LA CIVILISATION CHINOISE II
pas en soi une cause de durée plus ercore que de faiblesse. On peut arracher à la Chine telle partie d'elle-même sans que sa situation en soit changée de façon appréciable. Elle est déjà si morcelée par le particularisme de ses habitants! t-
C'est ce particularisme manifeste qui a fait nier à bien des écrivains, au lendemain de la révolution de 1911, la possibilité de maintenir en Chine le régime républicain. « Il faut, écrivait alors M Jean Rodes dans La fin des Mandchous^ p. 264, pour que le peuple puisse se gouverner lui-même, une mentalité, un civisme qui manquaient totalement aux Célestes. Il faut notamment, aux citoyens, une discipline consentie, un respect de la vérité et de la libre discussion, un esprit de soumission à l'intérêt général, une probité publique et privée non de face^ mais stricte, que le Chinois ignore. »
Mais les écrivains dont nous parlons confondaient les conditions habituelles de la politique démocratique, œuvre artificielle des hommes, avec la faculté innée que peut avoir un peuple à se tenir naturellement dans les limites d'un état social viable, poui ainsi dire sans gouvernement.
Cette manière d'exister paraît conditionnée par le sens de la hiérarchie à l'inverse précisément de nos démocraties d'esprit égalitaire. Le peuple chinois a
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toujours eu le respect de la hiérarchie à ses divers degrés. De sorte, qu'en somme, rien n*a été plus facile et ne serait plus facile encore que de gouverner la Chine, en dépit des guerres intestines qui sévissaient sous TEmpire, conrnie aujourd'hui, car, ce pays de commerçants et de cidtivateurs pacifiques eut toujours des armées de métier en campagne (^). Le chef suprême de la hiérarchie chinoise, si lointain, si invisible qu'il fût pour l'énorme majorité des Chinois, était reconnu, et l'impôt lui était régulièrement payé par les provinces, même les plus éloignées de Pékin. Il en serait de même aujourd'hui à l'égard du président de la République, sans la tyrannie néfaste en tous points des petits satrapes que sont les « toukiuns » dans les provinces. L'esprit utilitaire du Chinois dont parlait le comte de Gobineau et « une sorte de stagnation de l'intelligence trop absorbée par le sentiment des premiers besoins (*) »,
(1) Voir VArt militaire des Chinois (1772), traduction des classiques militaires chinois, par le P. AmioTj 1718-
(') « Si on joint aux inondations et aux sécheresses, dont les annales de la Chine font une si fréquente mention, d'autres fléaux, comme l'abondance des sauterelles et la violence des vents, on jugera que sous ces rapports ja Chine est loin de jouir de la sécurité que donne le climat d'une grande partie de l'Europe, et qu'ainsi s'ex-