‹ L'evolution de l'idee dramatique chez les maitres du theatre de Corneille a Dumas fils: OuvrageChapitre 15 sur 25 · Préface de L'Étrangère · texte numérisé non relu

Préface de L'Étrangère

volonté, qu'on ne peut changer la vie. Écoutez plutôt Dumas hii-même, dans la même préface :

c II feut être d'une outrecuidance niaise, voisine de l'hémiplégie ou* du delirmm tremensy pour s'imaginer qu'on fait des révolutions en littérature et qu'on est un chef d'école. On peut avoir autour de soi quelques besoigneux, quelques naïfs et quelques malins, qui vous disent de ces choses-là* par nécessité, par ignorance ou pour se donner le spectacle de la sottise d'un homme célèbre, mais il ne faut pas les croire. En art, et surtout en littérature, il n'y a pas d'écoles, il n'y a pas de genres, il n'y a pas de formes, il n'y a pas de vérités, il y a ce qui dure. }»

Prenons garde à cette conclusion, où Dumas dépasse évidemment sa pensée. On pourrait en déduire qu'il n'y a ni règles ni principes ; et nous savons que telle n'est pas la doctrine de l'écrivain, surtout de l'écrivain parvenu à ce point de la carrière. Ce qu'il y a de certain, c'est que la plupart des règles sont ici néga-* tives. Il n'y a pas de méthode pour bien faire : il n'y en a que pour éviter les fautes et se garder des écueils. Même cette règle d'Horace, dont la justesse n'est pas discutable, que le person-

nage dramatique doit toujours être sibi constansj est, à proprement parler, plus négative que positive : il faut éviter les fausses notes qui détonnent dans un caractère une fois posé.

L'homme est, cependant, nous le répétons tous les jours, un tissu de contradictions : dans la vie réelle, c'est possible ; dans la vie dramatique, cela ne se peut. L'art, pour ne pas être taxé d'incohérence, a besoin d'être plus logique que la vie même. C'est ce que Boileau, poète médiocre, mais critique sagace, exprime par le vers fameux :

Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.

Au reste, le précepte d'Horace ne rentre pas dans le domaine exclusif du théâtre : il est applicable à tous les ordres de création littéraire ; et le héros d'un conte ou d'un roman a le devoir de rester sibi constans tout autant que celui d'une œuvre dramatique.

C'est dans cette absence de règles positives, ou plutôt dans les nuances infinitésimales de leur application, que consiste la difficulté de l'art du théâtre ; c'est là ce qui fait qu'il n'y a pas ici d'écoles ouvertes, pas d'enseignement précis, comme il y en a pour apprendre le

dessin ou la composition musicale. Il est, ainsi, cent cas où l'auteur doit être son seul guide ; car, à une très légère nuance près, ce qui est utile ici est dangereux là. Tous les hommes de théâtre vous diront, par exemple, qu'il est très difficile de poser en principe s'il vaut mieux, dans une donnée enveloppée de quelque mystère, mettre le public dans la confidence, ou lui cacher, comme aux personnages en scène, le mot qui livrera le secret d'une situation. Faut-il, au moins, le préparer à la surprise ? Questions très délicates et dont la réponse est très variable. Il y a, à ce sujet, dans le volume de Notes du Théâtre d'Alexandre Dumas fils (tome VIII), une intéressante anecdote qui, quoique un peu longue, demande à être citée.

€ Il y a, dit Dumas fils, deux théories au théâtre : la théorie de la confidence et la théorie delà surprise; autrement dit, certains auteurs veulent que le public soit mis dans le secret de la comédie, d'autres veulent qu'il n'y soit pas initié, qu'il devine, s'il peut, qu'il soit surpris s'il ne devine pas. Je suis de ceux-ci; Montigny était des premiers. Je m'étais absenté pendant quelques-unes des dernières représentations * du

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