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pfulaire, elle est devenue noble ; au lieu d'être Tapanage de toutes les classes, elle est, à la suite du culte des Ancêtres, représentée ou mieux dirigée par les classes intellectuelles, les lettrés, dont les vertus n'étaient que personnelles ; de coutumière, la morale est devenue rituelle, c'est-à-dire qu'elle a cessé d'être naturelle... La piété filiale devient une doctrine officielle ; elle transforme la nation en ime vaste famille dont le chef est l'empereur ; elle est devenue le fondement d'im gouvernement qui n'a rien de chimérique, qui est réel et durable puisqu'il existe depuis des siècles. Ce dogme de la piété filiale — pivot de la machine sociale, qui dans l'ordre politique a donné à la Chine son mode de gouvernement — devait forcément, dans l'ordre religieux, créer un cxilte spécial... Et de même que dans le gouvernement, le système a continué son fonctionnement quoique son origine soit un peu oubliée, le dogme, dans la religion, a fait place au cérémonial et la pratique de la piété filiale s'est peu à peu restreinte au culte rendu aux Ancêtres. Le culte a pour grand prêtre le Fils du Ciel, l'empereur au pouvoir absolu ; c'est-à-dire qu'il a engendré l'autocratie et qu'il est, tel qu'on le comprend en Chiné, un des principaux obstacles au développement des idées de réforme et de liberté (^). »
P) « Et voilà, dans sa simplicité, le système antiquej
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Beaucoup déjeunes Chinois partagent cet avis. Les plus avancés d'entre eux inscrivaient dans leur programme de réforme après la chute de l'empire, la suppression pure et simple du ritt sacré des Ancêtres ; le révolutionnaire Sun Yat-Sen déclarait dès 1906 « que son but était de libérer les Chinois de tout ce que la loi familiale avait de trop tyrannique Q) ». Nous verrons plus loin ce qu'il faut retenir de ce programme, mais empressonsnous de dire qu'à présent, si la masse vit encore sous la tradition familiale de l'ancien régime, dans de nombreuses familles de lettrés, de notables, de commerçants, les fils, tout en restant respectueux de l'autorité paternelle, se choisissent librement une carrière, s'établissent à leur compte, possèdent, ce
basé sur la monade familiale, culminant dans le pôle -impérial, toutes les familles de l'empire étant régies par l'étoile polaire, par l'empereur, dont les officiers sont les rayons. Voilà la grande unité, la grande fraternité, l'em* pire-famille, l'idéal utopique de Confucius, qui crut bonnement que le régime patriarcal pourrait toujours suffire à l'humanité multipliée et dispersée sur la terre, » (L. VV^ie- GER, op. ciL, p. 133).
(*) Jean Rodes, La fin des Mandchous (Alcan), p. 15. Nous ferons dans ce chapitre des emprunts à cet ouvragô ainsi qu'au recueil de notes et documents de la Révolution chinoise édité en 1915 par le Journal de Pékin,
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qui n'eut pas été toléré auparavant (^) ; de là découle naturellement l'esprit d'initiative, d'entreprise,d'émulation. Ces nouveautés sont certainement légitimes, mais au lieu de tendre à faire table rase des lois^ des mœurs et des coutumes d'autrefois, les réformateurs ne pourraient-ils pas, en général, essayer d'en garder ce qu'elles avaient de bon, de chercher les raisons de la durée séculaire du plus vaste empire du monde ? Or, en tête de ces raisons, ils trouveraient le groupement familial, l'ensemble des morts et des vivants, non pas tant comme lien sentimental que comme imité sociale à laquelle se réduit la patrie, et leurs diatribes contre le confuciisme et les traditions chinoises cesseraient.
En effet, ce qui a permis au peuple chinois de se relever, de se refaire, de demeurer un, chaque fois que les pires cataclysmes se sont abattus sur lui, invasions et fléaux de toutes sortes, c'est ce qu'on pourrait appeler la politique familiale. L'individualisme chinois est tempéré par l'idée de défense du groupe familial ; l'indifférence en matière de politique, la mécoimaissance de la patrie telle que nous
(*) « Un fils, est-il dit dans le Li-King ou Livre des Rites, un des quatre livres qui forment le corps des doctrines de Confucius, ne peut rien posséder du vivant de ion père et il ne peut disposer de sa personne. »
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la concevons sont au moins remplacées par un intérêt vivace et productif d'efforts en faveur d'une fraction minime sans doute, mais midtiple de la population : 'a famille. « Toutes ces petites unités sans cohésion, indépendantes les unes des autres, égoïstes, agissant chacune pour son propre compte, semblent autant de compartiments étanches maintenant à âot im navire désemparé Q). » Autour de l'autel des ancêtres, constitué le plus souvent par une modeste tablette sur laquelle elle inscrit le nom du plus distingué des ancêtres qui à lui seul représente tous les autres, la famille, après chaque catastrophe, s'est retrouvée» regroupée, a continué à vivre, à croître et à multiplier. Ce culte des ancêtres joint au goût du travail, constitue le fondement moral qui a suffi à donner au peuple chinois une vitalité à toute épreuve.
Le goût du travail est consécutif de l'amour du gain. Le Chinois est intéressé, mais non avare. Il veut gagner le plus possible pour dépenser de même. Tel petit fabricant qui peine tout le joiir et une partie de la nuit, tel paysan qui fait des lieues pour vendre à la ville les produits de sa terre, achète beaucoup trop, à telles enseignes qu'aux époques de payement qui tombent tous les ans à dates fixes, il est obligé de vendre son mobilier pour faire face à ses échéances,
(^) Marcbi. Mommibr. Le teur é^Aêiê (Pion), p, S6S.