‹ L'évolution de la Chine: politique et tendancesChapitre 16 sur 37 · POLITIQUE DU SUD-OUEST · texte numérisé non relu

POLITIQUE DU SUD-OUEST

tendent qu'il eut alors Tintention d'installer au Seutchouen, à Tchong-King exactement, le gouvernement, et le parlement sudistes, ce qui aurait été, de âa part, un défi à Példn. Mais Sun Yat-Sen restait alors prudemment sous sa tente ; Pékin, de son côté, parlait de reprendre la conférence de paix de Shanghaï avec les Sudistes, espérant les trouver plus conciliants à cause du voisinage inquiétant pour eux de Tang victorieux, tandis qu'il était facile à Pékin de contenter celui-ci en lui octroyant le grade qu'il ambitionnait de commissaire général des trois provinces du Seutchouen, du Yunnan et du Kouei-Tchéou.

Mais quand pâlit l'étoile du maréchal, quand, en octobre, ses troupes battues refluèrent en désordre vers ses frontières, on le vit se rapprocher de Pékin, envoyer de tous côtés des émissaires porteurs de rameaux d'olivier fraîchement coupés, et on l'entendit reparler, comme en juin, de son vif désir « de retourner sur ses terres et de vivre dans la paix des champs ». Depuis lors il a été chassé du Yunnan, en février 1921, par un de ses généraux du nom de Kou Ping Tcheng, qui a été proclamé gouverneur du Yunnan à sa place.

Si maintenant l'on se tourne vers les événements parallèles, on entend au Kouang-Si le maréchal Lou Yong-Ting, battu par les troupes du Kouang-

Tong, dédarcr que cette provînce ne l'intéresse plus* Au même moment, Pékin, moins pressé de reprendre la conférence de Shanghaï, se déclare incapable de secourir le maréchal Tang, dans l'intention sans doute de prolonger l'impuissance du Yunnan. En même temps, il désire amener la conciliation entre les deux Kouang, car si Lou Yong-Tiug se désintéresse du Ko\iang-Tong, cette province qui est loin d'avoir triomphé du Kouang-Si au même point que le Seutchouen du Yunnan ne fait pas preuve d'une égale indifférence*

Sun Yat-Sen, en effet, a jugé le moment opportun pour revenir plein d'ardeur à Canton. La victoire remportée à l'heure où la plus humiliante défaite menaçait, a d'ailletu^ électrisé les Cantonais. Ils fêtent bruyamment leur succès, ils veulent agir sans délai contre le Kouang-Si qu'ils sentent désemparé. Sim Yat-Sen, le 13 novembre, télégraphie de Shanghaï au gouverneur de Canton, Tchan Kiong-Ming, pour l'inviter à préparer une offensive. En poussant à l'expédition, il prétend venir en aide aux populations du Kouang-Si qui voudraient, dit-il, se débarrasser de Lou Yong-Ting et de son entourage.

Avant de s'embarquer sur le China pour Hong- Kongi il assure à la presse de Shanghaï que la soumission du Kouang-Si s'impose pour l'unification du

POLITIQUEDUSUD-OUEST 75

sud-ouest et qu'il faut, pour cela, réduire Lou à l'impuissance absolue. A peine arrivé à Canton, le 28 novembre i avec les deux autres membres du gouvernement militaire, Wu Ting-Fang et Tang Shao-Yi, il songe, suivant certains rapports diplomatiques de Canton, à lier l'action militaire à une action politique et à rappeler les parlementaires sudistes qu'il a engagés à se séparer il ft'y a que quelques mois.

Toutefois les renseignements plus précis qu'il reçoit du Kouang-8i l'incitent à surseoir à une expédition contre cette province. Il élabore, suivant sa coutume, de vastes projets politiques* Il propose au Conseil administratif de Canton l'adoption du système fédéral. Puis le 7 avril 1921, il se fait nommer président de la République du Sud, ce qui ne change rien à la situation respective du Nord et du Sud depuis longtemps séparés ; mais froissé de l'opposition qu'a faite ouvertement le Kouang-Si à son élection à la présidence, il se décide à l'attaquer.

Ses troupes sont d'abord battues. Celles du Kouang-Bi envahissent, le i8 juin, la partie occidentale du Kouang-Tong, mais sont ensuite repoussées et contraintes d'évacuer le territoire de cette province.

Tel est l'invraisemblable imbroglio qui se joue dans cette partie de la Chine et qui donne une idée de ce qu'est la politique provinciale de ce pays.

La défaite de Touan Tsi-Jouei et la débâcle du club Anfou avaient eu pour les vainqueurs les résultats personnels suivants : Tchang Tso-Lin prenait le titre d'inspecteur général des trois provinces orientales, Kirin, Moukden et Heilong Kiang et devenait « roi sans couronne de Mandchourie » avec 400.000 hommes de troupes, un bon nombre sortant de l'armée vaincue ; Tsao-Koun se faisait nommer commissaire pacificateur des trois provinces du Tcheli, du Honan et du Chantoung ; Wou Pei-Fou devenait commissaire-adjoint des mêmes provinces. Li-Chouen se suicida pour la perte de face qu'on lui infligeait en ne lui octroyant pas le titre qu'il jugeait mériter.

Tchang Tso-Lin se retira sagement à Moukden.

D'aucuns lui prêtèrent alors des projets machiavéliques pour le printemps de 1921 : marche sur Pékin, restauration de la monarchie ou pour le moins usurpation à son profit de la présidence de la République. D'autres le jugeaient plus sage. D'extraction plus que modeste, Tchang Tso-Lin devait, selon eux, avoir acquis une philosophie pratique qui le maintiendrait dans la juste appréciation de sa position incomparable en son fief de Mandchourie. La suite devait donner raison à ces derniers. Toutefois, il ne

Page 1