II. Les périèques et les métèques
Les thètes de TAttique ont, sauf la différence du nom. plus d'une ressemblance avec les périèques de la Laconie. Ces périèques représentèrent d'abord, à Sparte, la population achéenne vaincue et soumise par les conquérants doriens. Dans le principe, ils furent probablement dépossédés, mais conservèrent la liberté et même Visotimie^ qui plus tard leur fut enlevée (2). Ceux d'entre eux, qui ne s'insurgèrent point comme les habitants d'Hélos, ne furent pas réduits en servage ; ils devinrent seulement des mercenaires privés de tout droit politique et conservèrent même certaines de leurs villes ; du moins ils continuèrent à y habiter ; mais ces villes n'étaient que de misérables bourgades. D'autres cultivaient la terre autour des villes doriennes, d'oti leur nom. Tous les droits des hommes libres leur avaient été enlevés; mais on les enrôlait en nombre dans les armées. D'après Diodore, les 300 Spartiates de Léonidas avaient avec eux 7.000 périèques (3); c'était ces périèques, que Ton exposait de préférence aux plus grands périls ; c'était à eux, que Ton
(1) Schœmann: Loc. cit., 378, 370.
(2) Strabon. Liv. VIII, ch. V, par. IV. <3) Diodore. XI, Liv. par. IV,
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imposait les plus dures fatigues ; enfin les éphores les pouvaient mettre àmor>, sans aucune procédure régulière (1). En outre ils étaient astreints à des prestations, dont nous ignorons la nature (2). Rigoureusement exclus de toutes les magistratures et même des assemblées du peuple, ce qui les range bien au-dessous des thètes de TAttique, ils avaient simplement le droit de gérer leurs affaires communales avec une certaine indépendance (3). Pourtant on ne les confondait pas avec les Hilotes, puisqu'on les admettait aux jeux olympiques (4).
Dans toutes les sociétés, les classes politiquement libres, ou a peu près, de leurs personnes, mais dépossédées ou nanties de ressources insuffisantes pour vivre deviennent forcément des travailleurs salariés, puisqu'ils n'ont d'autres ressources sérieuses que leurs bras. Aussi les périèques cultivaient souvent le sol, moyennant salaires ou redevances (5) ; à Sparte, ils devinrent surtout des artisans. Les citoyens libres, les Spartiates, ne faisaient jamais œuvre de leurs mains ; ils n'étaient dressés qu'à la guerre. Les périèques, qui servaient seulement d'auxiliaires dans les armées ou de rameurs à bord des navires (6), s'adonnèrent à rinlustrie ; ils devinrent carrossiers, armuriers, cordonniers, tailleurs, ciseleurs, artistes, commerçants, etc.(7)et,à Sparte comme en Egypte, chaque profession industrielle était héréditaire ; du moins Hérodote l'assure pour les cuisiniers et les joueurs de flûte (8). — D'autres Doriens, ceux de la Crète, avaient aussi leurs périèques, distincts des es-
(1) Schœmanu. T. I, 238.
(2) Ihid., 241.
(3) Ibid., 240.
;4) Wallon. Loc. cit., 102.
(5) Scbœmann. Loc. cit., 1. 1, 241.
(6) Ibid.y 329.
(7)/6id.242.
(8) Hérodote, VI, par. 60.
claves publics et privés, des mnoïtes et des aphaniotes; et ces périèques crélois avaient également leurs villes, comme ceux de la Laconie (1). — Tous ces périèques de Sparte ou de la Crète constituèrent donc, comme les thètes d'Athènes, une pépinière de salariés.
On peut rapprocher des périèques une autre classe, comme eux intermédiaire aux esclaves et aux hommes libres, celle des métèques de TAttique ;- mais les métèqtœs semblent avoir été surtout des commerçants, des boutiquiers. La plupart étaient des étrangers admis à résidence, maisprivés du droit de cité. A Athènes, leur nombre, aux plus beaux temps de la république, s'éleva à 45000 environ. Les métèques ne pouvaient devenir propriétaires dans l'Attique, ni se marier dans la bourgeoisie, ni ester en justice. 11 leurélail prescrit de se choisir, parmi les citoyens, un patron, qu* leur servait d'intermédiaire devant le s tribunaux (2) ; faute de patron, le métèque pouvait être poursuivi au criminel et vendu comme esclaves. Cette pénalité si sévère s'appliquait encore à tout métèque qui n'acquittait pas ses contributions spéciales, douze drachmes pour un homme etsix pom une femme, auxquellesil faut ajouter le coût d'une patente, dont les citoyens étaient affranchis, au cas ou le métèque voulait ouvrir une boutique (3). Enfin les métèques n'étaieot nullement exempts des contributions extraordinaires, pas plus que du service militaire. L'arme de la cavalerie leur était fermée ; mais on les enrôlait dans les autres armes et à bord de la flotte (4).
Telle occasion se pouvait donc présenter, où un métèque rendait à la cité quelque grand service ; on l'en récompensait alors, en l'exemptant du patronage^ enlui faisant remise
(1) Hérodote, 845.
(2) Schœmann. Loc, cit., 404.
(3) Ibid., 345.
(4) Ibid., 405.
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deTimpôt spécial, qui pesait sur lui en lui accordant le droit de propriété ; en un mot, en lui donnant Fisotélie^ c'est-à direTégalité des charges, mais non encore les droits de citoyen; cette isotélie elle-même ne pouvait s'obtenir que par une décision du peuple (1 ).