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II. Les orïghies de l'esclavage en Grèce

En Grèce, les origines de l'énorme population servile furent diverses ; mais la principale fut, et c'est une loi qui semble universelle, la guerre. Hérodote parle bien d'une lointaine époque où les Grecs ne pratiquaient pas encore

(1) WalloQ. Loc. ci^,I, 236.

(3; République, IX.

(2) Diogène. Laërce, V, I, 9.

(4) Moreau Christophe, Loc. cit., 153.

(3) Wallon, Loc. cit,, 270.

<6) H. Wallon, I, note 29.

L'ESCLAVAGk. EN GRÈCE 333

l'esclavage, où les jeunes gens des deux sexes s'en allaient eux-mêmes puiser de l'eau (1). Athénée veut aussi que tout d'abord l'esclavage ait été inconnu en Grèce; primitivement, selon lui, les plus jeunes servaient les plus vieux (2). C'était là sûrement une tradition préhistorique, remontant à Tâge des clans communautaires de THellade primitive. Dans la Grèce homérique, la guerre est une incessante pourvoyeuse d'esclaves, surtout d'esclaves de sexe féminin. Sans doute^ les héros de l'Iliade sont des combattants féroces ; ils tuent sans pitié les hommes, incendient les villes. Quand ils^ épargnent les guerriers vaincus, c'est pour les sacrifier à* loisir, comme les douze Troyens qu'Achille immola aux mânes de Palrocle (3) : Mais souvent on laissait la vie aux enfants et aux femmes. Les premiers, élevés en servitude, pouvaient plus tard devenir des esclaves convenables. Les autres, les femmes, peu dangereuses à cause de leur fai~ blesse, s'utilisaient comme servantes. Heclor fait en ces termes à sa femme Andromaque le tableau du sort, qui lattend : « Ni le malheur futur des Troyens, ni celui de Hécabé elle-même, du roi Priamos et de mes frères courageux, qui tomberont en foule sous les guerriers ennemis, ne m'afflige autant que le tien, quand un Akhaien cuirassé d'airain te ravira la liberté et t'emmènera pleurante ! Et tu tisseras la toile de l'étranger et tu porteras de force l'eau de Messèis et de Hypèreié ; car la dure nécessité le voudra » (4). De même la femme de Méléagre suppliant son mari d'aller repousser les Kourètes. qui déjà escaladent leslours lui dit : « rappelle-toi les calamités, qui accablent les habitants d'une ville prise d'assaut : les hommes tués^ les demeures réduites en cendre, les enfants et les jeunes

(1) Hérodote, VI, 137.

(2) Ménard, Morale, 240.

&) Iliade, Chant XXL XXIIL (4) Iliade, VI.

femmes emmenés (1) ». Mais la tuerie des enfants n'était pas interdite aux vainqueurs ; ainsi Andromaque, dans les myriologues, quelle déclame, pendant les funérailles d'Hector décrit comme suit le sort qui attend les Troyens : « Cette ville sera renversée de son faite ; puisque son défenseur a

péri et ses femmes fidèles et ses petits enfants seront

enlevés sur les nefs creuses et moi avec elles et toi, mon enfant, tu me suivras et lu subiras de honteux travaux, te fatiguant pour un maître féroce ! ou bien un Akhaien, te faisant tourner de la main, te jettera du haut d'une tour pour une mort affreuse (2) t. Les jeunes captives, elles,devenaient très souvent les concubines des vainqueurs : c'était même une des principales raisons pour lesquelles on les épargnait; mais elles constituaient aussi une valeur d'échange. Agamemnon, dans Tespérance de calmer la colère d'Achille, lai offre, entre autres présents, de belles captives : « et je donnerai encore auPéléide sept belles femmes lesbiennes, habiles aux travaux, qu'il a prises lui-même dans Lesbo? bien peuplée et que j'ai choisies ; car elles étaient plus belles que toutes les autres (3)». En passant àLemnos, les Grecs, les « Akhaiens chevelus», s'étaient procuré du vin en payant avec de l'airain, du fer, des bœufs et des peaux de bceafe. en outre, avec des femmes esclaves (4). Laerte avait acheté la « jeune, chaste et prudente », Euryclée, mais fort cher, vingt taureaux ; cependant, il n'en avait pas fait sa concubine de peur d'exciter la jalousie de la reine, sa femme (5>. La réserve de Laerte devait être assez rare ; aussi Homère nous apprend que les fils d'une esclave et d'un homme libre suivaient la condition de leur père (6). Les mères, elles, res-

(1) Iliade, IX.

