II. — La situation de f esclave dans la société romaine
Dans la famille et dans la société romaine, la situation de l'esclave était des plus infimes ; elle se rapprochait fort de celle des animaux domestiques. La qualité d'esclave faisait déchoir au-dessous de l'humanité et cela semble d autant plus singulier que, la guerre étant la grande pourvoyeuse de l'esclavage, personne ne pouvait être assuré de ne pas tomber un jour ou l'autre en servitude. A vrai dire même, les classes dirigeantes étaient, plus que les autres, exposées à ce malheur. Après une conquête, la prise d'une ville, etc., les vainqueurs capturaient ou vendaient depréféremre les nobles, les riches; au conlraire la population rurale, qui d'ailleurs était souvent en plus ou moins grande partie de condition servile, était souvent laissée sur le sol qu'elle cultivait et dont les vainqueurs n'auraient pas aisément tiré parti, s'il avait été désert. ANuraance, à Capoue, àCarthage, à Corinthe, etc., on vendit surtout les gens d'ira-
(1) Plutarque. Marcus Cato^ XLIII.
l'esclavage a ROME 393
portance, dont beaucoup étaient eux-mêmes propriétaires d'esclaves (1).
Aux époques préhistoriques et même protohistoriques, le sort de l'esclave romain dut ressembler beaucoup à celui de l'esclave dans l'Afrique centrale contemporaine. Des survivances symboliques attestent même que les sacrifices humains, presque nécessairement d'esclaves, avaient existé dans la lointaine antiquité de Rome. Pour obéir à un oracle, qui avait ordonné des sacrifices humains h Saturne, on <!onUnua longtemps à précipiter dans le Tibre, chaque année, au mois de mai, des mannequins de jonc figurant des hommes. Denys d'Haï icarnasse parle de trente figures ainsi précipitées solennellement en présence des pontifes, des vestales, des préteurs, etc. Des sacrifices humains furent aussi offerts aux divinités infernales ; puis on les remplaça par des offrandes d animaux et de végétaux (2). Dans tous les pays esclavagistes, les femmes esclaves deviennent les concubines de leurs maîtres. Dans la Grèce homérique, cette pratique était courante ; et il en fut sans doute ainsi dans la Rome très primitive ; puisque, en plein empire, €ommode put se faire un harem de 300 concubines et d'autant de jeunes esclaves {3).
Les lois et les mœurs romaines attestent clairement que, quand il s'agissait d'un esclave, on ne se souciait plus ni d'équité, ni même d'humanité. Sur ce point le texte des InstitvAes est encore d'une grande clarté : « Sous la puissance des maîtres sont les esclaves. Chez toutes les nations, les maîtres ont le droit de vie et de mort sur les esclaves. » Institutes. Liv. I. titre Vlll, 1.) L'esclave était traité, comme une chose ; il pouvait être donné en usufruit ou en propriété, en gage^ en échange, ou bien loué, légué,
(1) Moreau-Ghristophe. Droit à Voisiveùéy i79-180.
(2) Dunij, etc. Italie ancienne, 398-399.
(3) Friedlaender . Mœurs romaines, v. I, 118.
394 l'évolution de l'|':scïjvvagk
vendu, acquis par simple icswmpio, cédé en justice, saisi pour les maîtres (1) ; il était res manciqi. Pour l'esclave, il n'existait ni état civil, ni mariage ; même le mariage des citoyens libres se dissolvait par la servitude (Cubain, Loh civiles^ etc., 183). Les nom» de père, de fils se toléraient chez les esclaves, mais n'avaient pas de valeur réelle (2;. Sous la République le contnbemium n'était qu'une apparence de mariage ; en fait, ce n'était qu'un simple accouplement et ce fut seulement sous les empereurs que Ton s'abstînt de séparer le mari esclave de ses enfants et de sa femme (3). Comme le coiitubermium n'était qu'une apparence de mariage, de même le pécule n'était qu'une apparence de propriété. En droit, le pécule appartenait au maître, comme Tesclave ; il ne suivait pas l'esclave hors du domaine ; ni la vente, ni le legs de l'homme n'en impliquaient Tabandon. Les esclaves n'acquéraient que pour le maître : ce fut une règle fondamentale du droit romain (Duruy, etc., Italie, 496). Le maître ne pouvait s'obliger au profit de l'esclave ; il ne pouvait l'accuser de vol (4). La loi tient l'esclave pour une personne morte (5).
