LA QUESTION D^EXTRÊME-ORIEH T
meure comme indifférente à tous ces préparatifs, à cette nouvelle course aux armements et s'abandonne à la guerre civile. Cependant, il ne manque pas chez elle d'hommes réfléchis qui pressentent l'approche de grandes heures et qui souhaitent que ces heures trouvent leur pays pacifié et uni.
Sans parler de l'éventualité de voir les eaux chinoises ou même le territoire chinois servir de champ de bataille, selon l'opinion de militaires, opinion que nous ne saurions, faute de compétence, critiquer ni défendre, il faut admettre que la Chine pourrait fournir en cas de conflit à tel ou tel État un contingent important d'hommes à employer de diverses manières et lui apporter par la variété des matières premières qu'elle recèle, une aide certaine. Nous ne saurions prévoir les contingences politiques du moment futur, ni dire jusqu'à quel point telle ou telle autre puissance que les États-Unis et le Japon, ne serait pas entraînée à s'intéresser d'une façon quelconque au conflit. Une des conséquences vraisemblables de celui-ci serait, en tout cas, pour la Chine elle-même, que le Japon, pour sa sécurité, minât ses côtes du nord-est, d'où paralysie de son commerce du nord. On peut toujoiurs être assuré qu'une guerre entre l'Amérique et le Japon aurait une répercussion dans bien des pays de l'ancien et
du nouveau monde, et naïfs sont ceux qui s'imaginent qu'ils n'auraient qu'à marquer les coups 6C n'escomptent que des profits d'une pareille aventure. L'Angleterre en particulier a piouvé à maintes reprises qu'elle n'oubliait p^s le Pacifique.EUe n'entend pas que la concurrence s'y limite aux États-Unis et au Japon ; à plus forte raison n'y souffrirait-elle pas une hégémonie américaine ou nippone. Il faut méditer sur le rapport présenté au gouvernement de Londres par l'amiral Jellicoe après sa mission de 1920 dans le Pacifique, et sur le programme de défense navale de l'Empire britannique en Extrême-Orient qu'il recommanda (^). Alors qu'il est si souvent question dans les journaux et les milieux politiques de tous les pays, de la rivalité des États-Unis et du Japon dans ces régions éloignées de l'Europe, c'est un retentissant quos ego que fit entendre par la divulgation d'un tel programme, U vieille Angleterre qui n'abdique pas. Mais l'Angleterre s'appliquera-t-elle à retenir les événements ou
(*) Ce programme spécial terriblement coûteux qui commençait par 8 dreadnoughts et 8 croiseurs de bataille n'a pas reçu de commencement d'exécution ; on sait toutefois que 4 super>dreadnought8 doivent être mis en ohantier en Angleterre, en exécution du programme naval général.
les précipitera-t-elle ? Le sort définitif de son alliance avec le Japon pourra sans doute fournir une indication sur ce point.
Quant à la France, elle a en Extrême-Orient, sur le continent asiatique et en plein Pacifique, de nombreuses possessions. Il va sans dire qu'une guerre dans ces parages ne serait pas sans répercussion sur celles-ci.
Bien des opinions ont été émises sur Tlndo-Chine. Elle a, parmi nous, ses partisans convaincus et ses détracteurs farouches. On compte principalement ce> derniers parmi nos « Africains », c'est-à-dire les Français qui n'accordent d'intérêt qu'à nos possessions d'Afrique dont la France, selon eux, devrait se contenter exclusivement, et cela, pour des raisons de proximité, de population et d'argent. Sans méconnaître la valeur de ces raisons, nous ne pouvons, en toute bonne foi, que juger mesquine pareille théorie et indigne des citoyens d'une grande puissance. Après cette guerre, le prestige de la France s'est relevé dans le monde entier, en Extrême-Orient comme ailleurs ; sans se suffire à soi-même, il aide les Français à faire respecter leur pays, et, à la veille des événements grandioses autant que graves .qu'il est permis d'envisager, nous comprendrions moins encore en Extrême-Orient qu'ailleurs, imc politique d'aban-
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don que ne justifie pas d'ailleurs l'état économique de nos possessions Q),
Qu'on nous comprenne : nous ne songeons nulle** ment à recommander \ine expansion française que le chiffre de notre popiilation ne nous permet d'ailleurs
(^) Le commerce extérieur général de l'IndoclÛBe, qui était de 569 millions et demi en 1915, a atteint,, en 1920^ 2 milliards 280 millions ; il a donc quadruplé en cinq ans, et, bien que cette formidable augmentation soit due en partie à Félévation des valeurs en douane il n'en reste pas moins que le commerce de la colonie s'est élevé pendant cinq ans d'une façon constante, et cela malgré les entraves apportées par la guerre aux relations internationales.
