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PÉRIODE, ALEXANDRINE ET ROMAINE

Après les œuvres si remarquables qui nous sont parvenues grâce à la conservation de la collection hippocratique, nous ne possédons plus aucun traité chirurgical écrit jusqu’à l’ouvrage latin de Celse, qui vivait probablement sous Tibère, c’est-à-dire dans les premières années de Père chrétienne : que s’estil passé d’intéressant pour l’histoire de la chirurgie pendant ces trois siècles et demi qui séparent la fondation d’Alexandrie en Egypte (331 avant J.-C.) et le règne de Tibère (mort en Pan 37 après J.-C.)?

Nous ne pouvons répondre à cette question que par des documents de seconde main puisque toutes les œuvres originales des médecins grecs de cette époque sont perdues : nous n’en possédons en effet que des extraits avoués ou des copies sans référence, qui ont été faites par les compilateurs qui s’échelonnent entre Celse et Oribase et Paul d’Egine, c’est-à-dire entre le début de Père chrétienne et la chute de l’Empire romain. Pendant cette période de plusieurs siècles, il est donc impossible d’attribuer avec certitude à un chirurgien particulier', la paternité d’une découverte, surtout lorsqu’on connaît les habitudes des anciens auteurs qui ne citent que très rarement leurs sources et n’ont aucun scrupule à se copier mutuelle-

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ment sans le dire. Par conséquent il est tout à fait inexact de parler, comme on l’a fait souvent, de la chirurgie d’un auteur désigné par son nom, de la « chirurgie de Celse », par exemple (c’est d’autant plus faux dans ce cas particulier que Celse n’était pas même médecin, mais que ce fut un simple compilateur et rédacteur d’encyclopédie, comme nous le verrons). Au lieu de citer des noms d’auteurs, il faut, donc parler plutôt de l’état de la chirurgie à telle ou telle époque, autant qu’il nous est possible d’en juger par les ouvrages conservés que nous pouvons encore lire : par conséquent les noms des chirurgiens cités n’auront ici que la valeur de repères chronologiques.

Les documents qui ont été utilisés dans la compilation latine de Celse et par les auteurs grecs qui se succèdent jusqu’à Oribase, en passant par le fameux Galien, nous permettent de mettre en valeur deux faits qui sont très intéressants pour notre sujet; le premier, c’est qu’il y eut à Alexandrie, d’abord, et ensuite aussi en Asie Mineure, pendant les trois siècles qui précèdent l’ère chrétienne, des écoles d’anatomie et de chirurgie grecques d’une grande valeur qui firent faire à ces connaissances des progrès considérables; le second, c’est que toute la production scientifique de cette période en anatomie, médecine et chirurgie, fut V œuvre exclusive des Gi °ecs ; la contribution des Romains est à ce moment (et d’ailleurs restera toujours) à peu près nulle en ce qui concerne la médecine et la chirurgie. Ces deux notions importantes peuvent être considérées comme bien établies par tout ce que nous pouvons savoir de précis sur cette époque.

Quelques noms surnagent au milieu des textes rassemblés par Celse et les auteurs postérieurs : au point de vue anatomique, nous pouvons citer Ilérophile et Erasistrate, au point de vue chirurgical, Asclépiade de Bithynie et ses élèves.

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Les découvertes anatomiques attribuées par Celse à Hérophile et à Erasistrate qui vécurent tous deux à Alexandrie, probablement au me siècle avant J. -G., sont des plus importantes et montrent bien quelle haute valeur les connaissances médicales acquirent rapidement à la lumière de ce foyer intellectuel que le génie grec avait allumé en Egypte et qui fut, comme on l'a dit, la première « Université » que le monde ait connue. Il semble bien établi que ce furent Hérophile et Erasistrate qui pratiquèrent les premiers des dissections humaines systématiques, base essentielle de toute anatomie sérieuse; iis furent même accusés dans l’antiquité d’avoir fait des vivisections humaines sur des condamnés à mort, que le roi d’Egypte leur aurait permis de sacrifier. Ils créèrentde toutes pièces l’anatomie du système nerveux central, montrèrent les rapports des troncs nerveux périphériques avec la moelle épinière et l’encéphale, séparant ainsi définitivement les nerfs des tendons avec lesquels ils étaient toujours confondus dans les descriptions anatomiques antérieures ; il est même probable que ces anatomistes alexandrins ont vu aussi les vaisseaux chylifères du mésentère; ils parlent, en tout cas, de très fines veines qui se terminent dans des ganglions situés dans le mésentère.