Dans la Rome primitive, l'esclave malade était porté el abandonné dans un temple d'Esculape situé dans une île du Tibre. Le maître le mettait ainsi sous la protection directe du Dieu; après quoi, il ne s'en occupait plus (6).— Quand l'esclave vieilli, usé, hors de service ne peut plus rien rapporter au maître, Caton l'Ancien veut qu'on s'en débarrasse, comme de toutes les autres vieilleries inutiles : « que l'on vende les bœufs vieillis, le bétail maladif, les brebis maladives, la laine, les peaux, les vieux charriols, les
fl) Wallon. Loc. cit., t. II, 179.
(2) Ibid., 180.
(8) Ibid., t. III, 53.
^4) Ibid., II, 182.
(5) Ibid.. iS3,
Ci) Ibid., 253.
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vieilles ferrailles, le vieil esclave, l'esclave malade el tout ce qui est superflu >». Aux yeux de cet abominable grand hommo, ce qui importait avant tout, c'était de grossir son patrimoine; qui réussissait aie doubler était pour lui un » homme divin». C'estmêmeen vertudece principe que, ditPlutarque: « Par économie, devenu veuf, il se servait d'une jeune garse servante». Ajoutons^ comme circonstance aggravante, que Caton était alors extrêmement vieux (1). Plutarque luimême, qui ne pèche pas par sensiblerie, ne peut s'empêcher d'être scandalisé des conseils donnés par Caton : « Toutefois, dit-il, de vendre ainsi les serfs ou les chasser de la maison après qu'ils sont envieillis à votre service, ne plus ae moins que si c'estoient bestes mues, quand on en a tiré le service de toute leur vie, il me semble que cela procède d'une par trop rude et trop dure austérité de nature (2)»* Mais la cruauté de Caton d^Ancien n'était pas exceptionnelle. Dans son traité Des devoirs, Cicéron parle d'un ouvrage ayant même litre que le sien et écrit par Hécaton ; or^ dans le VI • livre de ce dernier traité, on pose, dit Cicéron, des questions comme celle-ci : c Est-il permis à un honnête homme de ne pas nourrir ses esclaves dans une grande famine? ». Ou bien :« En mer et parungros temps, quand il faut alléger le navire « doit-on sacrifier un cheval de prix plutôt qu'un esclave sans valeur ? L'humanité dît oui ; l'intérêt dit nom ». Cicéron incline pour l'iiumanito ; Hécaton pour l'utilité (3). Au siège de Pérouse. L. Antoine eut à résoudre pratiquement la question. Les vivres devenant rares, il ordonna de n'en plus donner aux esclaves et en même temps de les retenir dans la ville, pour qu'ils n'allassent point renseigner l'ennemi. Alors on vit ces malheureux errer dans les rues, s'y rouler, manger de l'herbe et
1) Galon. De re rusticat H.
(2) Plutarque. Marcus Cato, XL
(3) Cicéron. De officiis, III, 23.
mourir. (1) » — Dans son traité de irà^ Sénèque montre les maîtres estropiant leurs esclaves, leur crevant les yeux, •etc., etc. eise faisant, dit-il, du tort à eux-mêmes. — In jour, Flaminius fît tuer un de ses esclaves pour amuser la curiosité d'un hôte. Vedius Pollio nourrissait ses poissons avec de la viande d'esclaves. Auguste fit crucifier un esclave, qui avait tué et mangé sa caille favorite etc. En fait, jusqu'à lerapereur Adrien, le droit du maître sur Teselave fut à peu près sans limites. Suivant un mot de Plante, l'injustice devait se changer en justice, quand le maître Tavail •décidé « ; Indigna, digna habenda sunty herus quœ fecit (2) » .
Les maisons de prostitution de Rome recrutaient leur personnel tout simplement en achetant des femmes esclaves au marché pour trafiquer ensuite de leurs personnes. Au marché, on offrait ces malheureuses aux amateurs sur de grandes tables à pivot appelées catasta et elles s'y tenaient d'abord nues ou presques nues (3).
