‹ L'évolution de la Chine: politique et tendancesChapitre 21 sur 37 · L*AFFAIRE DU C H > ^ T O XI N ^ .'IQX · texte numérisé non relu

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Un rapprochement paraît s'imposer entre la décision du Japon et l'ouverture de la Conférence impériale. En effet, au milieu de 1920, le représentant du gouvernement chinois à Londres avait reçu des instructions suivant lesquelles la Chine ne tolérerait plus d'être considérée comme une entité territoriale et que la passation d'accords réglant sans son consentement des questions qui l'intéressent serait regardée par elle comme un acte inamical. D'autre part, le Daily Tekgraph relatait, en juin 1 921, que le ministre des Affaires étrangères de Chine, docteur Yen, aurait déclaré qu'ime nouvelle alliance anglo-japonaise serait interprétée par la Chine comme une ratification par la Grande-Bretagne de la politique du Japon pendant la guerre, notamment dans l'affaire du Chantoung.

On est donc en droit de se demander si en prévision de l'examen de cette affaire, le gouvernement de Londres, d'accord avec celui de Tokio, n'a pas tenu à avoir les mains libres du côté de la Chine. Mais on sait que devant les difficultés soulevées par les Dominions au sujet du renouvellement du traité d'alliance, les parties intéressées découvrirent ingénieusement au traité en cours,faute d'avoir été formelle-

oepta pas « se réservant de rechercher lui-même une solution quand Toccasion lavorable s'en présentera. »

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ment dénoncé en temps voulu, une validité de droit d'un an de plus, soit jusqu'au 13 juillet 1922. Le règlement de l'affaire du Chantoung, qu'on pouvait croire imminent avant cette découverte, s'en trouve également renvoyé à plus tard... (*)

La Mongolie, profitant de la révolution chinoise, s'était déclarée indépendante le i®^ janvier 191 2. La même année elle signait avec la Russie, à Oiuga, une convention qui reconnaissait l'autonomie de son territoire septentrional qui, sous le nom de Mongolie extérieure, comprenait plus des deux tiers du pays et s'étendait au-dessus de la Mongolie intérieure et au sud de la Sibérie. Cette convention avait été conclue en dehors de la Chine et en violation de ses droits. Cependant cette puissance, harcelée par de perpétuelles incursions de bandes mongoles sur les confins de la Mongolie intérieure et d^ provinces mandchoues, s'était résignée à constituer, le 23 octobre 191 3, d'accord avec le gouvernement russe,

(^) Un autre rapprochement s'impose à présent entre la proposition japonaise du 7 septembre et la Con-

férence de Washington.

une commission mixte chargée de délimiter les frontières de la Mongolie extérieure.

Mais la guerre européenne, en détournant Tattention de la Russie, invita le gouvernement de Yuan Chi-Kaï à replacer toute la Mongolie sous la suzeraineté de la Chine.

Le 7 juin 191 5, un accord signé à Kiachta par les délégués des gouvernements russe, chinois et mongol stipulait : Art. II : La Mongolie extérieure reconnaît la suprématie de la Chine. La Chine et la Russie reconnaissent Tautonomie de la Mongolie extérieure faisant partie du territoire chinois ; Art. III : La Mongolie autonome n'a pas le droit de conclure avec des puissances étrangères des traités internationaux concernant les questions politiques et territoriales (^).

Relativement peu de temps après la signature de cet accord, la débâcle russe allait de nouveau engager le gouvernement chinois à éliminer même cette indépendance théorique. Malgré ime protestation, pour la forme, du prince Koudachef, ministre de Russie à Pékin,qui rappelait qu'en vertu du traité de Kiatchta le gouvernement chinois ne devait entretenir en Mongolie qu'une force de 300 soldats au maximum,

(^) Un des deux délégués chinois était M. Tcheng-Loh.

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le général Sou Chou-Tseng, haut commissaire pour la défense des frontières du nord-ouest, fut nommé en outre haut commissaire en Mongolie et, à la tête de quelques troupes, se dirigea sur Oiu-ga où il arriva le i®' novembre 191 9. Le 10, le Houtouktou (Bouddha vivant), sorte de président de la République mongole, lui déclara ainsi qu'au résident général chinois Tchen-Yi, qu'il ne voyait aucune raison pour annuler les actes diplomatiques qui conféraient à la Mongolie un régime autonome.