Le commerce spécial atteint, pour 1920, 1.S33 milHont en augmentation de 454 millions sur 1919, soit de 33 ^ /^, Cette différence est due principalement à la plus-value des importations qui sont passées de 532 à 850 millions augmentant ainsi de 60 **/o, alors que les exportations n'accusaient qu'une plus-value de 16 % (982 millions au lieu de 846).
Dans ces échanges, la part de la France, en 1920, est de 26,3 ^/o dans les importations (14,6 % en 1919), de 15,8 o/o dans les exportations (17,2 % en 1919) et de 20,6 o/o dans le commerce total (16 % en 1919) ; la part des autres colonies françaises est de 1,6 ^/o dans le commerce total (1,4 en 1919) : importations 1920 : 1,9 o/o au lieu de 2,5 en 1919 ; exportations 1920 î 1,4 o/o au lieu de 0,7 o/o en 1919.
PRANCE, CHINB, INDO-CHÎNE 167
pas d'envisager. Nous demandons simplement que, notre diplomatie.assurant partout notre entente avec nos voisins, nous garantisse par le monde les situations que nous y avons acquises ; autrement dit, ce que nous voulons pour la sécurité de la métropole, nous le voulons pour nos biens du dehors. La question du chiffre de la population n'a pas ici à intervenir, sinon la France elle-même serait en péril et les traités n'auraient aucune raison d'être. Faire politique de grande puissance consiste précisément pour la France à atteindre partout où elle est, par son prestige et son autorité morale, au rayonnement et à la sécurité que sa population relativement faible ne peut lui assxjrer. En cela, et justement sur le point qui nous occupe, nous croyons être en parfait accord avec notre ministre des Colonies, M. Albert Sarraut, ancien gouverneur général de Tlndo-Chine, qui nous disait un jour : « Notre politique n'est pas d'expansion ; nous voudrions seulement voir l'Indo-Chine devenir le centre d'une influence française raisonnable en Extrême-Orient. »
Ainsi les îles du Pacifique sur lesquelles flotte le drapeau de la France peuvent prendre soudain, une grande importance du fait de leur position géographique ; elles peuvent donc être convoitées ; il s'agit d'envisager cette éventualité et de savoir quelle serait alors
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notre attitude. Mais il faut surtout garder notre Indo-Chine, voisine du Yunnan, cette province de Chine que nous négligeons beaucoup trop et que nous semblons abandonner à l'influence économique de l'Angleterre et de l'Amérique. De ce point de vue du moins, la question d'Extrême-Orient nous intéresse au premier chef et nous y avons un rôle à jouer.
Or il est bon, il est essentiel que nous ayons auprès de nous une Chine amie, une Chine dont les sjrmpathies soient pour nous une sauvegarde le cas échéant. Voilà pourquoi la France doit s'appliquer à s'attirer, à se ménager de telles sympathies, à aider la Chine à se connaître elle-même en facilitant par la construction de voies ferrées la pénétration des différentes fractions de la population chinoise les unes par les autres, à l'aider dans son essor commercial dans le monde, enfin à instruire sa jeunesse des méthodes et des connaissances modernes (^). Si la France, que
(') D'après le bulletin du Bureau des Informations économiques de la République de Chine, la Chine poisède, en 1921, vingt-quatre lignes de chemins de fer d'un parcours général de 7.000 milles, soit 11.260 kilomètres. C'est insuffisant vu la superficie et la population de la Chine. Par contre, le réseau prévu est très honorable, mais la production métallurgique de la Chine, qu'on évaluait, en 1914, à 160.000 tonnes de fer brut,
nul esprit de conquête ne guide, franchement vouée à son rôle de pionnier de la civilisation occidentale, tend la main à la Chine, la confiance appellera la
ne saurait permettre la réalisation de grands projets de construction de voies ferrées. La France, dont la production métallurgique était à la même époque de 4.870.000 tonnes et qui, grâce au retour de l'Alsace et de la Lorraine, sera dans un prochain avenir de 10 millions de tonnes environ, sera particulièrement hien outillée pour fournir le matériel nécessaire à rétabliisement de voies ferrées.
Voici, d'après les mêmes sources ,1a liste des firmes étrangères installées en Chine au milieu de 1921 :
Japon