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LA CHINE ET LA QUESTION D'EXTRÊME- ORIENT - FRANCE, CHINE, INDO-CHINE

CE que nous avons dit des Japonais dans le chapitre précédent, nous amène à parler d'une question que l'opinion publique pouvait déjà pressentir au lendemain même de la grande guerre, dans les décisions de la Conférence de la Paix : la question d'Extrême-Orient.

Cette question est rapidement devenue d'actualité. En France, l'opinion paraît avoir acquis le sentiment très net qu'elle est irrémédiablement posée. L'instinct de la foule est généralement sûr. En fait, la plupart de ceux qui font métier d'observer les contingences politiques du monde sont arrivés par l'analyse à la même conclusion, c'est-à-dire à l'existence de deux groupes d'intérêts particulièrement

î. A OtÊSTlON D'BXTRfiMË-OïlIENT Ï5t

Opposés en Extrême-Orient, d'intërêtl fondés sur deux politiques diamétralement contraires : celle dit« de « la porte ouverte » et celle du monopole, d'intérêts ^ tellement vastes enfin qu'aucune puissance, peut-on dire, n'y demeure tout à fait indifférente. Nous voyons d'une part, une nation colossalement riche, -^'5 ^^^ admirablement douée pour les affaires, munie pour la lutte économique d'un très puissant outillage, et y^,\7^ en f»ême t«mps armée de neuf sur terre et sur mer et entraînée à la guerre par la guerre même et la plus dure qui fut jamais ; d'autre part, nous voyons un peuple modernisé de race jaune, travailleur, industrieux, mais orgueilleux au delà de toute expression, d'esprit militaire et conquérant, démesurément ambitieux, naturellement apte à se faire comprendre des jatmes et habile à se servir tour à tour et suivant les besoins de la cause, d'arguments de violence et de persuasion.

La question dont nous parlons est de celles dont la solution ne saurait être préjugée quand on ne veut pas errer dans le domaine de l'imagination et de la fantaisie,et que l'on tient, au contraire, à rester les deux pieds au sol, à observer les réalités. Les déductions toutefois sont permises et, si la solution reste un mystère, l'existence même de la question ne fait point de doute.

Nous n'insisterons pas sur les faits qui en témoignent et qui en sont comme les préludes. Nous éviterons d'irriter les intéressés en étalant leurs griefs réciproques ou en relevant les mesures que nous leur voyons prendre, en dépit de protestations réitérées d'intentions purement pacifiques. Aussi bien ces griefs apparents ne constituent-ils pas le fond même de la question qui est d'une autre envergure 111 est permis à quelqu'un d'étranger aux affaires d'Extrême-Orient d'écrire : « Il y a trop de bon sens des deux côtés de l'Atlantique, trop, de prudence des deux côtés du Pacifique* pour qu'on puisse supposer .qu'une misérable affaire de pétroles ou de câbles électriques puisse déchaîner une nouvelle catastrophe mondiale (*) » ; mais quiconque a tant soit peu la

(*) Allusion aux difficultés nippo-américaines au sujet de l'île de Yap et à la concurrence anglo-américaine sur le pétrole dans le monde. L'île de Yap, ancienne possession allemande du Pacifique, située à l'extréniité nordest des îles Palaos et à l'extrémité ouest des îlesCarolines, à mi-chemin entre le Japon et l'Australie, est un point de relais de trois câbles sous-marins qui le relient d'une part à Shanghaï, de l'autre à Bornéo et enfin à l'île américaine de Guam où passe également le câble qui relie San Francisco aux Philippines.

En vertu des accords conclus en 1917 par le Japon avec la France, l'Angleterre, l'Italie et la Russie, elle

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« connaissance de l'Est » sait que « Yap n'est qu'un symbole de ce qui nous apparue comme le but pour-

devait revenir bu Japon comme les autiei posseï aUemandes situdes au nord de l'Equateur, celles « au sud étant attribuées à l'Auitralie et à la Nou Zélande. Le traité de Versailles a stipulé U lenoDci de l'Allemagne à ses colonies en laveur des puisa alliées et asaociées, laissant à des accord» ultériei soin de fixer la répartition et le régime de ces col Lïi Ëtats-Unis se sont élevés contre l'attributif Japon du mandat sur Yap, dans une note du 4 aTii) adressée aux puieeances alliées et qui contient 1< sage suivant :

• ... Le consentement des États-Unis n'a jama donné en ce qui concerne les termes spécifique mandats ou leur acceptation par cbacune des princ puiasanceB alliées. Le consentement des États-Un essentiel à l'attribution des mandats et à leurs c après que l'accord a été fait avec cette attributioi gouvernement est donc en droit de regretter qu'ap malgré ses protestations, on ait tenté d'élaboré projets ou d'établir des mandats prétendant tég ■ort des !les du Pacifique y compris Yap, et qu'un dat ait été approuve ou qu'on ait essayé de le met vigueur, mandat qu'on prétendait Stre attribué ax des EtatH-Unis alors que ces derniers n'y avaiei donné leur assentiment. Les Etats-Unis espèren cette décision, qui paraît avoir été adoptée par d'un malentendu, sera examinée de car aucun traité n'a jamais été conclu a

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suivi par le8 Japonais : la domiiution à la fois des eaux et du continent asiatiques (^) ».

