LA SERVITUDE DANS LES PETITES MONARCHIES AFRICAINES
riz, dea pagnes, des bracelets, des objets de toilette et enfin des mortiers pour battre le grain, des pierres pour le moudre (i). Ces derniers objets sont d'un symbolisme fort clair ; ils disent assez haut que, même la femme d'un homme riche, n'est pas exonérée des plus durs travaux. En fait, il y a peu de différence entre la situation des femmes réputées libres et celle des esclaves ; seulement les femmes esclaves sont plus spécialementemployées aux travaux agricoles, aussi demeurent-elles habituellement dans des villages spéciaux. Souvent les maisons des maîtres ne comportent pas de logement pour les esclaves ; quand un homme de la classe moyenne, dit Barth en parlant de l'Adamaoua, a une ou deux femmes robustes, il emploie rarement des esclaves pour ses besoins domestiques (2j. D'ailleurs il a le droit de prendre pour concubine même une des femmes esclaves données en douaire à sa femme, h la seule condition de la remplacer par une autre de valeur égale (3).
Mais le soin domestique de broyer le grain , besogne exclusivement réservée aux femmes, constitue un travail des plus pénibles. On se sert pour cela, tantôt de deux pierres préparées, dont Tune fait office de broyeur (4), tantôt d'un mortier en bois formé d'un tronc d'arbre creusé, dans lequel on frappe avec un pilon aussi en Dois. Pour exécuter ce travail, les femmes se réunissent à trois ou quatre autour du mortier, dans lequel chacune d'elles frappe à tour de rôle (S). A Kano, où la richesse relative est grande et la civilisation plus avancée que dans toutes les agglomérations urbaines de la région, la vie domestique est moins dure pour les femmes que partout ailleurs. Les ménagères
(1) Clapperlon. Second voyage, t. 11,86.
(2) Barlh. Lac. cit.,L II, 207.
(3) Clapperton. Second voyage, t. II, 86.
(4) Ihid, 277.
(5) \KAÎte\ïé\. Nouveau voyage axe pays des nègres, 1. 1, p. C2.
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sont coquettement vêtues ; elles préparent bien les repas des maris, mais le blé est broyé par des esclaves, que les femmes libres ont seulement mission de surveiller (1). Au reste, dans les villes industrielles, les femmes non esclaves sont employées de préférence au filage du coton, au tissage des étoffes, à leur teinture, etc., ce qui les décharge en partie des travaux plus pénibles, comme les travaux agricoles et le transport des lourds fardeaux (2). Il en est ainsi surtout dans les grandes villes, comme Kano, où les personnages importants ont des installations relativement luxueuses.
Barth cite Tun d'eux, qui possédait un harem de trois à quatre cents femmes, dans lequel il s'efforçait d'avoir des échantillons féminins appartenant à toutes les races humaines de lui connues (3). Près de cette métropole industrielle de Kano, la campagne^, d'ailleurs riante, fertile, bien aménagée, où Ton n'a guère toléré que des arbres utiles, est cultivée par les esclaves des deux sexes et des troupes de femmes esclaves battent le grain sur les rochers avec de grandes perches (4).
Partout ailleurs, Tagriculture est abandonnée surtout aux femmes, esclaves ou non. A Soulima, à l'exception des semailles et de la moisson, les hommes ne travaillent pas aux champs ; ils traient les vaches et s'occupent surtout de la laiterie. Les femmes soignentle blé, bâtissent les maisons, en enduisent les murs, font office de barbiers, de chirurgiens, enfin cousent souvent et lavent les vêtements (5). A Kouka, les travaux agricoles et le soin très périlleux de garder les moissons sont laissés aux femmes, ordinairement à des femmes esclaves (6). Partoutles femmes, et pas toujours
(1) Barth. Loc, cit., t. I, 14-15.
(2) Richard et John Lander. Hist. univ. voy,, vol. XXX, M. — Laing. /6id. vol. XXVIII, 71.
(3) Barth. Loc, ciL.i, n, 126.
