IV. — La servilité chez les primates
Dans aucune société humaine, on ne trouve l'esclavage aussi intelligemment conçu et institué que chez les fourmis, et dans le reste du règne animal il ne semble pas qu'aucune autre espèce ait même eu Tidée de Tesclavage. Sous ce rapport, les plus élevés des mammifères, les primates, sont bien inférieurs aux fourmis ; vis-à-vis des faibles, il ne connaissent que l'oppression capricieuse, le bon plaisir brutal et imprévoyant. Ainsi, dans les cages communes à des singes de diverses espèces, on voit les petits quadrumanes inférieurs, les makis, les ouistitis, en butte aux mauvais traitements, à la tyrannie capricieuse des grands singes ; c'est seulement à force de concessions, de servilité, que ces parias réussissent à se faire tolérer ; parfois cependant, poussés à bout, ils se liguent et font cause commune pour se défendre contre leurs oppresseurs.
En liberté, les petites hordes simiennes sont despotiquemeat gouvernées par le mâle le plus robuste, sultan jaloux et brutal, qui veut bien guider sa troupe, veiller au salut commun, mais à condition qu'on subisse ses fantaisies, surtout que les jeunes mâles déguerpissent dès qu'ils lui donnent de l'ombrage. D'ordinaire le despote est docilement obéi ; les femelles surtout le cajolent, et lui donnent incessamment la preuve d affection qui est la plus prisée chez les singes : elles ne se lassent pas de Tépouiller avec zèle et il s'y prête avec une majestueuse indolence.
(1) P. Huber, Loc, cit., 257.
22 L'ÊvoumoN DE l'esclavage
Mais dans ces mœurs, serviles d'un côté, lyranniques de Tautre, il n'y a rien de comparable à l'esclavage, tel que l'ont réalisé les fourmis ; il n'y a même rien que Ton puisse appeler esclavage. C'est simplement de l'anarchie despotique et il n'est pas impossible de trouver chez les hommes des exemples de cet état social si rudimentaire, dépourvu de toute organisation intelligente et prévoyante.