Le i4,pour brusquer les choses. Sou fit poster des soldats tout le long de la route conduisant au palais du Houtouktou pendant que Tchen-Yi sommait le président du Conseil des ministres de fournir une réponse dans les quarante-huit heures au sujet du maintien ou de l'annulation de l'autonomie mongole. Le Houtouktou convoqua d'urgence l'Assemblée des Représentants. La Chambre Basse se prononça pour le retrait des troupes chinoises et si cette satisfaction n'était pas accordée, pour l'appel aux armes de tous les Mongols. Mais la Chambre Haute fit valoir l'inutilité d'ime résistance armée. Le 15, le président du Conseil remettait à Tchen-Yi une pétition dans laquelle les représentants du peuple mongol exprimaient leur désir de rentrer dans le sein de la patrie chinoise, en renonçant à toute

autonomie. Voici la teneur de ce document :

Les cercles officiels mongols ayant qualité pour traiter la question de l'autonomie de la Mongolie prient le président de la République de Chine, de bien vouloir examiner la présente pétition :

Nous rappelons que sous la domination chinoise, depuis le règne do Kang-Hi jusqu'au déclin de la dynastie Tsing, la Mongolie extérieure a joui pendant deux siècles des bienfaits de la paix. Mais dans les dernières années du régime mandchou, les fonctionnaires que la Chine envoya à Ourga étaient des hommes extrêmement corrompus qui provoquèrent le mécontentement et l'indignation du peuple mongol ; les étrangers en profitèrent pour pousser les Mongols à se proclamer indépendants. La Chine conservait sur la Mongolie extérieure, une suzeraineté nominale. Depuis lors, la situation de la Mongolie ne s'est nullement améliorée. La Russie, entravée en ces derniers temps par des luttes intestines, n'est plus capable de protéger la Mongolie et de remplir les obligations que lui imposaient les traités. Les Bouriates, secondés par des brigands, ont envoyé à Ourga, des messagers pour essayer de nous contraindre à entrer dans une ligue mongole, dans le but de dépouiller la Chine de son droit de suzeraineté et de priver la Mongolie de son autonomie. Les Bouriatcs, constatant que nous ne sommes pas disposés .à entrer dans leurs vues, essaient maintenant de nous intimider en envoyant des troupes sur notre frontière. D'autre part, les troupes des Soviets ont atteint Oulianghaï, en territoire mongole, et ont maltraité des fonctionnaires chinois et mongols. Par la suite.

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les Russes anti-bolchevistes se sont emparés à leur tour de cette localité.

La Mongolie est hors d'état de supporter de pareils troubles. Ses ressources sont trop modestes et sa situation financière est des plus précaires ; ses troupes sont pauvrement armées et les difficultés qu'elle a à surmonter s'aggravent de jour en jour. En vue de faire face à ces dangers tant extérieurs qu'intérieurs, le gouvernement mongol a convoqué une assemblée de Princes et de Lamas qui a exprimé le vœu de coopérer cordialement avec la Chine pour assurer le maintien de la paix. Les Princes et les Lamas désirent renoncer à l'autonomie de la Mongolie et laisser à la Chine le contrôle des affaires politiques et diplomatiques du pays. Les privilèges dont la Mongolie continuerait à bénéficier seraient définis ultérieurement.

En réponse à cette pétition, le président de la République chinoise décréta le retour de la Mongolie extérieure à la Chin«, le 22 novembre. Le général Sou était nonuné directeur des Affaires administratives de la Mongolie extérieure. Le poste de résident général à Ourga était supprimé.

Mais les Mongols n'avaient qu'une idée : effacer le coup d'État de novembre 191 9. Au milieu de 1920, au moment de la chule du club Anfou dont nous avons parlé et qui entrdnait celle du général Sou, ils s'assurèrent l'aide du baron Ungern-Sternberg, un des lieutenants de l'ataman Semenof,

qui commandait encore quelques débris de l'armée Blanche.

