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LE PASSÉ CHINOIS II

ment, depuis les écoles populaires jusqu'à l'Université gouvernementale de Pékin ont entendu parler du conflit et leur intelligence a été plus ou moins sollicitée de s'y arrêter. C'est pourquoi l'on peut dire sans crainte de se tromper que la guerre, après la révolution de 1911, est pour la Chine le point de départ d'une évolution certaine.

Mais avant d'arriver à cette période toute récente de la politique chinoise, nous essayerons de synthétiser le vieil esprit chinois et celui des réformateurs et nous verrons ce qu'ont été le mouvement réformiste et la révolution.

La politique chinoise fut de tout temps très compliquée. La politique moderne l'est encore pour les Chinois comme pour nous-mêmes ; cela ne veut pas dire qu'il soit difficile d'en exposer les faits, de parler des institutions et des partis, mais ce qui dans la pratique différencie tout cela de ce que l'on voit en Europe, c'est l'imprécisioiL-des tendances, des orientations et de la raison d'être des faits. Cela tient moins à l'étendue du pays et à son immense population — car peu d'hommes relativement s'occupent de politique en Chine — qu'à la tournure d'esprit

des Chinois. Le Chinois est ondoyant et divers. Sa politique lui ressemble ; elle déconcerte nos esprits précis. Il est malaisé d'en saisir les directives du moment : on ne sait jamais où elle va. M. de Margerie qui fut un de nos représentants les plus distingués à Pékin disait : « L'on n'a ici que des impressions sans pouvoir se faire une opinion. »

Cependant, de cette imprécision, se dégagent peu à peu dans la pensée de grandes lignes non seulement historiques, natnrellement tracées par les événements qui se succèdent, mais philosophiques et sociales. La pensée chinoise, contrairement à ce que l'on affirme communément, n'est pas figée depuis des siècles ; sans parler de la littérature et des arts et pour nous en tenir à la politique et à la philosophie, la Chine est loin d'être le pays le plus stable dans ses institutions, le moins changeant dans ses concepts. La Chine a fait en politique l'expérience de tous les systèmes, elle a connu toutes les doctrines philosophiques. « Les réformateurs, écrit M. Henri Cordier, n'ont jamais manqué en Chine, seulement ils se sont brisés soit devant l'inertie, soit devant la résistance que leur imposaient les partisans d'une tradition séculaire et non sans grandeur Q). »

Confucius a été pour la Chine un guide incontes-

(1) Le Correspondant^ 25 août 1919,

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