(•2J Iliade, XXIV.

(3) Iliade, IX.

(4) Iliade, VII.

(5) Odyssée, I.

(6) Odyssée, XIV.

L ESCUVAGE E^ GRÈCE 335

laîent esclaves et se transmettaient par héritage, comme les autres biens (1).

Bien longtemps, les Grecs distinguèrent mal entre la guerre et la piraterie. Nestor, le respectable Nestor, demande tranquillement au jeune Télémaque : « Naviguez- vous pour quelque trafic ou comme des pirates, qui, jouant leur vie, portent le malheur aux étrangers ? » (2). Solon maintint à Athènes des collèges, des associations, de pirates(3j. Thucydide déclare « qu'anciennement la piraterie n'était nullement déshonorante ; au contraire, on y pouvait acquérir quelque gloire. » (4). Enlever des étrangers, surtout des femmes et des enfants, pour les vendre ensuite, ce n'était, après tout, que la pratique courante de la guerre, et les Grecs la conservèrent durant la première partie de leur période historique. Après la prise de Tyr et le massacre de ses défenseurs, le grand Alexandre fit pendre tous les jeunes gens, mais vendre aux enchères les femmes et les enfants (5). •Les Athéniens tinrent exactement la même conduite après la prise de Mélos (6). Pendant la guerre médique, les mêmes Athéniens, conduits par Miltiade, prirent la ville d'Eion» et en vendirent les habitants comme esclaves (7) ; semblable destinée échut aussi à la population d'Olynthe (8) .

La guerre et la piraterie étaient donc les principaux moyens de recruter la population servile ; mais ils n'étaient pas les seuls. Longtemps la vente et l'exposition des enfants par leurs parents fut tolérée. Un homme libre mais pauvre, avait aussi le droit de se vendre lui-même (9). Avant la réforme

(1) Odyssée, I.

(2) Odyssée, IIL

(8) Instilutes de Gains,

(4) Thucydide, I, chap. V, § 3.

(5) Diodore, liv. XVIII, g /|6.

(6) ibid., xn, § 90.

(7) Thucydide, liv. I, § 88.

:8; Diodore, XVI, 53-55.

9) Plutarque, Solon, 13.

33f3 l'évolution de l'esclavage

Selon, le débiteur insolvable tombait légalement en servitude^ aussi nombre d'esclaves pour dettes avaient-ils été vendus hors de TAttique par leurs créanciers et les Eupatrides étaient devenus ainsi propriétaires d'une grande partie de la classe inférieure. De leur côté, les tribunaux faisaient des esclaves: puisqu'on matière criminelle, certains actes entraînaient la perte de la liberté (1). La religion fournissait aussi son appoint et des meurtriers pressés de remords se vendaient eux-mêmes dans un but d'expiation. Apollon leur en avait donné l'exemple, en servant chez Admète, après avoir tué Python (2). — Un cas d'esclavage bien plus singulier est celui des malades désespérés qui se donnaient à un médecin, comme esclaves, si celui-ci parvenait à les guérir (3).

Mais les esclaves juridiques, les esclaves pour dette, les esclaves pour expiation religieuse ou morale, n'apportaient que de faibles contingents à la population servile. Les deux grandes sources étaient d'abord le croît naturel de la popution servile, puis la guerre et la piraterie. Les prisonniers vepdus à l'encan, les personnes enlevées à l'étranger par les pirates arrivaient vite sur le marché des villes, oix les citoyens avaient toute facilité de se pourvoir d'esclaves. Il en résultait un vaste commerce, dont certains comptoirs étaient particulièrement le centre. Le plus célèbre se tenait à Délos où s'écoulait facilement le produit des razzias de toute sorte. A Délos, on pouvait en un jour, vendre plusieurs myriades d'esclaves. Un dicton grec bien connu peignait ce rapide mouvement d'affaires : « Allons, vite, marchand ; aborde, décharge, tout est vendu (4) » . Mais les principales villes de la Grèce avaient leurs marchés à esclaves. A Athènes, ce

(i) Plularque, Soloriy 13. Du péril des dettes^ 8.

