‹ L'évolution de la Chine: politique et tendancesChapitre 27 sur 37 · POSSIBILITÉS DE TRANSFORMATION · texte numérisé non relu

POSSIBILITÉS DE TRANSFORMATION

d'avis que le chaos politique d'à présent en est un au premier chef, quoi qu'en disent certaines personnes enthousiastes. Les Chinois, certes, sont accueillants, aimables et gais, partant sympathiques, mais ils sont pour le moment, sauf exceptions, ignorants de toute méthode, sans grande envergure, sans l'énergie nécessaire à la conduite d'une vaste entreprise, rien d'important entre leurs mains ne semble pouvoir fructifier^ L'on peut s'y tromper au premier examen, disons au premier séjour que. l'on fait chez eux, parce qu'en somme on s'attend à trouver leur vie extérieure si différente de la nôtre que l'on est enclin à exagérer leur faculté de modernisation quand on voit leurs chemins de fer, même tels qu'ils sont, leurs ports, leurs postes et télégraphes, leur voirie, même telle qu'elle est, enfin l'armature de leur administration à la mode occidentale, le tout, quand on y pense, réalisé par des Européens ou des Américains et entretenu en partie par eux.

D'un premier voyage, surtout si l'on s'en tient à Pékin et à quelques grandes villes, on revient plein d'espoir ; si l'on a visité un peu l'intérieur de la Chine, l'espoir est déjà moindre ; mais au second voyage, lorsqu'on a vu d'un peu plus près toute la façade et qu'on s'est familiarisé si peu que ce soit

avec la mentalité des Chinois, leur façon d'envisager l'existence, leurs tendances générales, on se demande si jamais ces gens seront autres que ce qu'ils sont. Voilà des années que leurs jeunes gens fréquentent des écoles d'Europe et d'Amérique. Ils ne manquent ni d'ingénieurs, ni de juristes, ni de diplômés de toutes sortes. A quoi songe cette élite? Qu'est-elle en train de réaliser ? Que font les dirigeants ou plutôt où sont-ils ? Qui gouverne la Chine ? Nul progrès n'a été fait dans la voie de l'union du Nord et du Sud. Il est possible que la majorité des gens, de chaque côté, souhaitent la paix, mais les miUtaires irresponsables qui dominent la Chine de nos jours continuent leur vie d'exaction et sont hors de tout contrôlePresque tous les gouverneurs militaires des provinces, ces. fameux « toukiuns », prélèvent l'impôt, n'en envoient rien au Trésor et se jettent, s'ils le peuvent, sur les provinces voisines plus riches que celles qu'ils gouvernent.

La séparation du Nord et du Sud ne suffisait pas. Il a fallu que les provinces de ces deux grandes fractions du pays combattent les unes contre les autres. C'est un morcellement du pouvoir comme on n'en a jamais vu, c'est-à-dire ime anarchie sans précédent. Le gouvernement de Pékin reconnu par les puis* sances n'a d'autorité nominale que sur un certîûn

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nombre de provinces ; il n'en a pas sur les provinces du Seutchouen, du Kouei-Tchéou, du Foukien, du Yunnan, du Kouang-Tong, du Kouang-Si. Il est clair qu'il n'y a malheureusement nul espoir de calme politique pour la Chine, tant que les toukiuns échapperont à tout contrôle, et il n'y a nul parti qui ait montré la capacité de les mater. Prétendre qu'en dépit de ce chaos, la prospérité de la Chine au cours du XX® siècle égalera celle des États-Unis au xix®, que « ce siècle sera le siècle de la Chine », c'est s'avancer beaucoup! Sans doute, ce vaste pays ne doit pas être jugé comme les autres. Que dans un pays comme la France qui forme véritablement un tout administratif et politique homogène, un département se déclare tout à coup indépendant, toute l'armature du pays en sera ébranlée. Au contraire, que le Seutchouen, le Yunnan ou quelque autre province de la Chine se déclare indépendante de Pékin, c'est seulement de l'argent de moins qui parviendra au Trésor, mais le pays n'en ressentira aucune secousse profonde. Cela est vrai ; mais l'état de choses actuel n'en est pas pour cela plus favorable au progrès. Poiu* qu'il y ait progrès, un progrès tel que des esprits ardents l'entrevoient à brève échéance, il faut de l'ordre dans la maison. Européens et Chinois désireux de faire progresser la Chine doivent souhaiter

