les Proverbes^ la crainte de Dieu n'est pas le commencement de la sagesse, si Ton prend ce mot dans le sens de « sapience ». Pour les Juifs, comme pour les Musulmans, à peu près tout ce que les hommes ont besoin de savoir est renfermé dans un Livre sacré. C'est pour répandre dans les esprits le précieux contenu de leur Koran que les Arabes ont fondé la plupart de leui-s «écoles; mais en cela, comme nous Talions voir, ils n*ont fait qu'imiter leurs cousins d'Israël.

Les uns et les autres avaient d'ailleurs peu de chose à enseigner, en dehors de leur religion. La prétendue science des prêtres et lévites d'Israël ne dépassait pas les lois mosaïques et les textes sacrés. Même la méditation de ces textes n'a point suscité dans leur esprit de ces spéculations métaphysiques, creuses et touffues, comme celles de Tlnde. Pourtant, si inutiles que puissent être ces abstraites divagations, elles valent peut-être un peu plus que rien ; puisque, à tout prendre, elles constituent, quoi qu'on en ait, un exercice mental.

Ne soupçonnant môme pas ce que doit être l'exactitude scientifique, Israël n'a pas réussi à rédiger sérieusement son histoire nationale; car les récits bibliques ne distinguent pas la réalité du merveilleux, ni l'histoire proprement dite des traditions et légendes mythologiques (1). Enfin ces récits no sont ni classés ni ordonnés d'après une chronologie sérieuse.

En ethnographie, la situation même de la Judée avait permis aux Hébreux de distinguer trois grandes races personnifiées dans les fils de Noé, Sem, Gham et Japhet; mais la race berbère, avec laquelle pourtant ils avaient dû être en contact en Egypte, n'avait pas attiré leur attention.

Dans l'opinion des Juifs, la terre avait la forme d'un

{!) Munck. PnU'sline. 433.

CH. Xlll. — l'éducation CHEZ LES JUIFS ET LES CHALDÉENS 353

gi^iid disque plat, au-dessus duquel lahveh avait déployé M le tapis des cieux ». » C'est lui qui siège par dessus le rond de la terre, dont les habitants lui semblent des sauterelles; il étend les cieux, comme un tapis; il les déplie, comme une lente, pour y résider » (i). Les points cardinaux s'appellent « les quatre coins de la terre » (2) ou les « quatre bouts des cieux » (3). Enfin Jérusalem a été placée par lahveh « au centre des peuples » (4).

En astronomie, la Bible n'est pas plus savante. L'année juive est lunaire et les jours commencent le soir, parce que c'est le soir que le croissant est visible. Au temps de Moïse, le jour n'est pus encore divisé en heures; on ne connaît que le matin, le midi et le soir. Le mois commençait, comme en Arabie, à chaque apparition visible de la nouvelle lune; il durait tantôt 29, tantôt 30 jours. Le premier mois, appelé Germinal [Abib), tombait an printemps. Le rapport entre Tannée lunaire et l'année solaire n'avait pas été déterminé et, pour corriger la différence, on intercalait simplement un treizième mois, quand, à la fin du douzième, le blé n'était pas assez avancé. Mais on avait adopté le groupement septénaire des jours, la commode division de la semaine (o), particulière à la race sémitique et probablement originaire de la Mésopotamie; car les Aryens en général, les Hindous et les Grecs anciens en particulier, n'avaient pas inventé la semaine; aussi, partout où elle existe, elle permet presque d'en inférer des rapports directs ou indirects avec les Sémites. — Il n'y a pas d'astronomie juive. La Bible mentionne bien quelques constellations, quelques

(i) haïe. XL. 22. (Trad. Ledrain).

{2) Jbid.Xl. i2.

(3) IbUL Jérémie. XLIX. 36.

(4) Ezéchiel. V. 3.

(o) Palestine. 479-180.

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planètes ; mais les noms de ces dernières sont empruntés aux Cbaldéens et aux Sabéens (1).

Les connaissances mathématiques des Hébreux étaient très rudimenlaires. Ainsi, au deuxième livre des Rois, la Bible nous donne les dimensions de la Mer de fonte du Temple de Salomon, c'est-à-dire d'un bassin circulaire ^ avant, dit le texte, dix coudées de diamètre et trente coudées de circonférence (2); mais ce dernier chiffre est notablement trop petit; puisque la géométrie élémentaire nous apprend, que le rapport de la circonférence au diamètre est de 3,1 U6 (7:= 3,1416).

La science et la philosophie étaient donc ce qui manquait le plus aux Hébreux. Par suite Tinstruction, qu'ils pouvaient donner à leurs enfants, élait des plus bornées ; en fait elle était presque exclusivement religieuse ; c'est nu^me pour cette raison, que Ton y attachait de rimportance ; car Israël élait, avant tout, un peuple bigot. Voyons quel était cel enseignement hébraïque.

IL — L'éducation biblique.