(2) Schœmann, Antiquités grecques, 557.

(3) Wallon, Loc, cit., I. 79. <4) Athénée, VIL

l'escuvage en cuèce 337

bazar s'appelait lepéribolCj et il se tenait en plein vent. Les marchands y étalaient complaisamment leur marchandise, que les acheteurs examinaient en conscience, cherchant les tares, se livrant au plus minutieux examen. On retournait, on palpait Tesclave, ou inspectait ses pieds, ses mains, ses dents ; on le faisait marcher, courir ; on stipulait des garanties contre les vices reddhibitoires (1) ; en résumé, l'on prenait toutes les précautions que Ton prend chez nous pour acheter un cheval. Les vendeurs étaient soit des négociants en chair humaine, soit des maîtres désireux, pour un motif quelconque, de se défaire de tel ou tel de leurs esclaves. En temps ordinaire, ce n'était pas la guerre, qui alimentait surtout le marché d'Athènes ; on y vendait des affranchis ou des étrangers métèques juridiquement rejetés ou jetés en esclavage, mais le plus souvent des enfants, nés dans TAtlique même, de femmes esclaves. Fréquemment, en efTet, les maîtres, pratiquant Télevage servile, autorisaient des unions entre leurs esclaves, comme ils avaient aussi le droit de les interdire ; or, le croît résultant de ces unions autorisées allait souvent sur le marché aux esclaves. L'enfant esclave, né à la maison, avait une désignation particulière ; oixoyevTç oUorpeçeTç, etc.; assez souvent il résultait des œuvres mêmes du maître ; mais n'en suivait pas moins la condition de sa mère (2), en dépit des faits contraires, que j'ai déjà cités en parlant de la Grèce homérique et qui résultaient sans doute d'une adoption publique faite par les grands.

Dans l'Attique les esclaves d'origine étrangère, mais grecque, étaient assez peu nombreux ; car la plupart des prisonniers de guerre étaient échangés ou admis à rançon. Les villes contractaient même entre elles des conventions à cet effet. On ne gardait guère en servitude que les gens

(1^ Moreau Christophe, Droit à V oisiveté ^ 149. <2) Schœmann, Antiquités grecques^ t. I, 398.

338 l'évolution dk l'esclavage

des pays réputés barbares (1). Les pirates s'efforçaient biea d'enlever surtout des hommes libres, mais c'était dansTespérance d'en tirer une rançon ; les rapts d'enfant n*étaient pas rares non plus même dans les villes (2). En vertu d'une contradiction, que l'intérêt seul inspirait, Athènes poursuivait judiciairement les ravisseurs d'esclaves ; mais protégeait les marchands d esclaves, de « corps )),conmie on appelait les esclaves à vendre (3) Les négociants d'esclaves se fournissaient dans divers pays, en Thrace d'où Ton tiraitungrandnombred'esclaves, dans les colonies grecques, en Egypte où l'on vendait aux Grecs des esclaves juridiques et des noirs etc. (4). Le prix moyen des esclaves variait beaucoup suivant les circonstances, l'époque, les qualités de l'esclave en vente. Ce fut d'abord deux mines à deux mines et demie (174 à 217 fr.) ; puis 4 à S mines. Les esclaves de choix ou les belles filles atteignaient des prix bien plus élevés. Ainsi Platon eut l'honneur d'être payé 20 à 30 mines, c'est-à-dire le prix courant d'une jeune et jolie courtisane (3).

Comment se comportaient les maîtres vis-à-vis de la population servile. Quelle situation était faite aux esclaves par les lois et les mœurs ? C'est ce qu'il nous faut maintenant examiner.

m. La condition de C esclave en Grèce.

Dans les poèmes homériques, nous voyons que l'esclave est à la merci de son maître, exactement comme l'étaient les

(1) Schœmann, Loc, cit. 397.