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qu'à défaut d'un régime politique parfait, la paix intérieure au moins y règne. (^)

Or, en outre des querelles incessantes des toukiuns, que voyons-nous ? En droit, une république dont le gouvernement reconnu par les puissances siège à Pékin ; en fait, deux gouvernements ennemis, l'un à Pékin, l'autre à Canton.

Sans ressources pécuniaires, le gouvernement de Pékin ne peut payer ni ses fonctionnaires au dedans, ni ses agents au dehors ; ne pouvant entretenir ni ses professeurs, ni ses magistrats, ceux-ci doivent recourir aux budgets des provinces, ce qui accroît naturellement le prestige des autorités provinciales ; ne pouvant entretenir une armée comparable à celle

(^) Déjà les marchandises étrangères sont absorbées par le peuple en quantités toujours croissantes, les usines créées et dirigées sur le modèle de l'étranger surgissent dans chaque localité convenable. A la fin de 1920, il y avait plus de 400 de ces usines, produisant des articles étrangers et jouissant d'un régime douanier spécial On pourrait citer beaucoup d'autres exemples de développement et de progrès, malheureusement l'état politique actuel du pays ne favorise pas un développement paisible. C'est seulement lorsque la Chine aura réglé ses discordes intimes et aura retrouvé l'union dans le désir de réaliser et d'étendre ses richesses naturelles, que le développement général des ressources illimitées du pays sera possible.

(Extrait du Rapport sur les Douanes chinoises).

de tel gouverneur voisin, il est à la merci de ce der" nier. Pendant ce temps, le Japon qui verrait volontiers à Pékin un empereur à sa dévotion, paye largement pour entretenir dans les milieux propices des sentiments monarchiques aussi vivaces qu'intéressés.

Sans cohésion, sans capacité, le gouvernement de Canton, de son côté, se perd dans des discussions théoriques, dans uiie procédure constitutionnelle inopérante et plutôt dissolvante, en même temps qu'il rêve de conquêtes militaires ou de combinaisons fédérales, voire même d'union avec Pékin. Aussi à court de ressources que le gouvernement du Nord, il accepte volontiers, de notoriété publique, l'aide financière du Japon désireux de maintenir au Sud, sous l'étiquette de république, une anarchie propice à ses desseins d'avenir, brouillant tout, de façon que personne, et en particulier le voisin d'Indo-Chine, ne puisse s'infiltrer et édifier une influence stable en cette partie de l'Empire jaune dont il convoite la direction unique.

Outre le désordre politique et la guerre civile, il y a en Chine un autre obstacle au progrès national. Il y a l'absence de sentiment patriotique. Le respect

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et la défense de la famille ont heureusement tempéré, avon8*nou8 dit, l'individualisme du Chinois, mais en même temps ce cercle trop restreint absorbant les facultés de Thonune, lui masquant tout autre horizon, le rend inapte à considérer la société tout entière à laquelle il appartient et à s'élever à l'idée plus haute de patrie. Il faut souhaiter que req>rit de famille se réduise en Chine à ce qu'il est dans tous les Ëtats policés : déférence à l'égard des parents, respect du groupe social de la famille légalement constitué.