Hérophile décrivit le confluent veineux occipital qui pofte encore son nom (pressoir d’Hérophile) et le quatrième ventricule avec le calamus scripto?Hvs , ainsi que les plexus choroïdes. 11 dénomme la prostate, le duodénum, l’os hyoïde et dans la description anatomique de l’œil, isola la rétine, le corps ciliaire et le vitré.

Erasistrate décrivit parfaitement la trachée jusquelà souvent confondue avec l’œsophage, les oreillettes et ies piliers tendineux des valvules du cœur.

On peut donc, sans exagération, dire que l’anatomie humaine (si faible dans les œuvres hippo-

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cratiques) s’est constituée pour la première fois en une science sérieuse à l’Ecole d’Alexandrie : elle continua à s’enrichir pendant deux ou trois siècles environ; elle atteignit, semble-t-il, son point culminant vers le premier siècle après J. -G. ; elle fut codifiée ensuitedans l’œuvre écrite de Galien et à partir de ce moment ne progressa plus jusqu’à l’apparition de l’ouvrage de Vesale. Nous verrons un peu plus loin comment il paraît le plus convenable d’apprécier les écrits anatomiques de Galien; en tout cas, son œuvre est en filiation directe avec l’Ecole d’Alexandrie qui reste le foyer central d’où est venue la lumière.

Nous ne savons à peu près rien, sauf leur existence, sur les écoles de médecine grecques d’Asie Mineure qui se développèrent après celle d’Alexandrie : il est certain seulement qu’elles furent très prospères, sinon très originales. A Pergame, à Ephèse, à Tralles, à Milet, il exista pendant toute la fin du monde antique des centres d’études médicales d’une grande activité ; la plupart des médecins et chirurgiens grecs notables que nous verrons venir exercer à Rome, depuis le début de l’ère chrétienne jusqu’à la chute de l’Empire romain, venaient presque tous d’Asie Mineure et ce sont eux qui apportèrent à Rome les connaissances anatomiques, médicales et chirurgicales alexandrines dont ils étaient les dépositaires et qu’ils contribuèrent aussi probablement à développer. De plus, c’est dans ces villes d’Asie Mineure que les œuvres des médecins grecs furent traduites en syriaque, à la fin de la domination romaine, puis retraduites du syriaque en arabe et en hébreu et enfin retraduites en latin, au début du Moyen Age; c’est par cette voie détournée (qui n’est évidemment favorable ni à la conservation des textes, ni surtout à leur bonne in*°"igence) qu’un certain nombre d’œuvres médicales grecques parvinrent à la connaissance des médecins occidentaux au Moyen Age.

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Les grands progrès de l’anatomie a l’école d’Alexandrie, les expériences de physiologie, moins bien connues mais certaines, de la même école donnèrent à la médecine et à la chirurgie grecques, à l’époque des Ptolémées, une vive impulsion et leur permirent de réaliser des progrès très sérieux. Je mai pas à m’occuper ici de la médecine ; néanmoins je signalerai l’importance dans l’histoire des idées médicales de la secte des Empiriques, qui se forma justement au second siècle avant J. -G. ; cette secte médicale qui se réclamait des Alexandrins anatomistes et physiologistes expérimentateurs, semble avoir bien compris la première toute l’importance de la toxicologie et de la pharmacologie expérimentales.

Rappelons à ce propos que Mithridate, roi de Pont, le redoutable adversaire des Romains, est resté célèbre aussi dans l’histoire comme l’inventeur (?) de l’immunisation contre les poisons par leur absorption répétée à petite dose; il aurait même eu l'idée de s’immuniser, en absorbant le sang des canards parce que ceux-ci faisaient leur nourriture d’animaux venimeux, comme le raconte Pline l’Ancien, très probablement d’après des sources grecques (Histoire naturelle, L. 25); quelle que soit la valeur de ces récits qui renferment certainement une grosse part de légende, ils prouvent en tout cas quel intérêt avaient suscité, à cette époque, les recherches de toxicologie des médecins grecs d’Alexandrie et de leurs émules d’Asie Mineure.