S'il est regrettable d'être obligé de parler d'un conflit éventuel, d'une phase violente consécutive à la phase diplomatique et économique active ouv^e en Extrâme^-Orienty il ne £aut s^en j^endre qu'à la nature humaine qui est partout et toujours identique à elle-même. Nous savons que jouer les Cassandre au lendemain d'une g\ierre comme celle qui vient de se clore est un rôle ingrat. Sottise, diront les uns ; avis au moins prématuré, diront les plus condlisnts. N'en déplaise à ceux dont nous provoquerons les railleries ou la mauvaise humeur, l'heure de prévoir ne vient jamais trop tôt. L'illusion pacifiste est la

L'Olxis néfaste de toutes celles qui amenèrent la France en 1914 au bord de l'abîme. Ceux qui n'entrevoient

/ pour l'avenir que la lutte de classes ignorent le monde. La lutte de classes, l'internationalisme ouvrier contre le capitalisme, tout cela s'évanouit, disparaît

■ /^ien un clin d'œil — on l'a vu — quand sont en jeu les intérêts de la nation. Or, les causes de discorde

Unis en ce qui touche Tîle de Yap et personne n*a jaxns^s été autorisé à céder ni à abandonner les droits et les inté-^ rets des États-Unis sur cette tle... b

{*) Article de Frank Simondg dans le NefV-tarh HêrM du 5 août 1931.

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entre nations ne manquent pas : l'application du principe des nationalités ne les écartera pas plus en tn-< i v^. Europe que le dogme de l'équilibre ; en Asie, la concurrence économique, les haines de races, des ^/. croyances plus ou moins mystiques à des destinées sublimes, la course à Thégémonie mondiale les fendent non moins certaines.

La Conférence de Washington, dont les Américains

ont pris l'initiative et dont la date vient d'être fixée

au moment où nous écrivons, pourra-t-elle écarter

définitivement ou seulement retarder le conflit que

nous redoutons? L'avenir le dira. Elle prouve, en

tout cas, Furgente nécessité que voit le gouverne-

ment des États-Unis à tâcher de s^entendre avec k

Japon. Cependant, qu'on nous permette de dire que

prétendre contraindre le Japon à montrer son jeu

devant « le monde entier », c'est faire preuve, à notre

avis,de peu d'expérience des Extrêmes-Orientaux et

des Japonais en particulier. Nous ajouterons que le

procédé peut produire un effet tout opposé à celui

que chacun doit souhaiter, à savoir : la consolidation

de la paix dans le monde. Le gouvernement de Tokio

fait déjà des réserves, parle de points reconnus par

le traité de Versailles sur lesquels il n'entend pas que

la Conférence revienne. Pour le reste, il se montre

plein d'empressement, quitte à n'en faire par la

suite qu'à sa tête. Et si quelqu'un s'avisait de l'en empêcher, à quoi aurait servi la Conférence? D'ici la date du 11 novembre,fixée pour l'ouverture de la Conférence, bien des choses seront écrites sur la dite Conférence ; mais d'ores et déjà l'on peut constater que ceux-là même qui l'ont provoquée, ne / semblent pas très convaincus de son efficacité. Le correspondant de la Chicago Tribune à Washington, dans im article qui paraît inspiré, écrit : « Il se peut que la Conférence n'ait pas pour résultat le désaimement ou un accord en ce qui concerne l'Extrême- Orient, mais la discussion de ces objets sera ouvertement poursuivie devant le monde entier et chacun ', t saura ainsi pourquoi, leci^ éçhéai^î, les buts n'ont ^pas' été atteints. » Il est clair qu'après un résultat négatif sur la question du desarmement, les intéressés, au lieu de désarmer, armeraient de plus belle. Des journaux américains estiment que la Conférence fournira en tout cas l'occasion de revenir sur l'accord Lansing-Ishii et d'en fixer exactement le sens. Le 22 octobre 1917, quelques jours avant que cet accord fût conclu, l'ambassadeur de Russie à Tokio, M. Kroupensky, télégraphiait à son gouvernement :

« Les Japonais manifestent de plus en plus clairement une tendance à interpréter la position spéciale

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