Cependant, certaines tendances à rompre plutôt trop vite avec une tradition millénaire se font jour, au moins parmi les populations éclairées des villes. Parmi celles des campagnes, l'évolution au profit de l'idée de patrie se fera certainement plus lentement, mais telle qu'elle doit se faire, sous le coup des événements plutôt qu'en application délibérée de théories. On a pu constater ces dernières années que les rapports avec le Japon considérés par les Chinois de deux points de vue bien différents, éveillaient entre les populations des diverses provinces un sentiment de solidarité, qui, justement parce qu'il s'exerce contre des gens également de race jaune, est déjà inconsciemment une sorte de sentiment national.

On a vu le boycottage dont furent frappés dans les

tES RAPPORtS AVEC LE J K P O U l^î

ports et même à l*intérietir de la Chine, les produits japonais, à la suite de la main-mise du Japon sur le Chantoung, malheureusement consacrée par le traité de Versailles. Nous savons, certes, que le peuple chinois qui n'a pas encore pris conscience de luimême, a obéi en grande partie au mot d'ordre venu de Pékin ; nous ne partageons pas l'avis d'écrivains ou d'hommes politiques étrangers qui parlent prématurément, selon nous, d'une opinion publique chinoise qui n'est le plus souvent que l'opposition artificiellement organisée de certains partis au gouvernement ; nous avons vu à Pékin des théories d'étudiants manifester en bon ordre sous les fenêtres des ministres et il nous a paru clairement que la spontanéité faisait défaut à ces manifestants enrégimentés. « On est bien sûr désormais, écrivait La Politique de PéMn au sujet de troubles assez récents dans la capitale, qu'à tout propos et hors de propos, l*armée des étudiants sera mobilisée par des agitateurs politiques qui, loin de porter intérêt à la cause de l'instruction publique, n'ont cure que d'une chose : l'intérêt de leur parti. » Pourtant ce serait nier l'évidence que de refuser à ces gestes nouveaux en Chine, un reflet de sentiment qui ne peut que s'accentuer et acquérir par la répétition, le profond et indéniable caractère de sincérité qui manque encore aujour-

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d'hui. La solidarité chinoise que soulignaient ces gestes lors du boycottage des Japonais, était déjà un progrès sur l'ignorance des unes des autres où vivaient les provinces, il n'y a que quelques années.

Ainsi les procédés japonais ont eu cet effet de jeter au moins dans le monde la semence d'un homme nouveau : le citoyen chinois.

Mais, d'autre part, les relations avec le Japon ont eu, surtout depuis la Conférence de la Paix, im effet tout différent. Au lieu d'un ennemi, de nombreux Chinois ont vu en lui un allié possible, effet non moins curieux que le premier, et que quelques hommes seulement à l'étranger ont deviné, autant par déduction que grâce à leur connaissance rédle des choses d'Extrême-Orient. Nous citerons ce passage d'un article de journal de M. Outrey, député de la Cochinchine, écrit au lendemain de la décision relative au Chantoung :

« Dire que les représentants chinois n'aient pas quitté la Conférence avec une amertume profonde serait exagéré, mais croire que leur ressentiment se bornera à s'exhaler dans des lettres, aussi dignes d'ailleurs que touchantes, serait puéril. Les Chinois, que nous connaissons si mal, sont comme les autres hommes et ils sont guidés par l'intérêt autant que par les passions. Dans ces conditions, au ressentiment

dont je parlais à l'instant s'ajoutera naturellement le désir de rechercher pour la Chine une sphère d'influence qui la garantisse dans l'avenir de nouvelles amputations territoriales et, ayant été déçue par l'Amérique et par l'Europe, elle sera conduite tout naturellement à se rapprocher du seul pays dont la puissance soit capable d'étayer sa faiblesse politique et militaire, j'ai nommé le Japon I

« Et alors une politique panasiatique se trouvera ainsi tout naturellement créée avec ses conséquences possibles, au premier rang desquelles on peut mettre l'application d'ime étroite doctrine de Monroë, dont les Japonais seront les gardiens jaloux. »

On voudrait qu'il n'y eût dans ces lignes qu'un aperçu théorique, les déductions d'un esprit raisonneur ; or, les faits prouvent que l'opinion de M. Outrey est une opinion fondée.