La loi romaine iuierdisait aux esclaves le service militaire, considéré sous la République, comme le premier devoir du citoyen libre et d'ailleurs il eut été dangereux d'enseigner le maniement des armes à la trop nombreuse population servile. Pourtant, à Rome comme en Grèce, la nécessité fit, plus d'une fois, fléchir la loi. Après le désastre de Cannes, Rome arma huit mille esclaves, que du reste «lie affranchit ensuite. Après la défaite de Varus, Auguste compléta aussi ses légions en y incorporant des esclaves, mais avec un équipement spécial (4). On ne devait employer les esclaves que comme ouvriers ou serviteurs. Les armées romaines traînaient après elles une foule d'esclaves, mais
(1) Appien. Guerre civ,, v. 35.
(2) Plaute. Captiv, II.
{3j Moreau-Christophe. Loc. cit., 119.
<4) Suétone. Vie d'Octave, c. XXV.
l'esclavage a ROME 39T
à titre de valets, d'artisans. Même les simples soldais avaient souvent des esclaves pour porter leur bagage ou les pieux servant à palissader le camp et à dresser les tentes.
La population servile se partageait d'ailleurs en deux grandes catégories: les esclaves privés et les esclaves publics. Ces derniers appartenaient soit aux villes, soit à l'Etat. Les esclaves de TElat travaillaient à l'entretien des aqueducs, des routes, quelquefois aux mines et aux carrières. D'autres étaient employés aux services des assemblées,, aux distributions publiques, à la police des jeux, au transport des dépêches, ou attachés à la personne des généraux ou des magistrats, ou bien utilisés comme exécuteurs, gardiens de prisons, etc. certains aux service des temples (1). Les esclaves de l'Etat jouissaient de certains privilèges, par exemple, la liberté de disposer librement de la moitié de leurs biens (2) ; mais, pas plus que les esclaves des particuliers, ils n'avaient de patrimoine propre. Tout ce qu'ils pouvaient acquérir revenait à l'Etat et en droit criminel ils subissaient toutes les conséquences de l'esclavage. Seulement on leur concédait une parcelle du territoire public pour y établir leur demeure ; en outre ils touchaient des frais d'entretien et une solde. — Les magistrats supérieurs les employaient surtout comme huissiers, bourreaux; ceux qui formaient la familia des édiles servaient comme pompiers (Mommsen Droit public romain. 365-367) Les esclaves des villes étaient employés, les uns comme serviteurs publics, les autres à des travaux industriels (3). Les services de voirie s'exécutaient par des esclaves. D'autre part, les corporations, les associations légales avaient des esclaves appartenant à leurs communautés (4) . Chaque cité
.1) Wallon. Loc, cit., II, a>88.
{tj Wallon. Loc, cit., t. HI, 55.
(3) Moreau-Christophe. Loc, cit., 146.
(4î Wallon. Loc. cit., t. II, 91.
possédait aussi dans ses arsenaux un plus ou moins «rrand nombre d'esclaves ; ainsi après la prise de Carlhagène, S<'ipion réserva pour Rome deux mille ouvriers habile^ ii fabriquer des armes, des instruments de guerre, des corda ges, des agrès, etc. (!): ces esclaves travaillaient dans «V grands ateliers publics.
Les esclaves des particuliers élaieni ou des ser\nlt'urs de la maison, des esclaves domestiques, ou des escla\»^industriels, ou des esclaves ruraux. — L'agriculture en exigeait un grand nombre. Dans les premiers temps delà République, Tesclave, n'était encore qu'un auxiliaire aidaui les citoyens libres k cultiver leur modeste patrimoine. Av(^ rexlerisioii indéfinie du territoire se constituèrent de grandi^ domaines, que les propriétaires faisaient autant que possible cultiver par des esclaves; mais force était d'adjoindre -à ces esclaves des travailleurs libres et sal^iriés, auxqueh se mêlaient les obœrati c'est-à-dire des débiteurs, qui sViigageaient au service de leur créancier pour payer leurs <lettes en travail. Seuls les très petits domaines étaient cultivés [)dv leurs propriétaires et leurs familles (2). — Sur les Hloinaini's de quelque importance on employait une forte proportion d'esclaves. Suivant Varron, il faut un eschvc pour huit jf^ijera de terres cultivable (3;, c'est-à-dirr pour ♦Miviron deux hectares: la proportion réservée au travail servile était donc très forte. Ces esclaves ruraux étai<*ot très durement traités. Aux régisseurs et surveiilîints, aux i)ergers on distribuait mensuellement les aliments nécessaires. Aux esclaves employés dans les champs, on donnait <:haquejour, des rations toutes préparées, un peu plus fortes pendant Tété, à cause du travail à fournir. Ces rations se composaient surtout de pain et de vin et la qualité en
(1) Tite-fJvo. XXVI, 47.