Il est certain que la chirurgie >s’est développée aussi beaucoup à l’école d’Alexandrie, à la suite des découvertes d'anatomie et de physiologie : les noms manquent presque complètement, il est vrai : mais cela nous importe peu. Les chirurgiens grecs de cette époque deviennent hardis, grâce à leur nouvelle connaissance de l’anatomie ; on voit facilement la différence de valeur qui existe entre la chirurgie

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grecque, telle qu’elle est décrite dans Celse et celle des œuvres hippocratiques. Le progrès réalisé en trois siècles a été très considérable ; je répète qu’il est l’œuvre uniquement des Grecs; les Romains qui pendant ce temps/sont devenus les maîtres militaires et économiques du monde, ne prennent aucune part à cette évolution scientifique : en cela, comme en littérature et en art, ils\sont purement réceptifs et « prisonniers de leurs vaincus », suivant le mot classique d’Horace. - *

C’est, je crois, le moment de présenter au lecteur Celse, l’auteur latin dont j’ai déjà parlé à plusieurs reprises. A. Cornélius Celsus vivait, semble-t-il, sous Tibère : il est certain qu’il n’était pas médecin de profession : c’était un gentilhomme romain qui avait écrit une sorte d’encyclopédie de vulgarisation, dont son ouvrage « de re medica », n’était qu’un fragment, le seul d’ailleurs qui nous ait été conservé. Il est aujourd’hui tout à fait prouvé que Celse ne fut qu’un compilateur ou même un simple traducteur des auteurs hippocratiques, des médecins grecs d’Alexandrie et de leurs successeurs. Wellmann, qui a fait des sources de Celse une étude approfondie (1913), pense que cet auteur n’a probablement même fait que traduire tout simplement un ouvrage de vulgarisation grecque, peut-être celui qui aurait été composé par Cassius Félix, médecin de Tibère, avant l’an 26 après* J. -C. Au point de vue chirurgical, en dehors des auteurs hippocratiques, Celse cite surtout le chirurgien grec Megès, élève d’Asclépiade de Bithynie.

La fortune de l’ouvrage de vulgarisation de Celse fut singulière : peu apprécié de ses contemporains et successeurs immédiats, puisque Quintiïien dit, peu poliment, en parlant de lui « mediocri vir ingenio », il fut presque complètement ignoré pendant le Moyen Age; mais en 1478, à Florence, son traité « de re medica » fut imprimé : ce fut un grand succès; on

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l’appela le Cicéron médical et pendant trois siècles il eut plus de cent éditions! Autrefois, on le considérait comme un grand médecin et un fameux chirurgien : on parlait avec éloge de l’opération de Celse pour l'hydrocèle, des autoplaslies de Celse par glissement, etc. Aujourd’hui nous savons que son seul mérite est de nous avoir conservé et transmis la science anatomique, médicale et chirurgicale des Grecs d’Alexandrie et de leurs successeurs : sans lui, nous connaîtrions encore moins bien cette période si importante de l’histoire de la médecine; nous devons donc être en somme reconnaissants au gentilhomme romain Celse d’avoir eu le goût des compilations, des traductions et de la rédaction des ouvrages de vulgarisation; mais appeler une opération rapportée par Celse dans son ouvrage, opération de Celse, c’est à peu près aussi raisonnable que si l’on donnait dans quelques siècles le nom de Larousse aux inventions qui sont décrites dans l’encyclopédie de cet éditeur.

Le livre septième du « de re medica » de Celse" traite uniquement de la chirurgie : il nous permet de nous faire une idée nette de ce qu’elle pouvait être au début de l’ère chrétienne et aussi d’apprécier les progrès considérables que cette technique avait réalisés depuis les écrits hippocratiques, c’est-à-dire depuis plus de trois siècles et demi. Le livre huitième et dernier de l’ouvrage de Celse est consacré à l’étude des, fractures et des luxations; il est tout entier inspiré des écrits hippocratiques sur le même sujet (v. p. 58) et ne contient rien de nouveau.