Les Japonais ont leur clientèle dans l'ancien club Anfou et parmi le personnel politique de Pékin et de Canton, clientèle intéressée sans doute,mais « si beaucoup de personnages, écrit l'auteur anonyme d'un article à.\x Correspondant du 12 janvier 1921, ont été amenés par des motifs peu honorables à entrer dans le parti japonais, un certain nombre y sontarriv es par des mobiles bien différents. En présence des rivalités, des appétis des puissances, ils ont pensé que le

véritable intérêt de la Chine pourrait être la tutelle japonaise et qu'ils auraient plus de chances de s'entendre avec des jaunes comme eux. a De son côté le D' Legendre, dans son livre, Tour (Thorizon mondial Q) écrit : « Certains patriotes, profondément humiliés et irrités par l'étrange indifférence des quatre (sic) arbitres à l'égard de leur pays,commencent à s'interroger, à se demander s'ils peuvent désormais compter sur certaines nations de race blanche pour leur défense, et, par suite, le maintien de la paix. Ils commencent à se demander si une grande Fédération de l'Asie extrême-orientale, une Fédération des Jaunes, étendue au sud jusqu'à l'Océan Indien, ne serait pas le meilleur moyen d'assurer le développement de la Chine, de la garder contre certaine politique suspecte européenne dont elle a déjà souffert. » Il faut remarquer aussi que de nombreux articles ont paru dans la presse chinoise en 1920, en faveur du maintien de l'accord militaire sino-japonais du 16 mai. 191 8 pour la garde de la frontière sibérienne, bien que cet accord eût soulevé lors de sa conclusion d'innombrables protestations et eût dû, en tout cas, être rompu du fait même de la cessation de la guerre

(]) D' A.-F» Legendre^ Tour d*horixon mondial (Payot et C*«), p. 193,

européenne. Le gouvernement chinois expliquait en 8on temps cet accord de la manière suivante :

Il n*entre pas dans les idées du gouvernement de la République de conclure avec le Japon une alliance défensive ; les récents pourparlers entre les deux pays sont une conséquence naturelle de l'entrée en guerre de la Chine contre TÂUemagne. Nous devons combattre nos ennemis partout où nous les trouvons et ils s'approchent, car la situation actuelle de la Russie démontre que la Sibérie va être menacée par l'extension de la force armée de nos adversaires communs, et peut-être un jour tout l'Eitrême-Orient le sera. Alors, dans cette partie du monde à qui donc appartiennent le droit et le devoir de prendre les mesures préventives et défensives, sinon à la Chine et au Japon ? C'est justement pour remplir nos obligations sacrées envers les puissances de l'Entente nos amies et alliées, et pour participer plus efficacement à la défense commune du droit et de la justice en arrêtant la marche des Allemands vers l'Est, que nous avons conclu cet accord militaire avec le Japon. Les négociateurs des deux pays, inspirés du sentiment de la parfaite égahté et du respect mutuel entre les nations et soucieux d'éviter tout malentendu, ont d'ailleurs pris soin de stipuler expressément le caractère de courte durée de cet accord, car il n'entre en vigueur que quand l'état réel de guerre existera dans la Sibérie et devient nul et non avenu munédiatement après la cessation des hostilités.

Toutefois, c'est le 28 janvier 1921 seulement que, malgré la campagne de presse favorable à son maintien, cet accord cessa d'être en vigueur.

