V. Le travail des femmes
En Grèce, aussi loin que les légendes, les poèmes, les^ traditions et l'histoire nous permettent de remonter, le sort des femmes libres parait avoir été relativement doux. Même dans les poèmes homériques, les femmes esclaves ne sont pas astreintes à de rudes travaux au dehors. Pour les femmes libres, les bourgeoises, Xénophon nous apprend que Ton se souciait peu de développer par l'éducation leur cœur et leur esprit ; mais qu'on ne les maltraitait pas. L'idéal consistait à faire delà femme mariée une "bonne intendante. V Economique de Xénophon contient à ce sujet des bouts de dialogue très significatifs : « Existe-t-il des gens avec qui tu l'entretiennes moins qu'avec ta femme ? — 11 yena bien peu. — Quand tu las épousée, n'était-ce pas un enfant ou du moins^
(1) Aristophane. La paix,
(t) Meyer et Ardant. Question agraire, 54.
une femme, qui n'avait rien vu, rien entendu ? — C'est très vrai. » — « Socrate,eh ! Comment me Peut-on donnée instruite ? A peine avait-elle quinze ans, quand je Tépousai. On Tavait jusque-là soumise aux lois d'une austère surveillance. On voulait qu'elle ne vît, n'entendit presque rien, qu'elle ne fît que le moins de question possibles. N'était-ce pas assez, jeté prie, de trouver en elle une femme, qui sût filer la laine pour en faire des habits, qui eût vu de quelle manière on distribue la tâche aux servantes ? Pour la sobriété Socrate, on l'y avait parfaitement bien formée. » — Evidemment, pour Xénophon, l'idéal de l'épouse estla bonne ménagère, vigilante, économe et sobre. Il la compare à la mère abeille : « Elle garde la ruche sans permettre aux abeilles de rester oisives ; elle envoie aux champs celles qui sont destinées aux travaux du dehors ; elle voit, elle reçoit ce que chacune d'elles apporte ; elle garde les provisions pour un temps et les distribue sagement... Elle enseigne à filer aux nouvelles esclaves (1). »
Ce dernier trait nous apprend que le filage était une des principales occupations des femmes esclaves. Elles en avaient pourtant de plus dures, par exemple, la boulangerie. La maîtresse, elle-même, devait mettre la main à la pâte, au sens littéral du mot ; elle devait pétrir de ses mains. Il lui fallait aussi battre, serrer les habits et les tapisseries ; c'était pour elle, dit Xénophon un très de bon exercice (2). A elle encore de répartir la laine à filer,de veiller à la confection des vêtements, robes, tuniques ou manteaux, de distribuer les provisions avec une sage économie, de soigner les serviteurs malades, etc. (3), L'homme, lui, se conserve pour la vie extérieure; il est le gardien, le protecteur, le chien qui veille
(4) Xénophon. Economique, ch. lïl.
(2) Ibid.. ch. X.
(3) Ibid., ch. VIL — Xénophon. Mémoires sur Socmie* Liv. II, <!h. VIL
l'esclavage en GRÈCE 379
sur les brebis (1) ; sa femme est sa première domestique et il n'a pas même l'idée de s'en faire une campagne au sens complet du mot.