En octobre, une attaque fut tentée contre la garnison chinoise d'Ourga ; mais les Chinois s'emparèrent du Bouddha vivant et l'enfermèrent dans son palais comme otage. Les Mongols, dans la crainte de le tuer ou de le blesser, suspendirent leurs attaques. En janvier 1 921, celui-ci parvint à échapper à la surveillance chinoise et rejoignit ses partisans. Les Mongols et le baron Ungern reprirent alors l'offensive et la garnison chinoise dut évacuer la ville au début de février ; elle fut rejetée vers le sud, vers la région désertique du Gobi. Nous avons vu que malgré la décision prise par les chefs militaires chinois les plus puissants, à la Conférence de Tientsin, aucune expédition n'avait été envoyée à son secours.

Par contre, les troupes rouges de Moscou alliées à celles de la République d'Extrême-Orient attaquèrent Ourga et la prirent le 5 juillet.

Le baron Ungern se retira avec les restes de son armée dans la direction de la Mandchourie, puis ayant tenté un peu plus tard un coup de force contre Tchita siège du gouvernement de la République d'Extrême-Orient, il fut fait prisonnier par les troupes rouges que Tchitcherine avait envoyées

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coutre lui, condamné à mort par un tribunal révolutionnaire sibérien et exécuté.

l'autonomie du thibet

Sur une superficie double de celle de la France, le Thibet a de cinq à six millions d'habitants. Le pays fut conquis par la Chine il y a deux cents ans et elle n'y exerça jamais qu'une sorte de protectoratjl'administration séculière thibétaine conservant l'autorité de fait. Le dalaï-lama, qui est à la tête de la hiérarchie religieuse, devait seul, du moins sous l'empire, connaître en dernier ressort et seul transmettre à Pékin toutes les questions importantes de gouvernement, de justice, de finances, de taxes locales, de défense des frontières et de relations commerciales avec l'étranger ; aussi bien l'innombrable armée de ses bonzes, qui tiennent le pays et occupent des monastères qui sont d'énormes citadelles où ils résident par milliers, vivait-elle et vit-elle toujours dans une sorte d'indépendance.

Par une-convention signée il y a près de trente ans entre l'Angleterre et la Chine a commencé la pénétration anglaise au Thibet. Cependant cette pénétration n'a eu de résultats durables et utiles qu'à la suite

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de l'expédition militaire conduite contre les Thibétains qui avaient occupé Sikkim en 1888, expédition qui se termina par le traité anglo-chinois conclu en 1890 à Calcutta et complété, trois ans plus, tard par une convention commerciale.

A la suite de nouvelles difficultés survenues à la frontière indo-thibétaine et des obstacles que les autorités thibétaines mettaient à la circulation des commerçants et agents britanniques, une nouvelle expédition commandée par le colonel Yunghusband, occupa, au mois d'avril 1904, la ville de Gyangtze et pénétra, le 3 août suivant, dans la ville sainte de Lhassa, d'où le dalaï-lama s'était enfui. Le colonel fit proclamer à sa place son rival, le chef du monastère de Tachichoumpo, et, le 17 septembre, concluait avec celui-ci l'accord qui assurait à l'Angleterre une situation privilégiée au Thibet.

Mais la Chine entendait ne pas laisser périmer son droit de suzeraineté. Au conmiencement de 1905, elle installait un résident au Thibet et, le 27 avril de la même aimée, obtenait du gouvernement britannique la reconnaissance formelle de son protectorat. Enfin, le 20 mai 1908, les plénipotentiaires anglais, chinois et thibétains signaient une importante convention qui précisait les avantages accordés à l'Angleterre en conférant à cette puissance le droit d'ins-

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taller des agents coiïunerciaux dans certaines villes du territoire thibétain.

Les Anglais avaient auparavant écarté les menaces russes au Thibet par la convention du 31 août 1907. Les deux puissances s'étaient engagées à rerpecter l'intégrité territoriale du Thibet, à n'avoir pas de représentants à Lhassa, à ne rechercher aucune concession d'aucune sorte ; enfin elles avaient reconnu les droits suzerains de la Chine. On a résumé d'un mot la portée de cet accord en disant qu'il mettait « le Thibet sous séquestre ».

Depuis la convention de 1908, la Chine a encore accentué son dessein d'exercer son protectorat. A la suite de la fuite, en février 1910, du nouveau dalaïlama, réfugié aux Indes, et des troubles qui s'en suivirent, le gouvernement de Pékin envoya une expédition composée de ses meilleures troupes exercées à l'européenne pour mettre les Thibétains à la raison. Cette action émut vivement les cercles politiques anglais.