(i) Clapperton. Second voyage, 321.
(5) Laing. Hist. univ. voy., vol. XXVIII, 106.
(6) Denham et Clapperton. Ibid., vol. XXVII, 216.
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des femmes esclaves, sont employées comme porteuses, comme bôles de somme. A Kiama, le transport des marchandises se fait concurremment par des bœufs, des mulets, des ânes et des femmes. Pour un salaire modeste, nous dit Clapperton, des femmes allaient à Nyffé et en revenaient chargées de fardeaux (1). Dans les caravanes mixtes, à Moussa, les ballots les plus pesants étaient portés de préférence par les vieilles femmes et les jeunes hommes refusaient, avec une parfaite indifférence, de leur donner la moindre assislance (2). A Tessaoua, Barth rencontra une nombreuse Groupe de femmes, si lourdement chargées, que sans cesse elles s'arrêtaient après avoir fait quelques pas en chancelant (.H).
En dehors des occupations ou industries spécialement affectées à l'un ou à l'autre sexe, il en est, qui, au moins dans certains districts, sont mixtes. Tel est, tout particulièrement le cas pour la très petite culture ; car tout le monde n'est pas assez riche pour se procurer même un esclave, encore moins plusieurs femmes. Or, dans le Soudan, en exceptant quelques localités voisines du Sahara, la charrue est inconnue et, nulle part, les animaux domestiques, même l'âne, bête de somme surtout en usage en pays nègre, ne sont employés en agriculture. Tous les travaux des champs se font à bras d'homme ou de femme, et surtout à la houe (4). Les petits ménages doivent donc s'acquitter eux-mêmes de la besogne rurale; aussi voit- on, dans les très petits champs cultivés, Thomme marcher en creusant avec sa houe des trous également distancés ; sa femme le suit pas à pas, en jetant dans chacun des trous quelques grains de blé (S). Il est vraisemblable que ces
(1) Clapperton. Second voyage, 132.
(2) Ibid., 123.
(3) Barth. Loc. c^., t. I, 364.
(4) Mungo Park. Loc, cit., vol. XXV, 31. <5) Barth. Loc, cit., t. II, 169.
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semailles en grains isolés ont été les premières usitées iTensemencemeut à la volée suppose en effet, un champ, dont la terre a été largement et profondément remuée, c'est-à-dire l'usage de la charrue. Le procédé primitif est souvent encore usité en Chine et il est bien curieux de le voir préconiser aujourd'hui en Europe, mais avec le secours de spéciales machines à semer, pour obtenir de forts rendements.
Dans certaines localités, une autre raison oblige les hommes libres à travailler eux-mêmes la terre ; cette raison est rinsécurité habituelle. On n'est jamais sûr de ne pas avoir à repousser quelque agression, aussi va-t-on aux champs en se munissant d'un arc et de flèches destinés à défendre au besoin la houe pacifique (1). Enfin, dans certaines régions, notamment chez les Bambaras et les Soniukés, les hommes libres mettent souvent la main aux travaux agricoles (2).
De tous ces faits significatifs, il ressort clairement, qu'il ne faut pas se faire de l'Afrique industrielle, dont nous nous occupons en ce moment, une idée trop avantageuse. Sans doute on y est sorti de la sauvagerie tout à fait primitive ; les horreurs de l'anthropophagie, par exemple, y sont inconnues ; mais la barbarie des mœurs y est très grande encore. L'oppression ne pèse plus également sur toutes le< femmes ; car il y a des riches et des pauvres, une classe dite libre et une classe servile. Les femmes riches, les dames, vivent nécessairement dans Toisiveté. Le genre spécial de beauté, qu'on en exige, les condamne forcément à l'inaction. Leurs compagnes de la classe moyenne sont utilisées dans des occupations industrielles pas trop fatigantes et échappent ainsi aux labeurs excessifs ; mais les pauvres, les humbles sont encore traitées et exploitées comme des
[i) Barth. Zof'.c/^, t.IV, 177.
(2) Soleillcl. Voy. à Ségou, 137.