VI. L'esclavage chez les Celtes
Jusqu'ici notre rapide exploration chez les anciens barbares d'Europe ne nous a guère fourni d'éléments nouveaux en ce qui touche TinstiLution de l'esclavage. Elle a pourtant cette utilité de prouver, une fois de plus, que les races aujourd'hui supérieures ont commencé par ne se distinguer en rien des races dites inférieures, et c'est là un fait de portée générale, qui ne saurait être trop solidement établi.
Pas plus que les Germains et les Slaves, les Celtes ne se sont recommandés par aucune noblesse morale native. Leur esclavage a les marnes origines et la même grossièreté. — Chez eux comme chez les autres peuples, l'esclavage est résulté surtout de la guerre. Les Celtes sacrifiaient souvent à leurs dieux une partie de leurs captifs ; parfois ils s'y engageaient même avant la bataille par un vœu(l). Ou choisissait, pour les immoler, les plus beaux, les plus robustes des prisonniers, sans même épargner ceux à qui l'on était lié par
(1) César. De Bcllo Gallico, VI, ch. XVII, 2-3.
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un commerce d'amitié ou d'hospitalité (1). En même temps que les hommes il arrivait souvent qu'on égorgeât ou brûlât le bétail conquis (2) ; on pensait se rendre les dieux favorables en leur offrant ainsi sa part de butin. C'était sûrement aussi des prisonniers ou des esclaves, qui, à défaut de criminels, remplissaient les grands mannequins d'osier, auxquels les Druides mettaient dévotement le feu (3).
Les captifs devenaient esclaves et souvent objet de commerce ; les esclaves épargnés avec le bétail, les chiens de chasse, etc, comptaient en effet parmi les principaux produits d'exportation de la Grande-Bretagne (4).
Dans la Gaule, comme ailleurs, Tesclavage avait d'autres origines que la guerre ; les hommes libres pouvaient être condamnés à l'esclavage ainsi que les débiteurs insolvables. L'esclave gaulois était une chose ; il n'avait aucun droit ; avec lui, le maître avait la liberté d'en user à sa guise, de le vendre, de l'estropier, de le tuer (5). Les esclaves étaient d'ailleurs en nombre assez faible dans la Gaule ; car les grands, les nobles en pouvaient, seuls, posséder. Le reste de la population gauloise, la plèbe, était elle-même asservie et n'avait guère plus de liberté que les véritables esclaves. Seuls, les nobles et les Druides comptaient pour quelque chose (6). Aussi les Romains s'y trompèrent et considérèrent les chefs de clan comme les propriétaires de la terre et des habitants (7). 11 est probable qu'en Gaule comme dans les highlands de l'Ecosse celtique, beaucoup de ces chefs de clan fournissaient des aliments
(1) Diodore, XXXL Frag.
(2) Diodore. Liv. V, par. 32.
(3) César. De Bello Galico, VI, XVI, 4-5.
(4) Strabon. Liv IV, eh. V, par. 5.
fo) Rambaud. Civilisation française, 13.
(6) César, VI, 13.
(7) Rambau'l. Loc, cit., 13.
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auK cheCs des familles plébéiennes, qai leur étaient «onmises (1).
En Irlande, dont l'ancienne organisBtion nous est mieux connue, il existait des esclaves eides colons. Ceux-ci étaient tombés dans une demi-serviUide en devenant les débiteuis des chefs de clan pour en avoir accepté du bétail en cheptel (2). Le colon irlandais devait à son seigneur d'abord rhommage, puis des corvées manuelles ; il pouvait aussi être requis pour suivre le chef à la guerre (3) . — Plus étroitement asservi était le fuidhir, dont la situation rappelle beaucoap celle d'un esclave domestique. Le fuidhir était un étranger, un fugitif, un outlaw, qui avait trouvé un asile auprès du chef et restait absolument à sa dévotion ; les colons, les vassaux n'avaient pour le fuidhir, intrus asservi, que de la défiance et du mépris (4).
Divers traits de mœurs ne permettent pas de douter qae l'esclavage primitif n'ait été en Irlande, ce que nous Tavoi» trouvé par toute la terre. On ne nous dit pas que le père ait eu le droit de vendre ses enfants, mais nous le pouvons induire du fait qu'il avait sur eux droit de vie et de mort; puisqu'il sacrifiait son premier-né aux dieux fomàré et spécialement au croissant lunaire (S). Or, qui peut le plus peut le moins. — Qu'en Irlande l'esclave ait été une valeur d'échange, cela résulte sûrement de ce fait que rertaines compensations juridiques s'évaluaient en esclaves. Ainsi le prix de l'honneur du roi était évalué à sept femmes esclaves (6) et le sexe de ces esclaves servant de monnaie pour les compensations semble bien indiquer aussi que la plupart des vrais esclaves étaient des femmes capturées sans
(i) H. S. Maine. Ancien droite 253.
(2) H. S. Maine. Loc, cit. y 197-204.
(3) Ibid., 197.
(4) H. S. Maine. Institutions primitives, 215.
(5) D'Arbois de Jubainville. Cycle mythologique, 103-107. (()) D'Arbois de Jubainville. Droit irlandais^ 26.
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doute dans les conflits gnerriers entre les tribus ou petits royaumes de rirlaAde. Gomme ceux de la Gaule, les esclaves irlandais devaient être assez peu nombreux ; c'était surtout des esclaves domestiques, les seuls qui subsistent partout où le servage devient général.