(-2) H. Wallon, Loc. ciL, I, 168.

(3) Ibid., 174.

(4) Ibid., 170

(5) Diogène, Laërce, Pluton, XLX.

l'esclavage KN GRÈCE 33î>

prisonniers de guerre : « Pour moi, dit Télémaque, je serai maître de ma demeure et des esclaves, que mon noble père a vaillement enlevés » (1). Sur Tordre de son père Ulysse, il s'en va tranquillement pendre, comme des grives, les femmes esclaves, qui ont commis le crime irrémissible de s'abandonner aux prétendants (2).

Dans Homère^ les esclaves sont très diversement utilisés par leurs maîtres ; les hommes remplissent parfois Toffice de serviteurs dans le palais des princes (3). Ils accompagnent le maître soit à bord des navires où ils rament, soit même à la guerre, dans les camps (4). Ils gardent les troupeaux et les défendent contre les bêtes féroces. Des esclaves taillent les haies de Tenclos du vieux Laerte, Les esclaves âgés sont parfois traités avec de grands égards Dans rOdyssée, le vieil Eumée, chef des porchers, est qualifié de « divin » ; pour Télémaque il est un ami ; Eumée possède lui-même un esclave (3) et il affirme à Télémaque que, si Ulysse avait vécu, il lui eut certainement « accordé des richesses, une maison, une part dans ses champs et unefemme attrayante ». C'est selon lui, de cette manière qu'agissent les maîtres bienfaisants (6).

A en juger d'après les poèmes homériques, les femmes esclaves étaient surtout employées dans les maisons ; Elles y travaillaient sous la direction de leurs maîtresses, soit à tisser de la laine, soit à moudre le blé avec des moulins à bras, ou bien elles allaient chercher de Teau aux fontaines (7). L'hôte est confié aux femmes esclaves ; elles le niettent au

(1) Odyssée, chap. I.

(2) Odyssée, XXII.

(3) Odyssée, XV, XX, IV, XVIII.

(4) Odyssée, IV, VI, XVIII, XV. Iliade, XL (ô) Schœmann, Loc. cit., i9.

G) Odyssée, XIV.

(7) Odyssée, IIT, IV, XIL

:jiO

bain et le frottent d'huile (1) ; elles versent de Teau sur les convives (2) .

D'ailleurs les mœurs, même des maîtres, sont fort simples encore. Sur le bouclier d'Achille, un prince est représenté assistant à la moisson. Le vieux Laerte travaille dans son jardin ; Enée, Anchise, font paître des troupeaux de bœufs et de brebis. Les reines filent et tissent delà toile avec leurs esclaves. La plus jeune des filles de Nestor aide tranquillement Télémaque à se baigner et Nausicaa surveille la lessive (31

Dans cette Grèce homérique, les esclaves sont peu nombreux encore ; le plussouventon aimait mieux tuer le vaincu que Tasservir. Il n'y avait guère d'esclaves que chez les princes, les chefs ; souvent ces esclaves leur avaient été adjugés, comme part de butin ; parfois, on les avait achetés à des traitants phéniciens (4). Sur ses esclaves le maître homérique à bien tous les droits ; mais ordinairement il est plutôt bienveillant (S) ; peut-être parce que la plupart des esclaves sont des prisonniers de guerre et quelquefois de haute condition, des esclaves à rançon. Ainsi Eumée, le « divin » porcher, est un fils de roi enlevé et vendu comme esclave par des pirates phéniciens. Les femmes esclaves elles-mêmes pouvaient être des princesses.

Avec les progrès de la civilisation générale, Torganisation sociale se compliqua beaucoup, un fossé profond se creusa entre les maîtres et les esclaves, qui devinrent beaucoup plus nombreux et ne furent plus seulement le signe et l'apanage du haut rang et de l'opulence ... C'est surtout à Athènes que la condition faite à l'esclave nous est le mieux connue. En général, les mœurs rendaient cette condition relativement

(1) Odyssée, IV, X.

(2) Odyssée, h IV, VII.

(3) Odyssée, IIL

(4) Odyssée, h XW, XVII.

