‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 143 sur 147 · IV. Co7nment le salariat sortit du servage · texte numérisé non relu

IV. Co7nment le salariat sortit du servage

Nous venons de suivre l'évolution du travail servile depuis les temps mérovingiens jusqu'à l'époque contemporaine et un fait général de considérable importance ressort de notre investigation. La longue période historique, que nous avons embrassée, a été très et même trop fertile en violences et catastrophes. Tout d'abord elle commence par

(1) G. Gibrario. Eeon. polit, du Moyen-âge, t. I, 76.

(2) Gibrario. Loc. cit., 78.

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la chute de TEmpire romain et Tinyasion des Barbares, c'est à-dire par un déchaînement véritablement chaotique. Pois, pendant toute sa durée, ce ne sont que guerres, grandes e^ petites, pressurant, broyant surtout la classe asservie, qui souvent regimbe sous le faix et se révolte. Or, toutes ces horreurs semblent n'avoir aucun effet sur le servage. Les Pastoureaux, les Jacques, etc., se soulèvent par centaines de mille, brûlent les ch&teaux et appliquent cniellemeat à leurs habitants la loi du talion en les traitant comme des fauves. Puis, vaincus et égorgés à leur tour, il disparaissent et la vieille iniquité reprend son cours jusqu'à une prochaine explosion. En somme, toutes ces violences ont été de nul effet sur l'institution du servage. Si pourtant il a été lentement miné, puis aboli et transformé en salariat, cette réforme est résultée d'une évolution paciGque et lente, surtout de l'institution des Communes.

D'abord les salariés libres, pour la plupart serfs affranchis^ se sont associés en corporations des métiers; puis, profitant des circonstances et devenus suffisamment nombreux, Us ont pu constituer des groupes urbains, avec lesquels les seigneurs eurent intérêt à compter, auxquels ils durent même reconnaître une existence indépendante. En se multipliant, ces groupes industriels et commerciaux devinrent une puissance, attirèrent à eux des milliers et des milliers de serfs et d'affranchis, accaparèrent les échanges et la production industrielle, furent même riches et finirent par constituer une grande classe intermédiaire à la classe des serfs et à la caste des seigneurs. Dès lors ceux-ci trouvèrent avantageux de concéder, moyennant finance et corvées, la liberté à leurs serfs ; ils en firent des paysans, en principe libres, mais continuant à subir la prépotence des nobles, les exacUonsdu fisc, les brutalités des gens de guerre, etc. Pourtant être libre, ne fût-ce qu'en droit, cela constitue déjà un grand avantage au moins moral ; il en résulte une sorte de ferment psychique, qui pousse le paysan malmené, l'artisan

misérable à faire encore un pas en avant, à mettre le fait d'accord avec le droit, en résumé, à briser définitivement leur chaîne. Ce fut l'œuvre de la Révolution française, qui porta le coup mortel au régime féodal. Après elle, il n'y eut plus, en France, ni esclavage, ni servage et peu à peu le reste de l'Europe suivit la grande impulsion donnée. En Allemagne d'abord, en Russie ensuite, la réforme s'opéra pacifiquement par des mesures légales, édictées d'en haut. Les dirigeants en avaient compris la nécessité ; ils avaient vu en même temps qu'au fond les choses étaient moins changées qu'elles n'en avaient Tair, que le salariat pouvait très bien remplacer le servage comme celui-ci avait remplacé Tesclavage, qu^en fiait ce n'était qu'un servage atténué, laissant encore subsister l'essentiel des anciens privilèges.

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