L ESCLAVAGE DANS LE REGNE ANIMAL
nées ; il n'est même pas impossible qu'elles soient antérieures à l'apparition de Thomme sur la terre, aussi se distinguent-elles les unes des autres par de très notables modifications organiques. Ainsi la bouche des ouvriers termites est circulaire et unie, très bien adaptée à son office industriel, qui est de remuer de la terre et des matériaux de construction ; au contraire, chez les soldats termites, la tête est relativement très grosse et munie de puissantes tenailles cornées, rappelant par la forme nos piques et nos tridents (1). Ces conformations professionnelles, organiquement spécialisôes, sont fort avantageuses pour les fonctions à remplir, mais elles parquent à jamais les individus dans la caste à laquelle ils appartiennent : un soldat termite n'est bonqu à combattre ; un ouvrier n'est propre qu'au travail : aussi ne les voit-on jamais empiéter mutuellement sur leurs fonctions respectives. Les ouvriers sont maçons, architectes, ingénieurs ; ils construisent et agrandissent sans cesse la cité termite, édifiant des chambres nouvelles pour parer aux besoins nouveaux : ils tracent des routes couvertes et abritées, élèvent et soignent les jeunes ainsi que le couple reproducteur, dit royal ; enfin, ils surveillent et dirigent Fessor nuptial.
Les soldats termites, au contraire, se bornent à protéger la république, à la défendre avec la plus extrême énergie contre les ennemis du dehors, quels qu'ils soient. Les ouvriers sont toujours prêts à travailler ; ils ne connaissent pas les grèves ; les soldats toujours pr^ts à combattre et, suivant Toccurrence, les deux castes se cèdent rapidement la place. Les ouvriers ne se battent jamais ; jamais les guerriers ne travaillent (2). Si, brusquement, Ton enlève un fragment de la paroi d'un nid de termites, en découvrant ainsi un coin des galeries et chambres intérieures, aussitôt
^1) L. Buchner, La vie psychique des hébes, 29i. (2) Smethman (cité parBûchner),/.oc..ci7.,281.
8 L'ÊvoLcmoN DE l'esclayage
les ouvriers s'éclipsent dans les profondeurs du termitorium; à leur place surgissent aussitôt des soldats, très affairés, courant de-ci de-là, explorant les brèches avec leurs antennes ; puis, constatant bien vile qu'il s'agit seulement d'un dommage matériel, qu'il n'y a pas d'ennemis à combattre, ils cèdent la place aux ouvriers et ceux-ci s'occupent avec diligence à réparer le dégât. Pendant ce temps, les soldats ont regagné leurs profondes et obscures retraites, laissant cependant derrière eux quelques-uns des leurs, sans doute pour faire face au retour possible du péril (1). Et ces soldats termites sont des adversaires à redouter ; leurs terribles pinces font de profondes blessures, dont la crainte fait reculer l'homme lui-même.
Dans cette curieuse répartition des fonctions, une circonstance est à noter, c'est la proportion sagement calculée des soldais et des ouvriers. Les termites nous donnent un bon exemple, ils n'ont pas sacrifié à la folie des énormes effec* tifs ; leur caste militaire est relativement peu nombreuse et ne représente guère qu'un centième de la population totale. Les termites se sont donc difiFérenciés socialement sans recourir à l'esclavage, que nous allons maintenant rencontrer chez les fourmis, du moins chez certaines espèces de fourmis.