Très significatif de l'état d'esprit dont nous parlons est également ce passage d'une déclaration d'un |iaut fonctionnaire chinois, publiée à Pékin en 1920 ;

a Sans doute, dit ce personnage^la masse chinoise estelle réfractaire à toute emprise japonaise. Le souvenir est toujours aussi cuisant pour elle de Tultimatum du 7 mai 1915 ; mais il faut compter avec les nécessités financières auxquelles nous sommes en proie et aussi avec ce grand guérisseur de tous les maux : le temps... On nous dit bien que le vent est à la démocratie et au désarmement universel. On nous dit bien encore qu'un organe nouveau est sorti de la Conférence de la Paix : la Ligue des Nations,et qu'il peut être le régulateur de la vie future des peuples! Mais n'est-ce pas trop risquer que de s'abandonner aveuglément à de telles espérances ? La preuve de la valeur de la Ligue des Nations est encore à faire... Dans ces conditions, est-il si chimérique de prévoir une alliance du Japon et de la Chine, le premier armant la seconde pour assurer une revanche du monde jaune sur le monde blanc ? »

Ce que les Chinois n'aiment pas à s'entendre dire par un étranger, c'est qu'ils ne détestent pas les Japonais. Pour la face, ils n'admettent pas qu'on les croie capables d'envier le progrès de leurs voisins ou incapables de les égaler s'ils le voulaient ; mais de plus en plus nombreux sont ceux qui reconnaissent la nécessité d'entrer dans les mêmes voies qu'eux pour sauvegarder leur indépendance.

Plus judicieux d'ailleurs que d'autres, certains hommes politiques japonais seraient d'avis de profiter de ces dispositions et, au lieu d'agir brutalement à l'égard de la Chine, conseillent de s'entendre amicalement avec elle. On sent nettement une campagne se développer dans ce sens au Japon. Un des partisans les plus convaincus des avantages d'une entente avec la République chinoise est l'ancien ministre à Pékin, le baron Hayashi, présentement ambassadeur à Londres. Le ministre des Finances, le baron Takahashi, professe la même opinion. Dans une brochure adressée aux fonctionnaires du gouvernement, axix personnages influents, aux membres du Corps diplomatique, il conseille l'annulation des vingt-et-une demandes du Cabinet Okimia qui ont grandement blessé les sentiments des Chinois et il plaide en faveur d'une alliance économique propre à aider à l'essor économique de la Chine et au développement commercial du Japon. « La politique du Japon vis-à-vis de la Chine, écrit-il, doit être fondée sur le principe de l'assistance mutuelle et de la coopération, en vue du développement économique de l'Orient. Tout ce qui est possible doit être fait par le Japon, même le retrait des troupes de la Chine, afin de dissiper le soupçon et la méfiance. La position politique e) financière de la Chine est à présent très instable,

mais la Chine ne peut pas attendre un concours efficace des pays d'Occident sans offrir une garantie adé* quate. Mon idée est que le gouvernement japonais devrait garantir le payement de tout emprunt étranger à la Chine et je crois que cela serait accepté par les autres membres du consortium. (^) »

Qui ne voit poindre dans cette opinion la doctrine de Monroë asiatique, « l'Asie aux Asiatiques » basée sur les affinités de race, la situation géographique, la situation internationale, l'avenir politique ? Là comme dans l'accord de 1918, évidemment suggéré par le Japon pour écarter toute intervention européenne et surtout américaine en Sibérie, comme dans le désir de cette même puissance de régler en tête à tête avec la Chine la question du Chantoiing, la même doc^

. (^) Les négociations relatives à la constitution d'uB nouveau consortium pour les affaires chinoises ont abouti^ le 15 octobre 1920^ à la signature^ à New-York| d'un contrat dé£nitil pour cinq ans entre les groupes français, anglais, américain et japonais. Chacun des quatre groupes apporte à la conmumauté les options que ses membres détiennent individuellement! ce qui implique Tabandon des anciennes zones d'iniluenoe. Le nouveau consortium^ en offrant son aide pécuniaire à la Chine, est résolu à la consacrer à des œuvres susceptibles d'améliorer la situation économique et financièff du pays.

trine apparaît et les partisans en sont en Chine peutêtre plus nombreux qu'on ne pense.

