V. L'esclavage en Germanie
La peinture, que nous ont laissée des Germains les historiens de Tantiquité, est celle d'une race confinant encore à
(1) A. Tourmagne. Loc, cit., 576.
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la sauvagerie. A peine agriculteurs, vivant surtout du produit de leurs troupeaux et plus encore de leurs raszias guerrières, les Germains tenaient à honneur de s'entourer de vastes solitudes; il fallait que leur voisinage fût redouté. Dans leur opinion, le vol à main armée hors de leurs frontières était une action honorable. Les hommes, surtout les jeunes gens, s'y exerçaient et, comme chez les Peaux-Rouges, des guerriers en renom organisaient des expéditions particulières, auxquelles chacun était libre de participer ou non ; mais c'était au prix du déshonneur qu'on s'en retînit après avoir donné son adhésion (1). De ces expéditions on ramenait du butin, du bétail et sûrement des esclaves. — Que faisait-on de ces esclaves? Il semble bien que les esclaves domestiques aient été peu nombreux en Germanie. Comme les indigènes africains du Foutah-Djallon, les Germains avaient des villages d'esclaves, plutôt de colons ou de serfs, vivant avec une indépendance relative dans des huttes à eux et payant seulement aux maîtres des redeTances en blé, en bétail, en vêtements (2). Sur ces esclaves, le maître avait tous les droits, même celui de les tuer impunément ; mais comme il avait peu de rapports avec eux, il ne les maltraitait guère, à moins qu'il ne lui arriv&t de céder à un mouvement de colère aveugle et irraisonnée (3).
Les affranchis étaient comme partout tenus dans un état d'infériorité sociale ; aucune influence politique ne leur était accordée (4) et l'industrie germanique était trop peu développée pour qu'ils aient pu se créer par elles une situation moins subalternisée. — En Germanie, la classe servile ne se recrutait pas seulement par la guerre. Des Germains de condition libre pouvaient tomber en servitude, notamment
(1) César. Guerre des Gaules, liv. VI, par. 23.
(2) Tacite. Germania, XXV.
(3) Ibld,
(4) Ibld., XXV.
l'esclavage chez les ECJBOPÉEIfS BARBARES 455
en perdant au jeu leur liberté; mais on avait soin de vendre vite et au loin les esclaves de cette provenance, évidemment difficiles et même dangereux à garder (4). De ce fait il résulte qu'il exis^tait eu Germanie un trafic d esclaves et on peut aussi en induire que le débiteur insolvable devait être réduit en esclavage, et en effet, il en était ainsi chez les Scandinaves norvégiens, où le débiteur insolvable commençait par offrir sa personne à ses parents en compensation de la somme due et en commençant par le plus proche. Puis, en cas de refus des parents, il devenait esclave de son créancier jusqu'au paiement de la dette. En outre, il pouvait aussi livrer ses enfants, ce qui implique le droit primordial de les vendre. Le débiteur asservi se refusait-il à travailler? Le créancier le pouvait tuer ou mutiler « couper où il veut, haut ou bas » (2), dit un texte de loi qui rappelle la Loi des Douze Tables.
Ainsi nourris par l'esclavage et la guerre, les Germains, de sexe masculin, vivaient dans une noble oisiveté. Chasser, guerroyer, faire bombance, dormir ; telles étaient leurs occupations ordinaires. Seuls, les vieillards, les faibles, les femmes de la famille s'occupaient de la maison et des champs (3) ; sans doute quelques esclaves domestiques, peutêtre quelques affranchis devenus clients exécutaient les travaux industriels indispensables. Or, ce genre de vie est exactement celui des Peaux-Rouges américains et des nègres de TAfrique centrale.
Quand ils débordèrent hors de leurs frontières pour dépecer Tempire Romain en décadence, les Germains adoptèrent, en ce qui concernait l'esclavage, une partie de la législation impériale ; mais ils y mêlèrent la leur et surtout leur vieux système de la compensation pour délits et crimes,
(1) Germania, XXIV.
(2) Ibid. — Ibid..X\.
(3) Dareste. Loc. ciL, 333.
4o6 l'évolution de l'escuvage
le Wehrgeld. Or, cette réglementation métisse nous fournil d'intéressants détails sur la condition de l'esclave dans ces monarchies barbares, instituées après la conquête et sûrement, pour une part, sur celle qui lui était faite en Germanie. Dans le prochain chapitre, j'aurai occasion de parler avec quelques détails de cette législation de Tesclavage romain. Nous verrons alors, que c'était simplement riniquité rédigée en code ; que des pénalités spéciales étaient édictées contre Tesclaveassimilésouvent parla loi aux choses possédées, aux animaux domestiques. Je n'y insisterai pas en ce moment et continuerai mon enquête documentaire, en y soumettant les plus civilisés des barbares de Tancienne Europe : les Celtes.