Comme la Mongolie, le Thibet profita de la révolution de 1911 pour proclamer son indépendance. Dès le mois de juin 1913,1e gouvernement chinois concentra au Thibet une dizaine de milliers d'hommes, mais, le 17 août, l'Angleterre l'informa par un mémorandum qu'elle tiendrait toutt avance de ces

L'AUTONOMIEDU THIBET III

troupes pour une violation de Taccord de 1908. Les gouvernements britanniques et chinois convinrent alors d'organiser pour l'automne 191 3, une conférence à Simla, capitale d'été des Indes, où se rencontreraient des délégués anglais, chinois et thibétains. Mais le gouvernement chinois refusa de signer la convention élaborée péniblement par la conférence qui cependant avait traîné jusqu'en juillet 1914. Les Anglais demandaient essentiellement, d'une part une rectification des frontières thibétaines du côté de Seutchouen, du E^n-Sou et du Sin-Kiang ; d'autre part l'indépendance absolue du Thibet. La Chine, de son côté, voulait conserver la frontière historique tout en maintenant sur ce pays son droit de suzeraineté. La conférence n'aboutit donc pas, toutefois la Chine s'engagea à ne pas faire dépasser à ses troupes certaines limites.

Les hostilités ne reprirent entre Chinois et Thibétains qu'au début de l'année 1919, soit que les forces du dalaï-lama aient commencé l'attaque, soit que le général chinois Pen Je-Chen ait ordonné à ses troupes d'avancer. Les Anglais protestèrent de nouveau et demandèrent le remplacement du général chinois. Le général Tchcn Hia-Lin lui succéda.

Au printemps, les journaux chinois annoncèrent la prochaine réouverture de négociations anglo-chi-

noises au sujet du Thibet. Ils prêtaient à la Grande- Bretagne rintention formelle de liquider une fois pour toutes la question thibétaine, comme elle venait de résoudre à son profit la question de la Perse. D'après l'un d'eux, qui se disait bien informé, le programme soumis au gouvernement chinois devait être le suivant : «Le Thibet reconnaît la suzeraineté de la Chine, mais réclame son autonomie. La Chine aura un représentant à Lhassa, mais ne pourra entretenir au Thibet qu'une garde dont l'effectif sera limité. L'Angleterre contrôlera les actes de la diplomatie chinoise au Thibet et jouira d'un droit de contrôle sur le gouvernement thibétain. L'Angleterre sera l'arbitre nécessairte dans les démêlés qui pourront survenir entre la Chine et le Thibet. La limitt orientale du Thibet sera fixée par les délégués des gouvernements intéressés. Le commerce entre les Indes et le Thibet sera libéré de toute entrave. »

Le journal ajoutait à ces renseignements un commentaire très vif à l'endroit des Anglais et des étrangers en général.

Des négociations ne tardèrent pas, en effet, à s'ouvrir entre sir John Jordan, ministre de Grande-Bretagne à Pékin et le Wai Kiao Pou ; elles furent plusieurs fois abandonnées et reprises et ce n'est qu'au mois de novembre qu'elles aboutirent enfin une déli-

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mitation des frontières thibétaines et à la reconnaissance de l'autonomie du Thibet, celui-ci reconnaissant de son côté la suzeraineté de la Chine. Les gouvernements chinois et anglais devaient avoir des représentants à Lhassa.

Etant donné le relâchement des liens qui unissaient autrefois le Thibet à la Chine, il est incontestable que la reconnaissance de l'autonomie thibétaine coûte moins à la Chine qu'elle ne rapporte à l'Angleterre. Si l'on a pu dire que l'accord de 1907 entre l'Angleterre et la Russie qui s'interdisaient réciproquement de rechercher aucune concession au Thibet d'y avoir des représentants, etc., avait mis le Thibet « sous séquestre », on peut dire aujourd'hui que le séquestre est levé, mais que le Thibet est passé sous la tutelle de l'Angleterre. (*)

(*) Le 1®' septembre dernier, quelques jours par consé quent avant la proposition du Japon au gouvernement chinois relative au Chantoung, l'Angleterre fit au même gouvernement la proposition de reprendre à certaines conditions les négoeiations relatives aux frontières du Thibet.

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