La Chine est un pays encore mystérieux, non seulement pour les explorateurs, niais pour les psychologues et les écrivains politiques. Le peuple chinois, qui paraît amorphe, est un peuple à surprise. Ses soubresauts peuvent atteindre une violence inouïe ; la révolte desTai-ping et celle des Boxers sont encore présentes à tous les esprits. Gardons-nous toutefois de dramatiser. Le « péril Jaime » — car c'est à cela qu'on revient toujours, quand on s'aventure à parler de ces choses — le péril jaime, sous la forme qu'on l'imagine habituellement n'est pas à l'horizon ; nous ne prévoyons pas encore le temps où les habitants de l'Asie encadrés par les Japonais reprendront vers l'ouest le chemin des invasions par a la route de la soie » ou quelque autre pareille. Bien des causes, du reste, peuvent modérer les ambitions japonaises, ne serait-ce que les diffîciiltés intérieures qui siu*gissent déjà dans l'Empire du Soleil Levant. Les problèmes sociaux montreront peut-être aux Japonais qui parlent d'un Japon « centre du globe, point unique où toutes les civilisations viendront se fondre en une civilisation mondiale » que décidément, ils Ont conservé un peu de la puérilité d'une nation nouvellement promue au rang de grande puissance mp*-

derne et qui n*a fait qu'imparfaitement ses écoles.

Une nation ne devient pas impunément industrielle en quelques années. Tout a marché vite au Japon, depuis un demi-siècle, et la guerre a doimé à ce pays une impulsion peut-être excessive. L'évolution de problèmes tel que le problème ouvrier, qui, ailleurs, s'est faite relativement lentement, semble devoir s'y produire avec une rapidité anormale,et de ce fait, plus dangereuse que profitable. Les usines métallurgiques de Yawata, d'Osaka, le Pittsburg japonaisjont eu leurs grèves sérieuses. Une organisation du travail s'est formée en 191 9, ayant un siège social, des cadres, des moyens d'action ; des proclamations aux ouvriers et même aux soldats ont été distribuées sous le manteau ; des corps de métiers ont demandé l'élévation des salaires et la réduction des heures de travail. Les syndicats réclament du gouvernement la reconnaissance de leur existence légale. La question ouvrière est pleinement posée.

Malgré tout, ce que nous devons retenir, c'est que des tendances au rapprochement se font jour dans les deux camps, chinois et japonais.

Prise entre son désir de s'affranchir de toute emprise étrangère et l'intérêt que peut lui sembler oSnt à présent une entente avec son voisin japonais, quel choix fera 1^ Chine? Essayera-t-elle de se trans-

fonner elle-même en «'organisant, ou s'abandonnera-t-elle aux directives japonaises ? Au vrai, il lui est déjà difficile de se dégager de la griffe nipponne. Les Japonais sont actuellement maîtres de la Corée, de Formose, ils ont la concession du territoire de Leao-tong avec Port-Arthur et Dalny, ils tiennent sous leur contrôle la Mongolie, la Mandchourie (*), encore à présent le Chantoung ; ils sont également en Sibérie orientale, depuis Sakhalin jusqu'à la baie de Posiett au-dessous de Vladivostok qu'ils convoitaient bien avant la guerre ; (*) ils ont demandé au gouvernement de la République d'Extrême-Orient, au milieu de 1921, d'ouvrir à leur commerce les villes de Khabarovsk, Blagovestchensk sur l'Amour et de Tchita, afin d'encercler de leur influence commer-

(*) C'est surtout le contrôle des voies ferrées qu'ils veulent exercer en Mandchourie.

(*) Les desiderata japonais dont on entendait souvent parler en Extrême-Orient, au lendemain même de la guerre, étaient les suivants : 1° occupation de la baie de Posiett ; 2^ occupation du nord de Sakhalin ; 3** suppression des droits de douane jusqu'au lac Baïkal ; 4® suppression des troupes russes jusqu'au même point ; 5® droit de s'installer et de posséder en Sibérie orientale ; 6<* rétrocession des droits de la Russie sur la Mongolie. Le premier de ces desiderata a seul été satisfait jusqu'ici.

