‹ L'evolution de l'idee dramatique chez les maitres du theatre de Corneille a Dumas fils: OuvrageChapitre 14 sur 25 · Préface générale du Théâtre des Auires · texte numérisé non relu

Préface générale du Théâtre des Auires

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ques loDt fi, peut-être parce que ce ne soivt p^s de véritables auteurs dramatiques, et qu'ils trcKuyefit plus simple de perpétrer ces œuvres bâtardes où le com^édien est tout, et de mer carrément les règles, que de prendre le temps de les connaître et de s'en pénétrer.

La vérité, — et nous touchons ici au point qui explique, s'il ne la justifie pas, l'erreur moderne — c'esrt qu'à côté du métier, qui s'apprend, il y a, chez tout bon écrivain dramatique, une aptitude nécessaire, un don naturel, que rien ne remplace, et sans lesquels il est inutile de s'aventurer dans l'art difficile du théâtre.

« On peut, dit encore Dumas dans la même préface, devenir un sculpteur habile, un dessinateur remarquable, un musicien savent. On ne devient pas un auteur dramatique, si on n,e Test pas de prime abord. 11 n'y a pas d'école om d'atelier où Ton apprenne à composer une pièce, comme on apprend le modelage, le contrepoint ou le dessin. >

Cela est vrai : il n'y a pas d'école où le métier dramatique s'apprenne. Peut-être ne serait-il pas trop absurde d'imaginer des sortes d'atelierSy où un auteur dramatique expérimenté pourrait redresser les ouyrages des

jQayices, et les corriger comme fait le peintre àabile, q^uand il passe au milieu de ses élèves ; mai3 cela n'existe pas.

Ce qui existe, ea attendant, ce sont, et de Faveu du même écrivain, ce sont ces « exigences dramatiques >, dédaignées à tart à présent. Ces exigences, il faut donc les étudier et les comprendre. — « A quoi bon? » nous répondentles dramaiturges contemporains. Ces exigences ne sont pas si impérieuses que vous le dites, puisque nous les foulons aux pieds, et que nous trouvons, quand même, un public pour naus applaudir. » C'est l'argument du succès, celui de la caisse et de la recette. Le mérite d'une pièce peut se mesurer mathématiquement i cet étiage : < celle qui fait t quatre nsôUe j» en an.oyenne est supérieure, d'^UA quart, à celle qui ne fait que « trois mille >. Ce jugement littéraire n'est pas de l'ordre le plus élevé; mais comme il est commode !

Cependant, il est permis de remarquer que, de ces pièces aucune ne dure et ne s'impose.

Le théâtre est-il donc descendu si bas que nous n'y cherchions plus que l'amusement d'une soirée, et que nous en fassions seulement quelquechose comme un café-concert d'un étage légèrement supérieur? Non, cela ne peut

être ; et les préoccupations sociales de certains écrivains suffisent à le démontrer. Disons-le donc : les règles, ou, comme dit Dumas, les exigences dramatiques ne sont sans doute pas indispensables pour faire un quelquechose d'informe qui puisse, sous le nom de pièce, se jouer sur un théâtre; mais elles sont nécessaires pour faire une bonne pièce, une œuvre dramatique digne de ce nom, et c'est justement à ceux qui gardent quelque souci de l'art que s'adressent ces études.

Ainsi, il y a un métier ^ qu'il faut apprendre : voilà un point sur lequel Dumas fils est d'accord avec les classiques, sur lequel il est classique lui-même. Que ce métier s'apprenne par l'étude des œuvres antérieures, et surtout par la pratique, comme en forgeant on devient forgeron, cela est certain, et peu importe. Il y a mieux : il existe, en dépit qu'on en ait, une convention. Cette convention, que € certains jeunes » voudraient supprimer, on peut chercher à la réduire au strict nécessaire, au minimum. On le peut, on le doit même, tant importe la vérité ; mais en nier la nécessité serait aussi absurde que de vouloir se persuader que les arbres de théâtre sont de vrais arbres et que l'horizon s'étend aussi loin que l'art du

décorateur a l'adresse de nous le faire croire, « Dans tous les arts, dit notre écrivain, il y a une part plus ou moins grande, mais indispensable, faite à la convention. La sculpture n'a pas la couleur, la peinture n'a pas le relief, etellessont bien rarement l'une et l'autre, dans les dimensions de la nature qu'elles représentent. Plus on donnerait à une statue la coloration de la vie, plus on lui infligerait les apparences de la mort, parce que, dans l'attitude définitive à laquelle la condamne la matière dont elle est faite, il lui manquerait toujours le mouvement, qui, bien plus que la couleur et la forme, est la preuve de la vie. Si l'art n'était que la reproduction exacte de la nature, il resterait toujours inférieur à elle, puisqu'il ne pourrait jamais prétendre ni à l'ampleur, ni à l'étendue, ni à la fécondité, ni à l'ensemble, ni à la variété du modèle, et, constaté inférieur, il deviendrait inutile; tandis que, s'il est toujours au-dessous de la nature prise dans sa totalité, il peut être son égal, il peut être supérieur à elle, quand il fait son choix dans ses innombrables parties. Il faut évidemment qu'on sente, qu'on retrouve, qu'on admire toujours la nature dans l'art, mais, nous le répétons, interprétée et restituée d'une certaine façon par le génie particulier de

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Tartiste. Elle est la base, elle est la preuve, elle est le moyen, elle n'est pas le but. L'artiste, le véritable artiste a une mission plus haute que celle de reproduire ce qm est; il a à défeouvrir et à nous révéler ce que nous ne voyons pas dans ce que nous regardons tous les jours, ce que seul il a la faculté de percevoir dans cet ensemble en apparence ouvert à tous; et, s'il emprunte à la création, ce n'est que pour créer à son tour. Il idéalise le réel qu'il voit, et réalise l'idéal qu'il sent* ».

Voilà donc où avait abouti, après un long exercice de la carrière, ce réaliste inquiétant, dont l'apparition avait, avec Le Demi-Monde^ bouleversé nos habitudes et troublé notre quiétude classique ! Et que pourrait dire de plus un idéaliste convaincu ? Oui, « idéaliser le réel et réaliser l'idéal » , c'est bien là le but de l'art en général, et celui du théâtre comme de tous les autres arts. Je le répète, si Dumas fils avait pu croire, dans une illusion de jeunesse, révolutionner le théâtre, il en était bien revenu plus tard. Le théâtre, c'est la vie mise sous nos yeux, sous réserve des conventions nécessaires. On ne change pas plus le théâtre de par sa

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