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aussi grandes à la mort des rois ; elles comprenaient parfois plusieurs milliers de victimes. En outre les particuliers imitaient leurs monarques, mais sur une échelle plus modeste, et. à la mort de tout personnage riche, deux ou trois esclaves étaient sacrifiés à la porte de sa maison (1).
Enfin aux sacrifices funéraires venaient se joindre dans^ les deux royaumes les sacrifices d'action de grâce. Ainsi, après une victoire remportée sur les Fidas, un roi dahoméen sacrifia plusieurs milliers de prisonniers simplement pour remercier ses dieux (2).
C'était par de sauvages incursions chez des voisins plus faibles que les petits potentats de TAchanti et du Dahomey se procuraient la matière servile, nécessaire à leurs solennelles immolations. Au beau temps de la traite européenne^ le trésor royal des deux pays trouvait encore son compte à ces razzias , car les captifs épargnés étaient achetés, sans difficulté et en bloc, par les négriers européens au prix moyen de quatre cents francs par tête (3). La traite européenne avait, dans ces régions, un double effet sur l'esclavage ; un effet funeste en poussant aux razzias, un effet bienfaisant en réprimant un peu la férocité par Tamourdu lucre. En effet, c'était surtout les captifs, dont on ne trouvait pas le placement, qui étaient égorgés, expédiés dans Tau tre monde, soit comme messagers, soit comme serviteurs des rois ou des notables décédés. Une naïveté enfantine se mêlait à toute cette férocité. Ainsi au Dahomey, le roi Grézo-Apoji, voulant faire parvenir un cheval au double de son père, fit décapiter Tanimal et Tesclave qui le devait conduire et les fit enterrer tous deux dans la même fosse (4). Les esclaves ainsi sacrifiés entraient
fi) Bowdich. Hist. univ, voy. vol. XXVIH, 428.
(2) Richard. Hist, nat. de V homme, t. II, 333.
(3) Laffilte. Lo Dahomey 9G.
(4) Rapport de M. de Mauléon^ capitaine du brih le Zèbre (12nov. 4844).
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tout-à-fait dans le rôle qu'on leur imposait ; ils acceptaient même, de divers côtés, des commissions pour le Dahomey futur et recevaient la mort avec une impassibilité parfaite.
Chez les Achantis, les mœurs étaient identiques à celles des Dahoméens. A la mort du roi, plusieurs milliers d'esclaves étaient immolés et, en dehors des grandes « coutumes» traditionnelles, on avait soin de sacrifier de temps à autre des victimes, uniquement « pour arroser de sang les tombes royales » (1).
Ce délire, à la fois monarchique et religieux, ne va pas sans une extrême servilité dans toutes les classes de la population. Les gens du peuple et les femmes du Dahomey saluent les grands au passage en se prosternant presque à plat ventre (2) . Un gouverneur de province, à qui un résident de factorerie française avait eu l'imprudence de demander des nouvelles du roi, ne répondit qu'après s'être, au préalable et selon l'étiquette, barbouillé avec de la terre la tête, les bras et les jambes. « Oh ! disait-il ensuite, ces étrangers, ces blancs, sont vraiment singuliers ; ils vous parlent d'un roi, comme d'une chose ordinaire ! » <3) En effet, aux yeux des sujets, dans les monarchies fétichistes de l'Afrique tropicale, le roi, le maître, est plus qu'un homme. De longue date on a contracté l'habitude de le voir, au gré de son caprice, fouler aux pieds son peuple et ravager, quand bon lui semble, les pays voisins. Enfin les féticheurs lui font comme une garde d'honneur sacrée ; ils lui soumettent en quelque sorte les mystérieux pays de l'au-delà, ces sombres régions, que l'imagination du pauvre noir peuple de fantômes dangereux . De là résulte un servilisme canin, à la fois politique et religieux, qui est incarné, passé dans le sang.
(1) Wake. Loc, cit, I, 172.
(2) Mauléon. Loc. cit.