(5) Schœmann, Loc. cit., 1, 49.

l'eSCLAVAGK en GRÈCE 341

douce. XéDophon s'en étonnait : « A Athènes, dit-il, les esclaves et les étrangers domiciliés (les métèques) yiyeni dans une licence incroyable ; il n'est point permis de les frapper ; un esclave vous disputera le pas » ; leur costume ne diffère en rien de celui des citoyens. Quelques-uns vivent dans le luxe et la magnificence. C'est, dit-il, qu'on est dans un pays maritime ; oùl'on est forcé de ménageries esclaves, si l'on veut en tirer profit (J^. Au dire de Xéndphon, ces bons traitements sontdonc un simple calcul d'intérêt bien entendu ; et en effet il professe pour l'esclave, « si rapproché de la brute par son éducation » un profond mépris. Selon lui, il est facile de plier les esclaves à l'obéissance ; « en satisfaisant leur gourmandise, on a beaucoup fait auprès d'eux » ; la parole et le raisonnement sont bons pour les seuls hommes libres (2) ; et cependant les esclaves des Grecs appartenaient ou du moins appartinrent longtemps à des races civilisées parfois même à des peuples de race grecque. Ce fut même sans doute cette communauté delà race, qui amena les Athéniens à traiter assez doucement leurs esclaves.

Pour bien inaugurer les relations avec un esclave nouvellement acheté, on le faisait asseoir près du foyer, même on le conduisait à l'autel intérieur de la maison et le maître ou sa femme répandait sur lui des figues, des dattes, des noix, des gâteaux, des petites pièces de monnaie. Suivant Démosthènes, l'esclave à Athènes avait son parler plus libre que celui des citoyens dans beaucoup d'autres Etats (3). L'esclave « né à la maison » était le mieux traité, assez souvent adopté ; son titre « otxoysvr^; » figure dans nombre d actes de rachat, d'affranchissement sous forme de vente à la divinité (4) ; le maître inhumait parfois ses esclaves

(1) Xénophon, République d'Athènes.

(2) Xénophon, Economique,

(3) Schœraann, Loc. cit., 400. Wallon, I, 286.

(4) H. Wallon, Loc. cit. y I, 1Ô9.

342 l'évolution de l'rsclavage

dans le tombeau même de la famille (1). Les esclaves avaient leurs fêtes à eux et leur place dans certaines fêtes populaires (2).

Dans les maisons riches, les esclaves remplissaient toutes les fonctions domestiques ; ils gardaient les portes, entretenaient la maison, achetaient et apprêtaient les provisions, servaient d'escorte, surveillaient les femmes, suivaient leurs maîtres au bain, à la chasse, à la guerre, etc,(3i. Pas de costume spécial pour eux ; seulement ils avaient la tête rasée (4). D'ordinaire, on les nommait d'après leur pays d'origine, comme les seigneurs français du siècle dernier appelaient leurs domestiques, « Picard », « Bourguignon»', etc. Certains noms trop nobles leur étaient interdits, par exemple, ceux d'Harmodius et d'Aristogiton. Défense leur était faite de fréquenter les gymnases et palestres où se réunissaient les citoyens, de paraître aux assemblées du peuple: Ils ne pouvaient ester en justice, mais on leur permettait de plaider comme mandataires de leurs maîtres. Dans les affaires criminelles, leur témoignage n'avait de valeurs que s'il était arraché par la torture (5). En droit, le maître était propriétaire du pécule de son esclave et il y recourait parfois dans certaines circonstances, comme la naissance d'un fils, l'anniversaire de cette naissance, une initiation, etc. (6). Mais pour l'esclave, en apparence doucement traité, il n'y avait ni mariage, ni famille. Xénophon ne veut pas que ses esclaves « fassent des enfants contre son vœu et celui de sa femme » (7) ; toujours le maître pouvait à volonté autoriser ou défendre les unions d'esclaves.

(1) H. Wallon, 299.

(2) Ibid., 297.

(3; Ibid., 181.

(4) Aristophane, Les oiseaux.

(5) Schœinann, Loc. cit., I, 401.

(6} II. Wallon, Loc. cit., I, 293.

(7) Economique, chap. IX.

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