‹ L'évolution de la Chine: politique et tendancesChapitre 28 sur 37 · ÉVEIL DD SENTIMENT NATIONAL · texte numérisé non relu

ÉVEIL DD SENTIMENT NATIONAL

Nous avons essayé de démontrer que ce sentiment s'éveillait en Chine. L'instruction ne pourra que l'accentuer en faisant connaître aux jeunes générations ce que sont les nations du monde et ce qu'est une patrie. La réforme de l'enseignement dont il sera question dans un autre chapitre s'accomplit sur tout le territoire. Elle est indispensable. « Les traditions sont secouées, écrivait Edmond Rottach, et comme le désordre ne peut durer, il faut des principes qui tiennent la place des traditions ; quand la confiance est ébranlée, il est indispensable que les convictions puissent se former, que la raison supplée l'usage. C'est le travail de l'Université : c'est à Valma mater d'être génératrice de l'ordre nouveau. La Chine de demain, la Chine moderne imposée du dehors, comme les peuples neufs ou rajeunis, comme l'Amérique ou la France après 1789, pour rester autonome — intacte ou non — a besoin d'un enseignement approprié à la situation nouvelle (^). »

Avec la notion et l'amour de la patrie, viendra le désir d'élever celle-ci au rang des premières nations modernes. Les progrès matériels seront donc recherchés et les Chinois comprendront la nécessité d'aug-

(^) Edmond Rottach, La Chine moderne (Pierre Roger «t Cle), p. 258.

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menter leurs moyens de transport, d'ouvrir et d'exploiter leurs mines, de réformer leur monnaie, etc. Ce n'est certes pas en quelques années que la transformation et la modernisation de la Chine pourront se réaliser ; mais c'est déjà très beau de pouvoir constater ce qui s'y est fait au cours de ces dernières années, a Pour donner à la Chine ce qu'elle mérita, disait dernièremem le D'^ W, W. Yen, ministre actuel des Affaires étrangkes de Chine, nous devons former dans notre esprit d'abord le tableau dti pays d'il y a quarante ou seulement vingt ans et ensuite le tableau de nos joun^ et alors noua nous demanderons si quelques chargements ou quelques progrès n'ont pas eu lieu... Je me souviens encore de ma ptemière visite à Pékin en 1906, il y a seulement quinze ans. A ce cooment' là M. Tang Chao-Yi révolta les censeurs impériaux parce qu'il avait une voiture traînée par des chevaux, encore que celle-ci eût la forme d'une chaise à porteur pour se conformer à l'usage. Le prince King avait une. voiture, mais il n'osait pas s'en servir... Jetons un coup d'œil, ajoutait le ministre, sur le développement prodigieux de la presse. Qua&d j'étais enfant, je lisais des journaiix de Shai^ghaï ^ je me souviens encore de leur contenu. On y lisait un article de fond discutant sérieusement les désa-

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vsmtages qu'il y aurait à introduire dos chemins de fer en Chine, les décrets impériaux et quelques nouvelles locales annonçant l'arrivée et le départ de hauts fonctionnaires, etc. Examinons maintenant un grand journal de Shanghaï/ On y voit un excellent service télégraphique de Pékin, Tientsin et autres centres. On y lit aussi les nouvelles mondiales traduites des joiu'naux japonais et occidentaux. Les notes éditoriales ne sont plus longues et stupides comme auparavant, mais coiutes, substantielles et sarcastîques. »

Le fait est que Ton compte des centaines de journaux ou de revues répandus sur le territoire chinois. Quelle que soit cette presse et sa dépendance à l'égard d'im parti, d'un homme politique ou d'un simple particulier, elle n'en touche pas moins un nombre considérable de lettrés, de notables et de marchands qui, grâce à elle, prennent l'habitude de regarder au delà des limites étroites de leurs propres affaires. Dans la Chine d'il y a quarante ans, les idées des Européens et des Américains n'étaient pas même exprimées, leurs livres ne pénétraient pas, leur enseignement par la parole et par la plume ne se donnait point. N'est-ce rien, en vérité, que l'apport de tout cela et n'est-il pas, au contraire, à penser que Cte choses nouvelles jointes à la venue d'étrangers de

plus en plus nombreux, sont de nature à modifier peu à peu l'esprit public ?

« Depuis 1912, tout est changé et sans retour. » Nous nous empressons d'en convenir avec le P. Weger, mais un lent travail, à notre avis, devra s'opérer dans le peuple, et lointain encore est le jour où la semence jetée dans le sol chinois donnera ime saine et abondante récolte.

En bref, nous croyons au progrès futur de la Chine, nous croyons à l'avenir du peuple chinois ; mais pas plus que le P. Wieger, nous ne nous risquerions à fixer la date de sa réalisation, ni à dire dans quelles conditions il se réalisera.

Le Chinois qui n'a jamais fait œuvre d'intérêt vraiment national est-il homme à se transformer luimême, autrement dit la notion de patrie s'miposerat-elle assez à son esprit pour qu'il veuille à tout prix mettre chez lui l'ordre indispensable ?

Mais le sort de l'État est une chose et le progrès du peuple en est une autre. Nous voulons croire à un développement tel du sentiment national en Chine que ce pays devienne capable d'ordonner seul sa vie politique dans toutes ses fonctions ; mais en serait-il autrement, l'État chinois recourrait-il pour cela à l'aide amicale du dehors, que le peuple chi-

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