(3) IbicL
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Les populations fétichistes de l'Afrique orientale sont, au point de vue sociologique, tout à fait comparables à celles de l'Occident africain. Les unes et les autres sont passionnément esclavagistes, en vertu d'habitudes sociales, qui datent de fort loin et dont l'ardeur a été exagérée, en Occident, par les traitants d'Europe ; en Orient, par leurs émules arabes. Dans le précédent chapitre, nous avons vu comment les petites tribus nègres de l'Afrique orientale se procurent des esclaves, ce qu'elles en font et comment elles les traitent. Maintenant il s'agit de nous renseigner sur ce que devient l'esclavage dans les petites monarchies barbares de la même région, où elles constituent des groupes ethniques notablement plus complexes et beaucoup plus importants que les petites tribus sauvages. Dans l'Occident africain, le Dahomey, TAchanti, dont je viens de parler, sont des modèles typiques de ces royaumes nègres. Dans l'Afrique orientale, il existe aussi des Etats équivalents et qui, de même, ont ou avaient, récemment encore, échappé au prosélytisme mahomélan. Les seuls, dont je veuille parler, sont situés dans la région des Grands Lacs. Ce sont la monarchie des Mombouttous et celles du Karagoué, de rOunyoro et de l'Ouganda.
De ces royaumes le plus inférieur, le plus voisin de la sauvagerie primitive est celui des Mombouttous. Pourtant sa population, comme celle des autres petits Etats de la région, se rattache aux races noires supérieures, aux Nubiens ou Ethiopiens. Les mœurs des Mombouttous sont singuHères en ce point que, plus primitifs encore que les Da homéens, ils associent le plus bestial cannibalisme à une civilisation industrielle relativement avancée, mais d'un certain côté seulement. Ainsi, ils ignorent l'art du tissage, ne portent guère que des vêtements d'écorce, n'ont pas de bétail, sont de très médiocres agriculteurs et en même temps de très habiles forgerons et d'ingénieux architectes, sans parler de leurs penchants artistiques, de leur goût dé-
terminé pour la musique. Les monarques momboutlous sont des artistes sauvages, des Nérons au petit pied, et leur pouvoir est absolu .
A part la musique, qui est interdite aux femmes el le travail de la forge, qui est aussi spécial aux hommes, à part la chasse et la guerre, qui naturellement leur incombent, les Momboutlous de sexe mftle vivent dans la plus nonchalante oisiveté. Le matin, ils s'étendent sur leurs bancs sculptés, à Tombre des palmiers et hument le frais, en fumant paresseusement. Pendant les heures chaudes du jour, ils se réfugient dans les grandes cases, très bien construites, qui sont affectées à la vie commune et ils s'y livrent, en gesticulant, à des conversations vives et animées. Pendant ce temps, les femmes cultivent le sol, font la récolte, sèchent et emmagasinent les fruits, s'occupent de cuisine, fabriquent la poterie et le feutre d'écorce(l), c'est-à-dire que tout le poids du travail industriel pèse sur le sexe féminin ; les hommes n'éprouvent donc guère le besoin d avoir des esclaves : mais ils ont d'autres désirs. L'imperfection de l'agriculture, le manque de bétail font que l'alimentation des Mombouttous dépend, pour une grande part, de la chasse, ressource inégale et précaire; ils y ont suppléé très simplement en ajoutant à la chasse aux animaux la chasse à Tbomme. Ce sont les plus détermines cannibales de l'Afrique (1). Entourés de tribus nègres appartenant à des races relativement inférieures, ils les traitent exactement comme un gibier. Uniquement pour se procurer de la viande, ils fondent sur leurs malheureux voisins qu'ils tuent ou capturent. Les pièces de ce gibier humain tombées dans la lutte sont immédiatement réparties entre les chasseurs, puis coupées en longues tranches, que Ton boucane sur le lieu même et que l'on emporte comme pro-
(4) Schweinfurlh. Au cœur de V Afrique, t. II, 83.
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visions. Les prisonniers sont emmenés par bandes et réservés pour de futurs festins. Parmi eux, les enfants, dont la chair est réputée d^me particulière délicatesse, sont destinés à garnir la table du roi. Tous les matins, disaiton à Schweinfurth, on tuait un enfant pour alimenter la cuisine royale (l).Les adultes sont mangés par le commun peuple et Schweinfurth dit avoir vu une femme mombouttou occupée à échauder, comme nous le faisons pour les porcs, la moitié inférieure d'un corps humain (2). Les Mombouttous n'ont pas d'esclaves; leurs prisonniers sont simplement, pour eux, un gibier en réserve.
Ces mœurs effroyables coexistent avec un régime monarchique relativement fastueux, avec une civilisation assez avancée et même, pour tout le reste, avec une certaine noblesse de caractère (3). Mais cet étrange état social n'est passans jeter quelque lumière sur les origines de l'esclavage. 11 semble bien indiquer que l'esclavage s'est fondé et développé surtout avec Tagriculture et qu'il a contribué grandement à réfréner le cannibalisme et les massacres primitifs.
