‹ L'évolution de l'esclavage dans les diverses races humainesChapitre 97 sur 147 · L'esclavage à Tyr, Sidon^ Carthage · texte numérisé non relu

L'esclavage à Tyr, Sidon^ Carthage

Pour avoir fait le tour complet de l'ancien monde sémitique,ilnous reste à parler des cités commerciales, comme Tyr,

(1) Deutéronome, XXIV, 15(Trad. Ledrain),

(2) Exode, XXXI, 8-9.

Sidon, etc., et de leurs colonies, tout spécialement de Car- Ihage, enfin des antiques monarchies de TAssyrie. Les navigateurs de Tyr, de Sidon, etc., ont certainement rendu à la civilisation de très grands services ; ils ont propagé, vulgarisé, échangé nombre d'inventions précieuses. Commisvoyageurs des grandes civilisations primitives, ils ont réussi à les mettre en relation souvent malgré elles, et ils ont accompli toutes ces œuvres utiles, uniquement en vue deprofits à gagner, montrant ainsi que le commerce, seul et même très égoïste, peut rendre tous les services internationaux, que les apôtres de la tuerie attribuent très généreusement à la guerre.

Mais l'amour passionné du gain n'a jamais rendu bien scrupuleux les hommes anciens ou modernes ; aussi les marins sémitiques pratiquèrent-ils avec ardeur l'esclavage ; volontiers ils étaient écumeurs de mer, et ils donnèrent de bien mauvais exemples aux premiers Hellènes. Tantôt marchands, tantôt pirates à l'occasion, ils débarquaient sur un point ou sur un autre et, s'ils se sentaient les plus forts, ils brûlaient, saccageaient, surtout enlevaient les femmes et les enfants, qu'ils allaient ensuite vendre sur les marchés de rOrient (1). Dans leurs cités, aussi bien à Tyr qu'à Carthage, les Phéniciens avaient de nombreux esclaves, quils traitaient fort durement et qui se révoltaient quand ils en trouvaient l'occasion. Justin parle d'une de ces révoltes victorieuses, à la suite de laquelle les esclaves tyriens égorgèrent toute la population libre (2j. Même insurrection servile à Carthage, vers Tan 350 avant Jésus-Christ (3j.

Très hardis navigateurs, les Phéniciens devaient être des guerriers assez médiocres. Adonnés tout entiers à l'industrie et au commerce, ils aimaient à se décharger sur des troupes

(1) Maspéro, loc, cit,, 252.

(2) Justin, XVIII, 3.

(3) Ibid., XXI, 4.

l'esclavage chez les sémites 299

mercenaires ou serviles du soin de faire la guerre, quoique le courage personnel ne leur Ût pas défaut : Théroïque résistance opposée par Tyr au loul-puissant Alexandre, le proclame assez haut. A Carlhage, le travail agricole et les travaux publics en général, étaient imposés à des troupeaux d'esclaves toujours enchaînés (1). En Lybie, de vastes domaines étaient cultivés par une vraie population d'esclaves, travaillant enchaînés aussi, et parfois au nombre de 20,000 sur un seul domaine (2). C'était surtout de leurs mines d'argent de ribérie, que les Carthaginois tiraient de quoi solder leurs troupes de mercenaires (3) et les malheureux esclaves, travaillant dans ces mines, y étaient exploités sans merci, comme ceux des mines de l'Egypte . Durs et volontiers féroces avec tout le monde, les Carthaginois étaient, pour leurs esclaves, absolument impitoyables, et il est vraisemblable qu'on n'avait pas encore songé chez eux à codifier une législation protectrice de la servitude.

Page 1