En Judée, comme ailleurs, Téducation a commencé par ôtre purement spontanée; ce fut ou ce dut être d'abord celle du clan, puis celle de la famille. C'est cette dernière seulement, l'éducation domestique, qu'aujourd'hui il nous est possible d'étudier. Celte période familiale a duré jusqu'à la destruction du premier temple, environ 388 ans av. J.-C. ; l'autre s'est développée à partir d'Ezra jusqu'à la rédaction définitive du Talmud, de 438 av. J.-C. à Tannée 500 de l'ère chrétienne (3). Pendant une période intermédiaire, il semble que tout souci d'instruction pour les enfants ait été abandonné: « Le père, qui

(1) Munck. Palestine. 424.

(2) Bois. VII. 23. — II. Chroniques. IV. 2).

(3) Jos. Simon. Instructio7i des enfants chez les ancicfis Juifs, 9.

en. xiii. — l'éducation chezles jlifs et les chaldéens 353 autrefois était préposé à l'éducation de son lils, s'en désintéressait, comme d'une (erre inculte, le laissant sans aucune espace d'instruction, les orphelins étaient encore plus ù plaindre ; personne ne songeait à eux » (1).

Sur la période pédagogique, de genre familial, nous sommes assez bien renseignés. Nous savons que les ni^res juives, excepté dans les familles prjncièros, nourrissaient elles-mêmes leurs enfants (2) jusqu'à l'âge de deux ou trois ans; ce qui, dans tout le genre humain, semble être la durée ordinaire et primitive de l'allaitemcnl. Ln festin célébrait ordinairement le sevrage (3). Suivant l'universelle coutume encore, les enfants, durant le premier ûge, étaient élevés par leur mère; il n'y avait de gouvernantes que dans la maison des riches (i). Mais, avant tout, et, dès le huitième jour après la naissance, on procédait à la circoncision des enfants mâles. Isaac, nous dit la Bible, fut cii-concis, le huitième jour, comme Dieu l'avait ordonné (5). Bien des travaux plein d'érudition, ont été composés pour déterminer le sens mystique de la circoncision. Nous avons trouvé cette coutume en usage dans tout le monde égyptien (ti), où, quoi qu'on en ait dit, elle devait avoir nu autre motif que le souci de la propreté, puisqu'on y joignait (Strabon) l'excision pour les filles (7). L'opinion la plus vraisemblable est, je crois, celle que j'ai proposée (8). Elle consister considérer la circoncision, comme le symbole du traitement infligé aux vaincus dans le monde égyptien, comme le schéma de la

(II Talmud de Babj/loitc; Baba llalhm, 210. (J. Simon. Loc cit. 281»).

(2j II. RoL,. XJ. 2.

(3) Genfiie. \\l.8.

(4) II. Samuel. IV. i.

(5) Genèse. XXI. t.

(6) Hérodote. II. CIV.

(■7) Slrabon. l.W. XVII. CUap. II, -I.

(8; Ch. Letourueau. (Bull. Soe. d'AnUir. IS'iS). page 208.

pballolomie. La loi mosaïque voulait primitivement que le premier-né fût offert au Seigneur, c'est-à-dire sacrifié en son honneur ; la circoncision symbolisait ce sacrifice et l'éludait en offrant seulement la partie pour le tout.

Une fois sorti des mains de la mère^ le petit garçon juif devenait l'élève de son père. Nous savons que les parents, surtout le père, avaient sur leurs enfants un droit presque absolu; puisqu'ils pouvaient, pour crime d'indocilité, de rébellion, solliciter des anciens rautorisation de les faire lapider par le peuple. Le texte biblique, constatant ce droit un peu excessif du père de famille, a quelque chose de farouche: « Si un homme a un fils désobéissant et rebelle, n'écoutant ni la voix de son père, ni celle de sa mère, châtié, mais insensible h la correction, alors, le saisissant, son père et sa mère le mèneront aux anciens du bourg et vers la porte de l'endroit: « Celui-ci, diront-ils aux zéqénims^ c'est notre fils, désobéissant et rebelle, n'écoutant point notre voix, débauché et ivrogne ». Sur ce, tous les gens du bourg l'écraseront sous les pierres, jusqu'à ce qu'il meure. Ainsi effaceras-tu le mal du milieu de toi. Tout Israël l'apprenant, se tiendra dans la crainte » (1). C'est qu'Israël n'avait pas précisément le cœur tendre ; aussi, quoique durant toute la période dite biblique, l'éducation juive ait été familiale, elle recourait volontiers à la correction ; môme le Livre sacré l'ordonne en termes très net§: « Qui épargne la verge hait son fils, — mais qui l'aime se hâte de le châtier » (2), disent les Proverbes, ou encore: « A l'enfant ne ménage pas la correction; — frappe-le du bâton, sans cependant le tuer. Avec le bâton tu le frapperas, mais en le délivrant luimême du Cheol » (3). — En retour les enfants devaient

(1) Deutéronome. XXI. 18-21, (Trad. Ledrain),

(2) Proverbes. \U\. 24. (Trad. Ledrain).

(3) Ibid.Wlll. 13-14. (Trad. Ledrain).

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