Voici une analyse de ce livre septième de l’encyclopédie médicale de Celse. L’auteur commence par une définition de la chirurgie, cette troisième partie de la médecine, « celle qui soigne avec la main » par opposition aux deux premières, la diététique et la médecine pharmaceutique. Celse note, qu’en chirurgie, il est beaucoup plus facile de prouver l’effîcacité d’un

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traitement, à cause de son résultat évident dans nombre de cas ( estque ejus effectus inter omnes medicinæ partes evidentissimus). Il trace ensuite un portrait resté célèbre du chirurgien.

« Le chirurgien doit être jeune (ou du moins encore très près de la jeunesse); sa main ferme, agit posément, ne tremble pas; sa main gauche est aussi habile que sa droite : son regard est aigu et pénétrant : il est intrépide et cependant humain ; il cherche à guérir le malade; les cris ne le troublent pas, il ne doit pas se hâter ni couper moins qu’il ne faut, mais agir comme s’il n’entendait pas les gémissements de son patient ». Celse décrit ensuite les signes de l’inflammation et de la suppuration (rubor, tumor, dolor, calor), les caractères de la suppuration de bonne ou de mauvaise nature, les fistules, les extractions de projectiles, les tumeurs superficielles (kystes sébacés, ganglions suppurés, etc.). On trouve rapportée au chapitre II de la chirurgie de Celse, la méthode de traitement des abcès par l’incision, suivie de l’application d’une ventouse, qui sert à extraire le pus : il faut mettre des ventouses jusqu’à ce que toute la « matière corrompue » soit éliminée. Ce procédé de traitement des abcès par l’incision et la ventouse a été publié de nouveau il y a une quinzaine d’années par un chirurgien allemand connu et l’on en parla même à cette époque comme d’une grande découverte ! Le chapitre de la chirurgie oculaire est très complet ; on y trouve décrit le chaiazion, l’œgilops, le staphyiome, l’ectropion, les occlusions palpébrales cicatricielles, le trichiasis, etc. Mais plutôt que de faire en quelque sorte un catalogue de ce que rapporte Celse, je crois qu’il sera plus intéressant pour le lecteur de traduire plusieurs passages concernant des opérations chirurgicales importantes que l’on trouve dans cet auteur, par exemple les autoplasties (Ch. IX), les plaies pénétrantes d’abdomen

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(Ch. XYI), les cures opératoires des hydrocèles et des hernies (Ch. XX et XXI), la taille vésicale (Ch. XXVI), l’extirpation des varices (Ch. XXXI).

Les autoplasties (Ch. IX) : en cas de perte de substance cutanée lorsque par exemple la lèvre inférieure a été détruite en partie, Celse recommande de tracer deux incisions horizontales à la partie inférieure de la perte de substance à laquelle on aura donné d’abord une forme quadrilatère, puis de mobiliser les deux lambeaux ainsi formés et de les rapprocher : si la tension de ces deux lambeaux est encore trop grande, on fera de chaque côté, à une certaine distance, deux incisions courbes qui permettront alors un glissement suffisant des lambeaux qui seront réunis par la suture : c’est le procédé d’autoplastie par glissement avec deux incisions libératrices à distance, qui est excellent et très fréquemment encore employé aujourd’hui en chirurgie réparatrice.

Dans les plaies pénétrantes de l’abdomen (Ch. XVI), Celse recommande de placer le blessé sur le dos, les cuisses élevées 5 si la plaie est trop étroite, pour rentrer l’intestin hernié, il faut la débrider suffisamment, laver les intestins avec un peu d’eau et d’huile, s’ils sont d’aspect desséché. Il faut ensuite avec le doigt, ou mieux avec deux crochets, écarter les deux lèvres de la plaie pour rentrer l’intestin ; il est nécessaire de commencer par réduire les anses qui sont sorties les dernières (excellent conseil, souvent négligé par des opérateurs peu méthodiques même de nos jours;; il faut ensuite vérifier l’épiploon; s’il est noir et sphacelé, on le coupe avec des ciseaux, s’il est sain on le rentre doucement. Pour suturer la plaie abdominale, il faut prendre deux aiguilles armées de fils solides et coudre toute l’épaisseur de la paroi, en commençant par le péritoine et en faisant ressortir l’aiguille au dehors de façon à éviter la blessure de l’intestin ; on continue à suturer, en