Dans les petits royaumes de TOunyoro et du Karagoué, d'ailleurs riches en bétail, il n'y a plus de cannibalisme, aussi l'esclavage est-il en vigueur, mais surtout l'esclavage des femmes. On se les procure par de sanglantes razzias et on les entraîne par bandes, en assommant en route, à coup de massue sur la nuque, celles qui sont trop âgées pour suivre la colonne (4). Les captives sont utilisées, comme concubines et comme travailleuses ; elles représentent aussn une sorte de valeur d'échange et servent même à payer l'impôt dû au trésor royal (5).
(1) Schweinfurth. Z(w?. c//.84.
(2) Schweinfurt. Loc, cit, II, 88 et passlm. <3) Th. Baker. Albert Nyanza. 407.
<4)Burton. Voyage aux Grands Lacs^ 510.
Letourneau.
Dans le royaume de TOuganda, plus grand et plus puissant que les autres, chaque expédition guerrière ramenait des troupeaux de femmes, que le roi distribuait par centaines à ses favoris, libres d'ailleurs d'en faire à leur gré des concubines ou des servantes (1); mais il était prudent etmême recommandé de tenir quelque temps enchaînées celles des captives que Ton voulait conserver ; car elles avaient la
manie de l'évasion. (2)
Dans ce curieux royaume de l'Ouganda, jadis décrit par le capitaine Speke et qui semble la caricature du pouvoir absolu, il existait d'autres sources d'esclavage que la guerre. Le monarque possédait à titre de propriété ses sujets et leurs biens. Ainsi le roi régnant alors, M'tésa, avait autorisé Speke à prendre partout, par simple saisie, tout ce dont lui et ses gens pourraient avoir besoin (3) et, de son côté, la reine-mère avait gratifié le voyageur d'un insigne particulier, d'une couronne en feuilles de vigne, qui donnait au porteur le droit de s'emparer de tous les enfants qui lui agréeraient pour en faire ses esclaves (4).
Mais, dans ces régions, la véritable esclave à tout faire (^st encore la femme. Schweinfurth a énuméré les services multiples, qu'en exigeaient les Nubiens chasseurs d'esclaves du Haut-Nil. Tous en possèdent en effet une ou plusieurs, suivant qu'ils sont plus ou moins riches ; tous les surveillent anxieusement ; car elles tentent de s'évader, toutes les fois que l'occasion s'en présente. Les malheureuses créatures passent de main en main, comme une pièce de monnaie, et souvent sont concubines sous la direction d'une favorite. L'unique esclave des gens pauvres est une servante à tout faire. Elle va chercher de l'eau dans une grande cruche, qu'elle porte sur la tête ; elle blanchit les vête-
(1) Speke. Voy. aux sources du Nil. 3i4.
(3) lOicL, 314.
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raenls, quand il y en a, broie le grain, fait la bouillie et en général la cuisine ; elle va à la forêt, en revient avec uoe charge de bois ; en route, elle porte le butin du maître, elc, ; c'est une femme de somme (1). On comprend que les indigènes tiennent à posséder un aussi grand nombre que possible de ces êtres, dont les utilités sont si nombreuses ; car le plus souvent le sort de la femme non esclave diffère assez peu de celui de l'esclave enlevée ou achetée.
L'Afrique orientale n'est donc pas plus civilisée que l'Afrique occidentale : elle lui est même inférieure encore, puisque certaines de ses petites monarchies ont, tout en se civilisant dans une certaine mesure, conservé les plus effroyables mœurs anihropophagiques. Décès faits, malheureusement trop certains, on est bien obligé de conclure que les races noires de l'Afrique tropicale, aussi bien celles de Touest que celles de Test, n'ont pas réussi par elles-mêmes, à triompher de la sauvagerie la plus primitive. Dans leurs petites monarchies, on voit les coutumes les plus atroces coexister avec une civilisation industrielle relativement avancée et, quand on n'y a pas encore un urgent besoin d'esclaves, on dévore sans scrupule les prisonniers de guerre, même on fait de la guerre une simple chasse au gibier humain. Enfin partout, même après l'invention oui adoption de l'esclavage, une très-lourde part, au moins, du travail social indispensable pèse sur la femme.
4près cette excursion chez les nègres sauvages, il nous reste àsoumeltre à notre investigation les monarchies non fétichistes deTAfrique tropicale, celles où des mélanges avec des races plus développées ont créé une civilisation plus relevée et surtout déterminé un essor industriel, i[;elativement «considérable.
(I) Schweinfurlh. Loc, cit, t. II, 356, 357
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