‹ L'evolution de l'idee dramatique chez les maitres du theatre de Corneille a Dumas fils: OuvrageChapitre 16 sur 25 · Il faut lire évidemment : « répétitions · texte numérisé non relu

Il faut lire évidemment : « répétitions

34â L'éVOLUTlO]^ DE l'^É^ PRA1IATIQU6

Demi'MQnde; quand je revins, tous les rôles étaient sus, et toute la mise en scène était faite. J'étais assis sur Je théâtre, et j'écoutais cette avant-dernière scène, quand, au milieu de la tirade d'Olivier, je vis Berton, qui représentait M. de Nanjac, ouvrir la porte de droitp et entrer en scène. J'arrêtai Dupuis, et je dis à Berton : « Vous entrez trop tôt. — PJon, me réponditil, M. Mpntigny m'a dit d'entrer à ce moment. » Je regardai avec étpnnement Montigny, assis h cqté de moi. € Oui, me dit-il, Nanjac doit se montrer le plus tôt possible. Le public ss^it bien qu'il n'est pas tué. — Comment, le public le sait bien? — Evidemment, — Mais il ne faut pas que le public s'en doute. — Vous voulez que le public croie que Raymond est mort?

Vous voulez mettre le public dedans ? — Tant quej^ pourrai. — Mais si le public croit à ce dénouement, il sifQ^ra; parce que ce dénpuement serait exécrable. — Eh bien, il sifflera ; mais d'abord il n'est pas sûr qu'il siffle, et quand il verra qu'il s'est trompé, il applaudira d'autant plus. — C'est iqseusél Continuez, Dupuis, et vous, Berton, entrez comme je l'ai réglé. — Mais pon, mais non, m'écriai-je; continuez, Dupuis, mais vous, Berton, n'entrez que lorsque Dupuis aura dit : « Vous avçz

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perdu, chère amie, vous devez un gage, regardez. » — C'est bien, dit Montigny en se levant, faites ce que veut l'auteur; mais moi, je ne prends pas la responsabilité d'une mise en scène comme celle-là, et je n'assiste plus aux répétitions, i^ Et, en effet, Montignyï très autoritaire, (surtout à cette époque, me bouda et me laissa faire, tout seul, le dernier travail, La répétition générale eut lieu, Pour me convaincre de mon erreur, et pour me donner une leçon, Montigny remplit la salle de monde, de l'orchestre au cintre. J'étais tout seul dans une petite loge du rez-de-chaussée. Lorsque la fameuse scène arriva, le public fut entièrement trompé, et j'entendais autour de moi ; « Oh! oh! » et des claquements de langue significatifs \ bref, un désappointement allant jusqu'aux murmures.

Et nous avions affaire à une salle d'amis, ou plutôt d'invités ! Qu'est-ce que ce serait donc le lendemain? Montigny entendait tout cela de sa loge. Puis, tout à coup, quand, après ces mots : « Vous devez un gage, regardez », M. de Nanjac paraît, vivant, et bien vivant, les cris de joie, les applaudissements éclatèrent, l'orchestre et le parterre se levèrent en battant des mains, et c'est à peine si l'on écouta les dernières lignes. La porte de ma loge s'ouvrit alors, la bonne

figure de Montigny passa par rentre-bâillement et il me dit : « C'est vous qui aviez raison » . Je l'embrassai et tout fut dit. Depuis lors, chaque fois qu'il voulut me faire changer un dénouement, je lui disais : € Et le Demi-Monde? » il se mettait à rire et me laissait faire. »

Que Dumas fils ait eu raison, Févénement semble l'avoir prouvé. Mais l'expérience reconnue de Montigny pouvait — ^ et on le voit à son récit — lui inspirer quelque doute. Il est certain que ces dénouements sont de très dangereux tournants de route, qu'il y a là une borne contre laquelle on risque de se heurter, et qu'il y peut tenir à rien que le public y conspue l'auteur ou le porte en triomphe. Dumas le sait et le dit lui-même :

< Il faut être du métier pour savoir de quelle prudence et de quelle circonspection on doit user à chaque reconnaissance nouvelle sur le terrain à conquérir. Il y a des ennemis cachés dans toutes les broussailles. C'est ce qui rend notre art si difficile et ce qui le place en même temps si haut que, depuis le commencement du monde, on ne pourrait pas compter trente chefsd'œuvre dramatiques. Il faut dire aussi qu'il y a là une perspective particulière *, »

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