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changeant les aiguilles de main ; ainsi se trouve réalisée une suture solide de toute la paroi avec une seule suture continue, comprenant le péritoine, les plans musculaires et la peau. On met un pansement mollement serré. Si l’intestin grêle est blessé, Celse considère le cas comme désespéré; le gros intestin peut être quelquefois, mais rarement, suturé avec succès.

Les cures opératoires des hydrocèles et des hernies sont assez difficiles à identifier avec précision dans l’ouvrage de Celse à cause du manque de précision de la nomenclature anatomique qu’emploie cet. auteur. On peut cependant comprendre en gros la nature de ces opérations : l’incision sera inguino-scrotale : la peau incisée, on écarte les deux lèvres de la plaie avec des crochets ; puis on dissocie les « membranes »; si on rencontre des vaisseaux sanguins importants, il faut les couper entre deux ligatures de fil de lin de façon à éviter une perte notable de sang; on arrive ainsi sur la collection aqueuse dans l’hydrocèle et on l’évacue; on enlève ensuite la partie malade, en respectant le testicule et le cordon. Les fils de ligature sont laissés longs et s’éliminent facilement au bout de quelques jours. Dans le cas de hernie, il faut inciser de la même façon jusqu’à la membrane moyenne (mediam tunicam), c’est-à-dire très probablement le sac herniaire; disséquer complètement cette membrane, puis l’enlever, sans léser le testicule; c’est la résection totale du sac herniaire; l’intestin est refoulé ainsi dans le ventre après ligature du sac. Quand il y a de l’épiploon adhérent dans la hernie, il faut s’il n’y en a qu’une petite portion, le refouler dans l’abdomen; si la partie d'épiploon herniée est volumineuse, il faut ou la détruire par la cautérisation (adurentibus medicamentis) ou la lier avec plusieurs fils de lin. On termine par une suture de la plaie, si on a pu rentrer l’épiploon ; si celui-ci

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a été lié ou cautérisé, il faut laisser la plaie partiellement ouverte pour l’élimination des fils ou des parties sphacélées.

La taille vésicale pour calcul est longuement décrite par Celse : il recommande de ne la faire que chez les enfants entre neuf et quatorze ans ; le malade étant placé dans la position de la taille, c’est-à-dire renversé sur le dos, les cuisses fléchies et légèrement écartées, deux doigts de la main gauche sont introduits dans l’anus pour' refouler le plus possible le calcul vers le périnée : une incision semi-lunaire périnéale est faite alors jusqu’au col de la vessie : celui-ci est coupé transversalement dans l’étendue suffisante pour apercevoir le calcul : si ce dernier est petit, on peut l’enlever avec le doigt; s’il est plus gros, il faut le faire basculer avec un crochet mousse et l’amener doucement au dehors : s’il est « épineux », c’est-à-dire recouvert d’aspérités, il faut redoubler d’altenlion pour ne pas léser la vessie en l’enlevant, ce qui pourrait amener des accidents mortels de sphacèle de cet organe ; si le calcul est trop gros pour qu’on puisse le faire sortir par l’ouverture périnéale, on peut recourir à la manœuvre d'Ammonius, manœuvre qui est une sorte de lithotritie, de broiement du calcul dans la plaie : le calcul est en effet soulevé avec un crochet mousse et écrasé : les fragments sont ensuite enlevés; mais ce procédé n’est pas sans danger, car on risque beaucoup de blesser la vessie. 11 est remarquable de signaler la très grande analogie qui existe entre l’opération de la taille vésicale telle que Celse la décrit d’après les auteurs grecs, et l’opération que Lindsay vit faire par un opérateur hindou et que j’ai déjà relatée plus haut (v. p. 48) ; il existe certainement une source commune, mais il paraît impossible de savoir si celle-ci est grecque ou hindoue.

