L ESCLAVAGE DANS L INDE ET LA PERSE
Perse est restée une monarchie asiatique par excellence ; la nation entière est encore propriété du roi. Le maître suprême ordonne de chacun ce que bon lui semble ; tout le monde se fait gloire d'être son esclave et le mot houli (esclave) précède, à titre d'épithète honorifique, le nom de beaucoup de grands seigneurs (1). Quand le Chah daigne enlever une femme ou une fille, il est censé faire grand honneur au mari ou au père (2). Le kodjarbachi, le chef des eunuques du roi, fait même de temps à autre au nom de son maître des tournées dans les harems des grands ou bien dans les provinces, où ses correspondants lui ont signalé de belles filles, et il recrute ainsi la population du harem royal (3). Les grands, les riches imitent leur auguste Souverain, dans la mesure de leurs moyens. Ils prennent autant de femmes légitimes, qu'ils en peuvent doter et entretenir, mais leur adjoignent un nombre plus ou moins grand de jeunes femmes esclaves, qui, toutes, remplissent dans le harem une fonction quelconque, parfois celle de chanter et danser, pour divertir leurs maîtres, quand elles sont assez habiles pour cela. D'une manière générale, aucune instruction n'est donnée aux femmes persanes, sans en excepter les dames, auxquelles on n'apprend même pas à lire (4). D'ailleurs, conformément à la loi mahométane, les Persans ne font aucune différence entre les enfants légitimes et illégitimes ; le premier-né, quand môme sa mère serait esclave, jouit du droit d'aînesse (3).
A côté des serfs ruraux et des esclaves, il existe en Perse des artisans salariés et de condition libre. Comme en Chine, on en est encore en Perse au régime de la petite industrie ; la plupart des ouvriers n'ont ni boutiques, ni
(1) G. Drouville, loc, cit., I, 251.
(2) Ibid., 252.
(3) /6id., 1,273-274.
(4) Ibid.yhSS,
(5) Dubeux, Perse, 468.
326 lVaolution de l'esclavage
établis ; leur outillage est des plus simples et ils le Iraosportent avec eux partout où ou les appelle (1). Ces ouvriers sont, toujours comme en Chine, organisés en corporations, ayant chacune un chef désigné par le roi. Pour être autorisé à lever boutique, il faut donner d'abord au chef d'une corporation son nom et son adresse. De son côté, ce chef a bien soin d'espacer les boutiques de manière à empêcher une concurrence trop âpre. Quoique de condition libre, les artisans de la Perse sont au service du roi et astreints à des corvées, quand le maître suprême le commande (Chardin) (2), et rien n'est plus naturel ; puisque le souverain est, en principe, propriétaire de son royaume, des gens aussi bien que des choses. C'est même à ce despotisme érigé en droit souverain et universel, qu'il faut sans doute attribuer certaine atténuations, certaines limitations pratiques de l'esclavage.