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V. Vesclavage au Japon

Le Japon, TEmpire du Soleil levant, le Japon, du moins tel que nous l'avons connu il y a peu d'années encore, avait emprunté à la Chine le plus clair de sa civilisation, en conservant néanmoins jusqu'à ces dernières années le régime léodal, aboli en Chine depuis l'institution du mandarinat. Les histoires du Japon et les relations qui le décrivent, ne parlent pas de l'esclavage ; c'est qu'il y était sans doute forl restreint, limité vraisemblablement à la maison des grands seigneurs. Une relation publiée au commencement du siècle dernier fortifie cette manière de voir ; elle nous parle de serviteurs, qui se jettent dans les fondations des bâtiments construits par les grands et que l'on y écrase sous les matériaux. D'autres serviteurs, dans lesquels il est difficile de ne pas voir des esclaves domestiques, s'ouvrent le ventre, quand leur maître vient à mourir (1). Le même voyageur nous dit. que pour certains crimes, la punition était collective et frappait le père, les enfants, les frères du coupable ; qu'en outre sa mère, ses filles et ses sœurs étaient vendues, comme esclaves (2). Cette peine devait être le ^an-do, qu'un ancien empereur décréta contre tout serviteur ayant attenté, avec ou sans succès, à la vie de son maître. Le Kan-do n'était rien moins que l'extermination de toute la famille « avec ses branches et racines » (3).

(1) Fr. Caron. Relation du Japon, (in Recueil du voy. au Nord, etc t. IIL !04, 105. (Amsterdam. 1715).

(2) Ibid. 108-109.

(3) Léon Metchnikoff. L'Empire japonais, 614.

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Nous savons encore, que, dans le Japon ancien, des esclaves étaient enterrés vivants avec leur maître en même temps que diverses offrandes funéraires. Vers le commencement de notre ère, un empereur, Ikoumé-iri-biko, ayant entendu les gémissements de malheureux ainsi inhumés, songea à abolir ce cruel usage et lun de ses fonctionnaires lui ayant suggéré de substituer aux victimes humaines des figurines en terre cuite, en fût assez singulièrement récompensé : par la place de directeur des pompes funèbres (1).

Ces faits suffisent à établir qu'au Japon l'esclavage a existé et évolué, comme partout. Aujourd'hui encore ou du moins tout récemment,le droit des parents de louer leurs filles pour la prostitution, moyennant un prix annuel de 100 ou :^00 fr. dérivait manifestement du droit primitif de les vendre (2). Les enfants étaient la propriété des parents et, s'il arrivait à une jeune fille de se prostituer sans autorisation, elle était fouettée ; car elle avait frustré ses parents d'un bénéfice légitime. Néanmoins il n'existait plus au Japon de classe d'esclaves proprement dits et la population avait été, de longue date, répartie en cinq castes : 1° les princes ; 2* les nobles non titrés (samouraïs) ; 3® les artisans ; 4** les marchands (3). 5<» 11 y faut ajouter le groupe des hors castes, les artisans de professions réputées impures, appelés yétas et comprenant les bouchers, les corroyeurs (4). Plus bas encore il y avait les êtres flétris, bourreaux, entremetteurs, lépreux, culs-de-jalte, mendiants, enfin les Christans ou descendants des anciens chrétiens. Ces misérables étaient parqués dans des sortes de ghettos et la loi les ignorait (3).

1) Léon Metchnikoff. Loc. cit. 321.

(2) Aimé Humbert. Japon illustréy t. II. 279.

(3) L. Metchnikoff. Loc, cit. 328, 008.

(4) Humbert. Loc. cit. I. 386.

(5) Ibid. 139.

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C'est sur eux, que jadis les nobles japonais s'amusaiecl parfois à essayer la trempe de leurs sabres.

Dans les temps modernes, c'était non l'esclavage mai> le servage, qui existait au Japon ; on le trouvait instilué dans toute sa rigueur primitive aux îles Liou-ïchou, oii Ir roi était propriétaire du sol et en distribuait les produits a ses samouraïs. Les pauvres serfs, qui, par leur travail créaient les moissons, étaient réduits à un élat d'extrême pauvreir et malgré l'excessif bon marché des aliments, il leur fallait vivre pendant la plus grande partie de Tannée de palate> et de taro., comme les Canaques néo-calédoniens (1;.

Les mœurs du Japon proprement dit étaient un peu \)\v.< humaines. Sans doute les serfs japonais étaient hurablement soumis aux seigneurs des fiefs ; ils devaient les ^uivre h la guerre et leur payer une redevance en nature ; mai? celte redevance était fixe [2) et le pouvoir central réprimait les exactions des nobles parfois avec une sévérité farouche allant jusqu'à l'extermination de la famille du coupable î

Aujourd'hui la féodalité ja{)onaise a été abolie, moitié '!♦* gré, moitié de force, et le Mikado est à la fois souverain s[)irituel et souverain tem})orel (4).

L'industrie japonaise était jusqu'à ces derniers temps familiale; il n'existait au Japon ni machines, ni grandes manufactures. Le travail se faisait en général autour du foy r domestique et les femmes y avaient leur part de labtiir, comme en Chine; il est donc inutile de nous y arrêter.

(1 Jurion de la Gravière. Voyage en Chine, t. I, 232. (2; A. Tourmagne. Histoire du servage. 005. :3; Fr. Garon. Loc. cil. 112.

{\) A. TourmaL'uc. Loc. cil. G05.

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