IV. V esclavage en Assyrie
Le mépris de la vie humaine, surtout de celle du vaincu et de l'esclave, qui est souvent un vaincu ou un descendant de vaincu, est habituel aux sauvages et aux barbares de toute race ; il semble pourtant particulièrement commun et féroce chez beaucoup de peuples sémitiques de Tantiquité. En Assyrie, le régime de la monarchie absolue avait porté ce mépris à son maximum. Nous savons assez peu de chose des mœurs intimes et en général de la sociologie assyrienne. Mais cependant certains faits historiques nous autorisent à croire qu'en Mésopotamie la situation de resclave était horrible.
(1) Diodore, XX, il.
(2) Meyer et Ardanl. QuesUon agraire, 69. 3} Diodore,V, 38.
Les monarques assyriens traitent les vaincus avec une fureur délirante. Une inscription assyrienne raconte en ces termes les exploits de Sennachérib en Judée : « Aidé par le feu, le massacre, les combats et les tours de siège, j'emportai les villes ; je les occupai ; j'en fis sortir 200.130 personnes, grandes et petites, mâles et femelles, des chevaux, des ânes, des mulets, des chameaux, des bœufs, des moutons sans nombre et je les saisis, comme butin » (1). Tout ce qui n'était pas tué ou torturé après ces sauvages victoires était transporté, transplanté^ dans un autre pays et réduit en servitude (2). Les bas-reliefs de Ninive nous mettent sous les yeux ces orgies de la brutalité victorieuse. Les vaincus, surtout si ce sont des rebelles, sont torturés, empalés par la poitrine, écorchés vifs. Le roi met le pied sur le cou des captifs épargnés. Les caravanes d'esclaves rappellent fort celles de l'Afrique contemporaine : des populations entières, de tout âge et de tout sexe, sont emmenées en servitude ; les hommes ont des menottes aux mains, des entraves aux pieds ; les femmes portent des fardeaux et une outre ou à son défaut leurs enfants ; des captifs sont attachés en chaîne par une corde passant dans des anneaux, que Ton a insérés dans leurs narines ou leurs lèvres (3).
D'autres représentations nous font voir les esclaves à l'œuvre ; des groupes d'entre eux traînent, sous le bâton des argousins, des blocs sculptés en taureau, etc. (4).
Les palais royaux paraissent peuplés d'esclaves des deux sexes. Les eunuques y sont particulièrement très nombreux et toujours quelques-uns d'entre eux accompagnent le
(1) Maspéro, toc. ciL, 336 et 295, 296, 435, 441, 453, 467.
(2) Layard, The monuments of Nineveh^ p\. 82. — Nineveh and its remains, II, 369.
(3) H. Wallon. Hist, de V esclavage, I, 42.
(4) Maspéro, loc, cit., 421-
l'esclavage chez les SEMITES 30t
roi (1). Dans les demeures des grands, des femmes^ esclaves étaient danseuses, joueuses de flûte et les plus belles étaient offertes à l'hôte que l'on voulait honorer (2) ^ Les contrats, déchiffrés sur les tablettes, attestent que le coramerce d'esclave était très actif en Assyrie ; mais le prix, d'un esclave y variait beaucoup ; il pouvait descendre à 60 fr. ; mais parfois une femme coûtait plus de 2.000 fr. Quelquefois les esclaves se vendaient par lots, etc. (3) ; mais tout cela est ordinaire et n'a plus rien de nouveau pour nous-