LA SKRVITUDE DANS LES PETITES MONARCHIES AFRICAINES H
voyage à Ségou, une caravane d'esclaves. Entête, marchait une vieille femme décrépite. Derrière, suivaient, à la file indienne, quatorze femmes, dont plusieurs portaient des enfants. Puis venaient en troupeau vingt-et-un enfants grandelets. Enfin le défilé se terminait par quinze hommes de vingt à trente ans, attachés par le cou avec des colliers et des longes en peau. Tout ce monde, hommes, femmes, et même les plus grands des enfants, portait sur la tête un lourd paquet cousu dans une peau de chèvre ou de mouton (1). Cameron, dans son voyage à travers l'Afrique, fit une rencontre analogue en arrivant dans YHinterlaml des possessions portugaises de l'occident. C'était cette fois une troupe de cinquante-deux femmes, enchaînées par plusieurs groupes. Toutes portaient d'énormes fardeaux et quelquesunes en ^lus, des enfants. Accablées de fatigue et les pieds déchirés, elles se traînaient avec peine, le corps tout couvert de meurtrissures et de cicatrices (2). Les mêmeshorreurs, exactement les mêmes, se passent dans l'Afrique orientale. Burton raconte qu'un guide, ennuyé d'attendre une de ses esclaves, qui ne pouvait suivre assez vite, à cause des blessures qu'elle avait aux pieds, lui coupa la tête, pour qu'un autre ne put en tirer profit, après qu'il l'aurait abandonnée (3). Pourtant certains négociants en esclaves soignent davantage leur marchandise, mais cela arrive seulement dans les caravanes purement commerciales. Alors les traitants nourrissent bien leurs esclaves et ne les fatiguent pas trop ; toute leur dureté est réservée pour le porteur libre, qui, n'étant pas valeur d'échange, est abandonné au coin d'un sentier dès qu'il est malade ou que les provisions deviennent rares (4).
Après une razzia fructueuse et la répartition faite par
(1) Soleillet. Loc. cit., 79.
(2) Caiiieron. A travers V Afrique, 383. (3} Burton, Loc, cit., 665.
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114 l'évolution de l'esolwage
TEmir, il s'agit de se débarrasser avantageusement et au plus vite des captifs. La chose est facile, si Ton n'est pas trop exigeant ; des marchands arabes , souvent des marabouts confits en dévotion, servent pour cela d'intermédiaires. Dans l'ouest, ces pieux scélérats voyagent par groupes de 15 à 20 montés sur des ânes. Chacun d'eux est muni d'une pacotille composée de papier, de girofle, de ciseaux, de couteaux, de calicots, parfois même de quelques pièces de cinq francs en argent. Avec une charge d'âne, valant de cinq à six cents francs, ce négociant peut acheter jusqu'à dix captifs adultes, qu'il revend au prix de cinq à six bœufs, valant, à Saint-Louis, de 123 à 150 francs la pièce (1). Le prix de l'esclave augmente à mesure qu'on approche de la côte : au Bambouck, un jeune homme ou une femme ne coûtent que deux pièces de guinée ; un enfant, plus estimé, se vend de deux pièces et demie à trois pièces. Au Cayor, le prix s'élève h trente ou quarante pièces (2).
Dans les centres plus ou moins industriels et relativement tranquilles, l'esclave est un aide indispensable ; car, dans toute TAfriqu»* noire, le travail salarié, celui du serviteur à gages, est chose inconnue (3). Les esclaves encore sauvages sont divisés d'après l'âge en deux classes : les enfants et les adultes. Les premiers sont les plus estimés ; ils sont plus malléables ; on les forme à son gré et on les élève dans l'Islamisme. Au contraire les esclaves adultes et sauvages sont indomesticables ; aussi les emploie-t-on uniquement aux travaux des champs (4). Ce sont surtout ceux-là qui sont durement menés ; au contraire Tesclave domestique, né en captivité, est traité ordinairement avec douceur, comme un membre de la famille.
(1) Soleillet. Zoc. c^^, 171.
2) /6td.,79.
;3) Mungo-Park. Loc. cit., 302.
(4) Biirlon. Loc, c/^,i)08.
U SERVITUDE DA>iS LES PETITES MONARCHIES AFRICAINES 113
La femme esclave est souvent concubine de son maître et, à ce titre, parfois mise à la tête de la maison. En général on peut dire que les rapports entre les maîtres et les esclaves domestiques sont des rapports de patrons à clients (1). — Il n'y est plus question de férocité.