L’extirpation des varices est très bien décrite : on

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incise la peau sur la veine variqueuse; les lèvres de la plaie sont écartées avec des crochets : la veine est disséquée de tous côtés, puis soulevée avec un crochet mousse; on coupe ensuite la veine variqueuse et quand tout le paquet est ainsi disséqué de tous côtés et les veines liées, on termine en réunissant les bords de la plaie par un emplâtre agglutinatif ». Cette opération était faite assez souvent à l’époque gréco-romaine, puisque Plutarque rapporte que le général romain Marius, le vainqueur des Cimbres et des Teutons, supporta avec beaucoup de courage la douloureuse excision de ses varices. On voit quels progrès considérables la chirurgie a faits depuis les hippocratiques sous la vigoureuse impulsion des médecins grecs d’Alexandrie et d'Asie Mineure et quelles acquisitions capitales sont des opérations précises et anatomiquement bien réglées avec hémostase par ligature des vaisseaux sanguins, comme celles que nous venons de rapporter.

L’étude de l’ouvrage, si heureusement conservé pour nous, de Celse, nous a permis d’apprécier l’évolution de la chirurgie entre les œuvres hippocratiques et l’ère chrétienne. Les œuvres de Galien vont nous rendre possible de prolonger notre étude de la chirurgie grecque jusqu’à la fin du 11e siècle après J.-C.

Un mot d’abord sur Galien (131-201 après J.-C.), cet auteur fameux dont le nom évoque d’une façon réflexe, chez tout homme moderne quelque peu cultivé, l’idée du médecin par excellence et qui symbolisa longtemps, avec Hippocrate, la médecine ancienne tout entière : son buste, en plâtre ou en bronze, à côté de celui d’Hippocrate, n’ornait-i! pas, hier encore, la cheminée de tout médecin sérieux ?

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Fils d’un architecte de Pergame, où il fit ses études de philosophie et de médecine, Galien vécut surtout à Rome, il y exerça avec le plus grand succès (du moins si l’on veut bien le croire), non seulement la médecine mais aussi la chirurgie : il s’était exercé la main, dit-il, sur les gladiateurs de Pergame et il se vante à plusieurs reprises de son habileté opératoire. L’œuvre de Galien est très volumineuse : c’est le plus copieux de tous les auteurs anciens dont les ouvrages nous soient parvenus. Galien est un écrivain, voire même un styliste : il adore les grandes phrases et les développements oratoires; pour celui qui cherche dans ses œuvres des précisions techniques, il est souvent désespérant par son bavardage grandiloquent. Il a écrit sur tous les sujets : on trouve dans ses œuvres des petits traités de philosophie, de logique, de grammaire, des ouvrages de polémique médicale et philosophique et des commentaires sur Hippocrate, qui est pour lui une sorte de Bible, où se trouve contenue la vérité et dont il importe en conséquence d’interpréter chaque mot. Galien est en somme le prototype du polygraphe.

Le volume de son œuvre impressionna si fort l’antiquité que ses écrits furent religieusement conservés par les Byzantins et c’est ce qui explique que Galien nous soit parvenu presque en entier. Il est très difficile d’apprécier exactement la valeur propre de Galien comme anatomiste et chirurgien ; il est tout de même extrêmement probable que la Eontribution' personnelle qu’il apporta au développement de ces connaissances spéciales fut minimeœt qu’il. a été avant tout le metteur en œuvre très habile des découvertes de ses devanciers, c’est-à-dire des médecins grecs d’Alexandrie et d’Asie Mineure. Longtemps on attribua à Galien des découvertes capitales en anatomie et en physiologie, telles les ^expériences sur la section partielle de la moelle épinière et sur le nerf récur-

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rent; rien n’est moins sûr que sa part directe dans ces découvertes importantes : au contraire, ii est plus que vraisemblable, d'après le ton général des écrits de cet homme vaniteux, qui prétend tout savoir et enseigner, qui n’est jamais embarrassé et trouve réponse à tout, que sa contribution personnelle à l’édification de la science anatomique et surtout de la chirurgie, a été en somme extrêmement minime. Mais Galien est un « homme représentatif » et les siècles nombreux pendant lesquels il fut considéré unanimement comme un oracle, l’ont élevé sur un piédestal si haut qu’il sera difficile de l’en faire descendre. D’ailleurs à notre point de vue, l’homme est très secondaire et ce qu’il importe d’étudier, c’est ce que son œuvre touffue peut nous révéler d’intéressant sur l’état de l’anatomie et de la chirurgie grecques à la fin du 11e siècle après J. -G.

