LA CIVILISATION CHINOISE
Anglais, sujets de la reine Elizabeth et du roi Jacques I®'. L'on connaît enfin les campagnes anglaises, françaises et japonaises du xix® siècle. La Chine était dès lors, pour ainsi dire, envahie par les étrangers ; peu à peu les Chinois apprenaient à lexu's dépens à connaître les autres peuples, et les hommes éclairés parmi eux s'apercevaient qu'il ne fallait plus songer à les ignorer. L'emprise resserra ses liens, les procédés devenaient agressifs, les ménagements, les moyens détournés faisaient place aux coups de force ; les gouvernants comprirent qu'il fallait évoluer et se transformer. Cependant les éléments conservateurs réagissaient et essayent encore de réagir contre la brutalité des faits. La transformation, malgré eux et malgré l'esprit traditionnaliste de la race, est-elle possible et à la veille de s'accomplir ? C'est ce que nous allons essayer de distinguer.
cvo
A vrai dire, la transformation est commencée depuis la guerre avec le Japon. « L'idée d'une réforme, écrit M. René Pinon, suppose la conscience d'un état de choses défectueux et la notion d'un modèle à imiter : les victoires du Japon pendant la guerre de 1894-1895, ont doimé l'une et l'autre à la Chine : de
122 L'iêVOLUTION DE LA CHINE
là naquît le mouvement réfonniste. Les Chinois avaient été, avant cette guerre, battus par des arméœ ou des flottes européennes, mais l'Empire n'en avait pas été troublée : les vainqueurs n'étaient-ils pas les barbares étrangers et ne devaient-ils pas ces succès militaires à des procédés que la Chine pouvait mépriser et ne devait pas craindre... Battus par des voisins, par des honrmies de race jaune qui ont reçu de la Chine le meilleur de leur civilisation, les Chinois les plus intelligents commencèrent à comprendre tout Ih bénéfice que le Japon a tiré de sa révolution .et de l'adoption des procédés et des outils européens (^). »
Nous avons parlé plus haut du mouvement réformiste, nous n'y reviendrons pas. Aussi bien ne nous occupons-nous plus ici des réformateurs, mais du peuple susceptible ou non d'adopter les réformes, et de se transformer dans le sens du progrès moderne. Avant tout, il faut connaître l'élément humain qui est en jeu. Le peuple chinois dans son ensemble offre-t-il les caractéristiques nécessaires à la réussite de l'entreprise ?
Avec de bons esprits, avec des hommes de natio-
(^) René Pinon, Origines et résultats de la guerre russo-japonaise (Librairie académique Perrin et C*®, Paris, 1906), p, 102,