•2) Vanon. De re rustica^ Lib. I, eh. XVII.
3) Ifjld.,], 18.
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était des plus médiocres. Caton TAncien sa bien voulu publier à ce sujet ses recettes domestiques. Voici celle du vin d'hiver : «Mettez dans une futaille dix amphores de vin doux, deux amphores de vinaigre bien mordant et autant de vin cuit jusqu'à la diminution des deux tiers, avec cinquante amphores d'eau douce. Remuez le tout ensemble avec un bàlon, trois fois par jour, pendant cinqjours consécutifs; après quoi, vous y ajouterez soixante quatre setiei's de vieille eau de mer {{) ». Ce vin, cette abondance, rationné d'ailleurs, ne devait pas porter à la tète. Voici maintenant les friandises ; Caton intitule sa recette : Bonne chrre an.r (fcns: «Vous garderez le plus que vous pourrez d'olives tombées et même de celles qni auront été cueillies à temps, quand vous ne pourrez pas vous promettre dVn tirer beaucoup d'huile. Vous leur en donnnerez, mais avec épargne, afin qup la provision en dure le plus longtemps que faire se pourra. Lorsqu'elle sera épuisée, vous leur donnerez de la saumure avec dti vinaigre. Il leur faudra à chacun un setier lOlitre oiWhuile par mois; mais il suffira d'un boisseau (8 litres ()7 ) de sel, par an, pour chacun (2) ». On voit qu'il esl difficile d'être généreux avec plus de rapacité. Le logement des esclaves ruraux valait leur nourriture et il en était de même du vêtement. Caton veut qu on leur fournisse, tous les deux ans, une tunique sans manches avec des sayes et de gros sabots garnis de clous. On les loge dans de? rellu- Ips. quand ce sont des esclaves ordinaires. D'autres, dits escf ares enchaînés, )ioni enfouis dans un logement souterrain, un err/ustuliwi éclairé par de petites fenêtres au ras du soKWallon, d'après Columelle et Vitruve. Loc.cit, II.20i' Les maîtres bienveillants causaient volontiers avec ]eur> esclaves: mais dans les très grands domaines, le régisseur, le» ctllicifs^ était le maître et souvent le tyran \lhifi. H 'l'l\ .
(1) Caton. B^ ve rustlca, T, (UV.
(2) Ibid., LVIII.
A la ville, les grandes maisons étaient remplies d'esclaves, ayant chacun des fonctions spéciales, depuis les plus humbles jusqu'aux plus relevées et dont un grand nombre étaient inutiles et pour la parade. A la porte, l'esclave remplaçait le chien de garde et il était enchaîné, comme lui (I). Puis venaient les gardiens de V atrium^ les huissiers, let^ introducteurs, ceux qui soulevaient les portières devant les visiteurs ; puis la foule des serviteurs de l'intérieur; les esclaves préposés au service des bains, ceux de la salle à manger, le maître d'hôtel et ses nombreux aides et pourvoyeurs, les découpeurs, les distributeurs des mets, les dégustateurs qui goûtaient les mets avant de les offrir, de jeunes esclaves parés, parfumés, assis aux pied du maître ou versant le vin dans les coupes; des femmes esclaves chanteuses et danseuses ; puis les esclaves faisant cortège au maître dans les rues de la ville, les porte-flambeaux, les distributeurs portant l'or, dont parfois, surtout en temps d'élection, le maître faisait largesse à la foule (2).
De nombreux esclaves étaient spécialement affectés au service des femmes. Il y avait avant tout, l'esclave dotal, inviolable comme la dot ; puis des gardiens, des eunuques, une sage-femme, une garde, une nourrice, des berceuses, des porteurs, des fileuses, des tisseuses, des couseuses, que quelles les dames se faisaient un devoir d'apparat de présider (3). Les matrones patriciennes étaient accompagnées d'un nombreux cortège de porteurs, de courriers, de valets de pied, de messagers, d'émissaires de courtoisie, de gardes d'honneur jeunes et aux cheveux bouclés (4). Livia Augusta avait une esclave spécialement chargée de soigner sa chatte
(1) Wallon. Loccit,, t. II, 105,226.