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ciale d'abord, la Mandchourie tout entière. Ils ont réclamé en même temps la liberté de navigation sur l'Amour. Les grandes nations de race blanche les ont laissés faire sans comprendre que le Japon devenant une véritable puissance continentale, ce n'était pas seulement l'équilibre asiatique qui était rompu, mais l'équilibre mondial. L'Amérique alla jiisqu'à reconnaître au Japon « des intérêts spéciaux en Chine » par la convention signée à Washington, le 2 novembre 191 7, par le secrétaire d'État Robert Lansing et le vicomte Ishii, alors ambassadeur du Japon aux États-Unis.

Certains de ceux qui souhaitent que la Chine prospère dans une paix solide, se demandent si le fédéralisme n'est pas la forme politique qui lui conviendrait le mieux. Nous le croyons, quant à nous ; mais la réalisation nous en paraît difficile, vu la différence économique qui règne entre les provinces, les unes riches, pleines de ressources, les autres pauvres et enclines à arracher de force ce qui leur manque à des voisines plus fortunées. Si le fédéralisme devait être le régime de demain, il vaudrait peut-être mieux que ce fût sous la forme de groupes de provinces, constituant des équilibres économiques reliés

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entre eux par tine autorité supérieure forte, que sous la forme à laquelle on pense généralement. Mais pour le moment, on est bien obligé de reconnaître que la bonne organisation intérieure des provinces souhaitée par les partisans du fédéralisme n'est guère en voie de réalisation.

En tout cas, la séparation de droit du Nord et du Sud, la formation de deux États en Chine ne sont pas dans l'esprit des jeunes Chinois républicains qui ont puisé au contraire dans l'histoire de la Révolution française le principe de l'unité politique. C'est en dépit de l'énormité de la Chine et de sa population, en dépit de la séparation de fait du Nord et du Sud, vers cette unité qu'ils se sentent poussés.

C'est une singulière erreiu: que de comparer le problème de l'unité de la Chine à celui de l'unité des Ëtats d'Europe. Où trouve*t-on donc partout en Europe ces caractères idéographiques qui permettent aux Chinois, du nord au sud delà Chine, de se comprendre, même s'ils ne parlent pas le même idiome ; où trouve-t-on entre nations eiuropéennes, ce sentiment de solidarité dont nous avons plus haut signalée l'éveil entre les populations des diverses provinces de la Chine ? La Chine n'est pas une nation, avons-nous dit nous-même> du moins

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elle ne Test pas encore, mais elle n'est pas seulement une civilisation, elle est un peuple, c'est-àdire une masse d'hommes préparés par leurs habitudes de penser et d'agir à ressentir les mêmes impressions et à y répondre instinctivement par de communes mesures. Or, l'histoire de la Chine montre une série de luttes extérieures et intérieures qui tendent à constituer l'unité du territoire. Mais la cause de toutes ces luttes d'hier et d'aujourd'hui, au moins de celles qui ont lieu entre le gouvernement et les provinces ou entre provinces, c'est encore le manque de sentiment national et d'amour de la patrie.

« Les gens qui s'inquiètent du sort de la Chine craignent fort que la crise financière ne caxise sa perte, écrivait dans un rapport au président de la République chinoise, M. Lou Tseng-Tsiang, à son retour de la Conférence de la Paix. A mon humble avis, ce n'est pas cela, mais le défaut de patriotisme de nos compatriotes que nous devons redouter aujourd'hui. Les précédents que l'on pourra facilement trouver dans l'histoire, les récents exemples que nous donnent les puissances amies sont là pour nous prouver que le seul moyen de sauver notre pays de la ruine est dans le relèvement du sentiment patriotique de notre peuple. »

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