Le cannibalis7ne gicerrier au Meœiqtœ
En effet Tancien royaume du Mexique, Étal vaste, peuplé, relativement civilisé, pratiquait sur une très large échelle les sacrifices humains ; mais toujours il y associait le cannibalisme. On peut même se demander, si le désir de manger de la chair humaine n'entrait pas pour une part considérable dans la ferveur sanguinaire des Mexicains. dans leur pieuse profusion d'immolations humaines.
Tous les peuples de la région,' tous les Nahuas, avaient des mœurs analogues ; tous étaient friands de chair humaine, sans doute parce qu'ils ne possédaient pas de grands animaux domestiques et manquaient par suite de viande de boucherie. — Un fait autorise à penser que, chez les Nahuas. la religion servait surtout à parer et et à justifier Tanthropophagie ; c'est, qu'en campagne, les Nahuas victorieux dévoraient sans aucune cérémonie les cadavres des vaincus et souvent même les blessés et les captifs. Fernand Cortez et l'un de ses compagnons d'armes, le choniqueur Bernai Diaz, citent à cet égard les épisodes les plus probants. — Les alliés indigènes des Espagnols se faisaient, disent-ils, un jeu cruel de montrer de loin aux Mexicains des quartiers de leurs compatriotes, qu'ils se proposaient de manger, le soir même ou le lendemain (1). Toujours ces Indiens alliés maltraitaient horriblement les blessés et prisonniers ennemis, quoi que pussent faire les Espagnols pour les en empêcher (2), et après chaque combat, ils enlevaient les morts ennemis pour s'en régaler (3). Mais ces cannibales ue se bornaient pas à manger les morts du parti adverse ; ils capturaient, chemin faisant, des prisonniers de tout âge et
(i) Lettres de Fernand Cortez à Charles-Quint. 163.
(2) F. Cortez. Loc. cit. 192.
(3) Ihid. 186-188.
l'esclavage au MEXIQUE ET AU PÉBOU 151
les traitaient comme un véritable gibier. Dans une expédition contre les Oturniens, Sandoval, qui les battit, trouva •dans leurs bagages une grande quantité de maïs et d'enfants rôtis, qu'ils n'avaient pas eu le temps d'emporter (1). Les Mexicains n'étaient pas, sous ce rapport, plus délicats que leurs voisins. En pays étranger, leurs caciques s'emparaient de quelques indiens, dans les villages qu'ils traversaient, et ils les mangeaient, en les cuisant dans des fours, identiquement semblables à ceux des Polynésiens : savoir, dans des trous creusés et garnis de pierres brûlantes (2). A Mexico même, les cuisiniers du roi, qui préparaient sans cesse des plats nombreux et compliqués pour son auguste table, y faisaient figurer de la chair de très jeunes enfants (3).
D'ailleurs partout, sur leur route, même dans la cité républicaine du Tlascala, les Espagnols virent des cages en gros madriers, où l'on enfermait et engraissait les captifs destinés à être mangés plus tard (4). Souvent même les ^3ges contenaient des enfants (3). Pourtant l'un des prindpaux et des plus justes griefs des ïlascalans contre le- Mexicains était que ceux-ci leur faisaient constamment la guerre pour se procurer des victimes à sacrifier et à manger ; il semble bien que cette horrible coutume fut coupable à leurs yeux, unicjuement quand on la pratiquait à leurs dépens.
Les Espagnols eux-mêmes, sans aller jusqu'au cannibalisme, avaient adopté de singulières pratiques. A défaut d'huile pour panser leurs blessés, ils se servaient sans scrupule de « graisse d'Indien » (6). C'est que la fréquen-
(1) Lettres de F. Cortes. 180.
(2) Bernai Diaz. del Gastillo. Hist. conq. delà. Nouvelle Espagne ■(Edit. Jourdanet), p. 675.
(3) Ibid. 237.
r4) Ibid. 194.
(5) Ibid, 214.
(6) Bernai Diaz. Loc, cU, 151 et passim.
1;)2 l'évolutiox de l'esclavage
lation des peuples barbares ou sauvages est souvent nuisible aux civilisés et, pour bien nous pénétrer de cette vérité, il n'est pas nécessaire de fouiller dans les annales lointaines- Partout et toujours, le civilisé transplanté, dépaysé, oblig*^ de vivre au milieu de gens appartenant à un type inférieur, ayant une éthique très différente de la sienne, voit son sens raoral s'altérer plus ou moins. Même à son insu et sans faire aucun raisonnement, il se départit des préceptes qui lui ont été inculqués dans son enfance ; il finit par ne plus bien distinguer le licite de Tillicite et sa moralité fléchit. — Mais il nous faut revenir au cannibalisme des Aztèques de l'ancien Mexique, curieux en ce qu'il coexistait avec une civilisation générale, relativement avancée et sur laquelle il s'étaitsans doute greffé.