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CHAPITRE IV

LA CIVILISATION CHINOISE. ~ LES POSSIBI- LITÉS DE TRANSFORMATION. — LES RAP- PORTS AVEC LE JAPON. — L» ÉVEIL DU SENTIMENT NATIONAL

LORSQUE nous autres Occidentaux, nous considérons la Chine, nous sommes en face d'un monde fondé sur une civilisation qui n'est pas la nôtre, d'une civilisation beaucoup plus ancienne et qui diffère de la nôtre dans son essence, comme dans ses fins. Toute la vie chinoise est orientée dans un sens qui est Topposé de la vie occidentale. Le progrès tel que nous l'entendons est lettre morte pour l'esprit chinois, et le lettré reste le modèle du peuple qui l'honore. Cette admiration n'empêche pas toutefois

LA CIVILISATION CHINOISE IlS

le Chinois de travailler, mais il peinera juste assez pour assurer à sa famille un bien-être suffisant, le vivre et le couvert et, un jour, une sépulture convenable en terre chinoise. Nous ne parlons pas ici de rinfime minorité des Chinois qui ont voyagé et étudié à l'étranger, bien que, même parmi ceux-là, il s'en trouve qui, une fois de retour, s'enfoncent plus profondément dans les idées chinoises qu'avant leur départ ; nous voulons parler du peuple chinois pris dans son ensemble. .

Or, en Chine, aujourd'hui comme autrefois, la partie la plus éclairée de la nation, comme celle qui l'est le moins, croit encore fermement à l'excellence des principes d'une civilisation dont les siècles ont fait l'épreuve.

Pourtant bien des Chinois commencent à s'apercevoir que pour tenir une place importante parmi les peuples, il faut cultiver les sciences de l'Occident ; que, pour conserver son indépendance, un pays a besoin de l'abriter derrière une armée forte, témoin ce que l'un d'eux nous disait sans détour à Pékin : « Notre guerre civile, nos dissensions intérieures ont au moins cela de bon qu'elles entretiennent chez nous l'esprit de guerre et nous préparent une armée. »

Toutefois ce serait se tromper que de croire les

Il6 l'évolution de la CHINE

Chinois amis des réformes et décidés à prendre de plein gré à l'Europe autre chose que ses armements et ses méthodes indus rielles ; la caractéristique de la Chine est l'immobilité, non point philosophique ou politique comme nous l'avons, remarqué avec M. Henri Cordier, mais sociale, la persistance des mœurs et des rites ; sa physionomie n'a pour ainsi dire jamais changé, en dépit des vingt-deux dynasties qui s'y sont succédé.

Les changements politiques n'ont pas sur elle d'influence ; les régimes ont passé sur elle sans la pénétrer. La République d'aujourd'hui ne la pénètre pas davantage. C'est qu'elle est, en quelque sorte, une pure démocra ie « la moins gouvernée des démocraties », écrivait Marcel Monnier, et de fait, comme nous avons eu plus d'une fois l'occasion de l'écrire, la Chine n'a point actuellement de gouvernement et pourtant elle vit. Mêm^ sous l'Empire, au temps de la gloire des Fils du Ciel à Pékin, ces derniers n'étaient, en somme, qu'un mythe pou la masse, comme la République à pré:ent en est un autre ; l'Empi e n'était qu'une façade plaquée sur une immuable civilisation, comme la République en est une autre. Ainsi Vil la Chine et l'on en arrive alors à se demander si le fractionnement des intérêts individuels et de famillt nant lieu d toute politique pour le peuple, n'est

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