{'!) Ibid., i08.
(3) /^>id., 112-113.
<4) Ibid,, 115.
l'esclavage a ROME 401
favorite (1) ; car ce fut surtout sous TEmpire que se développèrent ce faste et cette ostentation serviles.
Dans les grandes maisons, on avait des esclaves savants et de diverse sorte : pour le service de la bibliothèque, des gardiens, des annotateurs, des copistes, des écrivains, des colleurs, des batteui-s, des polisseurs (2); puis, soit pour avoir sous la main la science et l'érudition, dont on pouvait avoir besoin, soit pour l'éducation des enfanls, on se procurait des esclaves poètes,grammairiens, rhéteurs, philosophes. Le riche Sabinus se fit préparer sur commande des esclaves, dont l'un savait par cœur Homère, l'autre Hésiode, neuf autres possédant neuf poètes lyriques (3). La pédagogie comme la médecine, étaient partout entre les mains des esclaves (4) . Il faut mentionner encore de nombreux esclaves chargés des affaires : les procurateurs, les teneurs de compte, etc. (5). En dehors des habitations privées, on faisait ordinairement jouer la comédie par des esclaves acteurs, souvent achetés en troupe (6).
La guerre ne pouvait pas toujours fournir tous ces esclaves doués de talents si spéciaux ; il fallait souvent les dresser. Beaucoup de capitalistes achetaient à cet effet des enfants de dix à douze ans, leur faisaient donner une éducation spéciale et les louaient ensuite aux particuliers. Il y en avait pour tous les besoins ; on pouvait louer un grammairien ou un maître à danser, un musicien ou un cordonaier> un tailleur, un maçon. Le soir, ces esclaves loués à la journée rapportaient à leurs maîtres le prix de leur location (7). Mais c'était là des expédients à Tusage des
{\) Moreau -Christophe. Loc. cit., Vkl
(2) Wallon. Loc. cit., II, 116.
(3) Ihid., 117.
(4) Moreau-Chrrstophc. Loc. cit.. 25.
(5) Wallon. Loc. cit., 119.
<6) Ihid., 1?2.
(7; Morcau-Ghrlstophc. Loc. cit., 211.
402 l'évolution db l'esclavage
médiocres fortunes. Les grandes maisons possédaient en propre tous ces genres d'esclaves et, pour le service de la ville seulement, on y comptait environ 120 esclaves répartis en escouades (1). Autant que possible tout se faisait et se fabriquait par les esclaves de la maison, même les objets de luxe . Ainsi sur le tombeau commun des serviteurs de Livia Augusta et des Césars, de nombreuses inscriptions funéraires sont consacrées à des esclaves brodeurs, doreurs, ciseleurs, peintres, architectes, sculpteurs, (2).
Il existait aussi de vrais ateliers domestiques, où les esclaves étaient souvent fort maltraités. Le service du moulinet de la boulangerie était particulièrement dur ; les esclaves y travaillaient sous les coups (3). Une roue portative, passée eu carcan au cou de l'esclave, Tempéchait de manger la farine (4). Dans les ateliers industriels, se dressait un poteau, où l'on attachait l'esclave jugé coupable, pour y subir la peine du fouet, des verges, des étrivières, de l'aiguillon. Oo fixait à ce poteau un écriteau portant le nom de l'esclave coupable avec indication de la faute commise (5).
Enfin, en dehors de la maison, par une convention assez ordinaire partout où les esclaves industriels sont nombreux, certains esclaves exerçaient librement une profession moyennant redevance ou part des profits payés au ms^tre. C'est la forme habituelle et intermédiaire entre l'esclavage et le salariat libre. Sous l'empire, une loi lutélaire édicta queTesclave malade et abandonné par son maître serait rendu à la liberté (6) ; on est donc fondé à croire que jusque-là le maître était libre d'en agir à sa guise.
(1) Moreau-Ghristophe. Loc. cit., 446.
(2) Ibid., 207.
(3) Apulée. Mai. IX.
(4) Wallon. Loc. cit., II, 233.
(5) Moreau-Ghristophe. Loc. cit., 219.
(6) Suétone. Vita-Claudii, 25.
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