L ESCLAVAGE DANS LE REGNE ANIMAL
du travail social; chaque individu est simullanément reproducteur, ouvrier, soldat ; il n'y a non plus nulle hiérarchie ; c'est librement que les membres du corps social concourent aux travaux et besognes d'utilité générale. Ce type social sans différenciation semble être, dans le règne animal, celui qu'ont réalisé les chiens, les castors, les chevaux sauvages, les bisons. Au contraire, dans les cités des fourmis, la différenciation s'accuse fortement, et même organiquement ; les reproducteurs mâles et femelles se distinguent nettement des ouvrières ; mais, entre elles, ces ouvrières ont adopté ou conservé le régime de la coopération libre, spontanée, anarchique. D'ailleurs, il n'en résulte nul dommage pour le corps social, tant est identique la constitution psychique des ouvrières, qui, toutes, se consacrent et au besoin se dévouent au salut public avec un zèle passionné .
Chez les fourmis esclavagistes, l'organisation sociale s'est compliquée ; on y a constitué artificiellement, par la guerre et les razzias^ une classe d'esclaves, si bien dressées d'ailleurs, dès la première enfance, au sortir de leurs coques, qu'elles n'ont pas même Tidée de se soustraire à la servitude. Pendant que leurs maîtresses s'adonnent uniquement à la guerre prédatrice pour recruter constamment leur classe stérile d'ouvrières esclaves, celles-ci s'acquittent avec un infatigable zèle de toutes les autres fonctions sociales et semblent goûter dans la servitude un extrême plaisir. On peut leur appliquer ce vers de Lamartine :
f Le joug que Ton choisit est encor liberté. •
Mais le maintien du corps social et Taccomplissement des travaux nécessaires à ce maintien peuvent s'obtenir d une autre manière et sans recourir à l'esclavage. Il suffit pour cela que les membres d'une même société se partagent en classes distinctes et ayant des fonctions diverses ; que
b L EVOLUTION DE L ESCLAVAGE
les uns soient spécialement chargés de la reproduction, les autres des fonctions domestiques et industrielles, d'autres de la guerre. Alors, il n'est plus nécessaire que l'association deviennent la terreur et le fléau de ses voisins ; les razzias esclavagistes lui sont inutiles ; l'organisme social se suffît à lui-même et la classe militaire peut se borner à la seule guerre légitime, à la guerre défensive.
Notre premier type social, celui de l'anarchie laborieuse, égalitaire et spontanément ors^anisée, semble réalisé dans diverses sociétés de mammifères, chevaux, bisons, chiens sauvages, surtout castors ; il Test encore, sauf la fonction reproductrice, qui s'est spécialisée, chez les abeilles et chez la plupart des espèces de fourmis. Le second, le type esclavagiste, est représenté par les fourmis amazones et sanguines dont je parlerai bientôt. Le troisième, celui de la société avec caste guerrière et caste industrielle, est admirablement représenté par les termites d^Afrique, d'Amérique, d'Asie .
Chez ces intelligents insectes, dont les ingénieuses constructions architecturales dépassent de beaucoup en grandeur relative les pyramides d'Egypte, il existe des reproducteurs, comme chez les abeilles et les fourmis, des ouvrières et une autre classe ou caste, une caste militaire.
Ces grandes divisions du travail social nous rappellent forcément l'organisation des célèbres empires humains de ^antiquité historique, notamment les royaumes de l'Inde ; mais, chez les termites, la spécialisation a un caractère bien plus profond que dans nos sociétés humaines. C'est que la vie individuelle des termites est, comme celle des fourmis et des abeilles, d'une assez courte durée ; chez eux, les générations se succèdent trente ou quarante fois plus vite que chez l'homme, les fonctions ont donc pu marquer les organes de leur empreinte bien plus profondément qu'elles ne le font dans nos sociétés humaines. Sûrement les castes professionnelles des termites durent depuis des milliers d'an-
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