LA CIVILISATION CHINOISE II
facilitaient encore le gouvernement du pays, en même temps qu'ils assuraient la pérennité de la race, par le désir qu'avait chaque individu de créer une famille afin de conserver son bien et de le faire fructifier.
Malgré tout, cette politique sociale, ce repliement d'un peuple sur lui-même ne pouvait durer que dans l'isolement du pays. Quand, par la force des choses, la Chine entra plus ou moins dans le concert du monde, c'est-à-dire quand les étrangers y pénétrèrent avec leurs idées et leurs ambitions, il fallait
pliquent, chez cette multitude trop nombreuse, un labeur devenu opiniâtre jusqu'à la servilité, une sorte de stagnation de Tintelligence trop absorbée par le sentiment des premiers besoins. » Résumé de Vhisioire de la Chine, par M. de S***, p. 187 (Paris, 1824). Sous l'initiale S, il faut voir Etienne Pivert de Sénancour qui vécut de 1770 à 1846. A peu près ruiné par la Révolution, il se retira sur les bords du lac de Genève. Il était imbu des idées de J.-J. Rousseau et rêva la réforme de la société et de la religion. Ces sentiments lui inspirèrent ses Rêveries sur la nature primitive de V homme (1798), son Kvre De Vamour selon des lois primitives et selon les convenances des sociétés (1805), etc. On connaît jsurtout de lui Obermann (1804), roman qui peut faire pendant à René. Son Histoire de la Chine lui est prétexte à réflexions amères sur les gouvernements et les régimes^
que d'autres conceptions présidassent aux destinées du pays et le régissent (^).
L'infiltration d'abord lente et sans Importance des éléments étrangers en Chine remonte au VIII® siècle de notre ère, à l'époque où les Arabes y eurent des colonies. Puis, ce fut l'invasion des Mongols à partir du xiii® siècle. Les Vénitiens vinrent à leur tour ; l'un d'eux, Marco Polo, est resté célèbre. Les Portugais, au xvi® siècle, s'installèrent à Macao, puis les Espagnols, les Hollandais, les Russes au xviii® siècle, les Américains, les
(]) Un homme politique chinois, philosophe comme il s'en trouve passablement en Chine, M. Wang Ta-Sieh, ancien président du Conseil et ministre des Affaires étrangères, a exprimé cette idée dans les termes suivants : « De la vie simple nous tendons vers une vie compliquée. De la vie d'isolement, nous tendons vers une vie en commun. Ce sont là des phénomènes naturels. Plus les communications sont faciles, plus les relations entre les hommes se multiplient et plus les avantages communs deviennent nombreux. Mais alors la vie de simplicité et d'isolement devient impossible... Or, pourquoi la Chine est-elle dans une situation paradoxale ? Parce qu'il y en a parmi nous qui ne sont pas encore bien éveillés. Mais bientôt l'éveil viendra. La vie humaine s'adapte au changement des conditions de l'Univers et continuer à s'isoler dans l'immobilité de& anciennes coutumes est chose impossible... 9