Au point de vue anatomique, nous trouvons dans les œuvres de Galien une description déjà très correcte du squelette, des articulations et des muscles des membres : l’anatomie des vaisseaux et des nerfs et surtout celle des viscères est au contraire plutôt médiocre; elle a été faite principalement, comme on le sait, d’après les dissections de singes macaques et de porcs. L’anatomie de l’encéphale, faite d’après les bœufs, mentionne le corps calleux, le troisième et le quatrième ventricule, le canal qui les réuni!, les tubercules quadrijumeaux et l’hypophyse. Galien décrit sept paires de nerfs crâniens et tes ganglions du nerf grand sympathique.

Jusqu’à Vésale, l’anatomie galénique fut acceptée comme un dogme; nous verrons quelles difficultés les anatomistes de la Renaissance rencontrèrent pour faire admettre leurs descriptions de la structure du corps humain, quelle que fût l’évidence de ces descriptions, lorsqu’elles n’étaient pas conformes aux œuvres de Galien, considéré comme infaillible par

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tous ceux sur qui le principe d’autorité pesait alors comme un lourd carcan.

La physiologie, que Galien nous a transmise, était déjà sérieuse et comportait des expériences importantes (section partielle de la moelle épinière, section du nerf récurrent) : il y a tout lieu de penser que ces expériences ont été faites par les physiologistes de l’école d’Alexandrie, dont Galien ne serait que l’écho sonore. Cette physiologie galénique fut aussi considérée comme représentant la vérité jusqu’au début du xvne siècle, jusqu’à Harvey. Galien admet la présence du sang dans les artères, en se basant sur les opérations d’anévrysmes qui ont été faites sur le vivant : il sait que ce sang artériel vient du cœur, car le pouls s’arrête au-dessous d’une ligature artérielle; le sang veineux qui vient du foie circule à part et revient au cœur ; une partie de ce sang vase rafraîchir dans les poumons et l’autre passe dans le ventricule gauche par des pores imaginaires, qui existeraient au niveau de la cloison interventriculaire. Cette erreur de fait, vraiment incroyable, ne put être détruite que par Yésale et les anatomistes de la Renaissance. Du reste toute la théorie des mouvements du sang dans Galien est très obscure et malgré quelques expériences, semble surtout basée sur des raisonnements a priori.

Au point de vue chirurgical, les œuvres de Galien renferment un' certain nombre de faits intéressants, bien qu’aucun des ouvrages galéniques ne traite spécialement de la chirurgie en particulier. Galien insiste, après Hippocrate, sur le grand intérêt que présente, pour celui qui veut s’occuper spécialement de la chirurgie, l’étude de l’anatomie et celle des plaies par armes blanches (plaies de guerre et plaies des gladiateurs) : il parle d’une résection du sternum et d’une résection sous périoslée d’une côte qu’il aurait faites. Ses commentaires sur les traités hippocratiques des fractures, des luxations, des bandages

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sont copieux, mais ne contiennent pas grand chose de nouveau. La ligature des artères pour arrêter le sang dans les opérations que nous avons vu déjà parfaitement décrite dans Celse (v. p. 94), est aussi rapportée par Galien comme un procédé courant : il nous dit que cette ligature peut être réaliséesoit avec de la corde à boyau (c’est-à-dire du catgut), soit avec du fil de lin : il indique même où l’on peut trouver à Rome ce fil qui vient du pays des Celtes, dans une boutique de la Voie sacrée; Galien considère le fil de lin, comme préférable à la corde à boyau, car celleci « se pourrit trop facilement »; il faudra attendre en effet le catgut antiseptique de Lister pour que l’usage de cet excellent matériel de suture devienne d’une application pratique sûre et se généralise; tant que la suppuration des plaies -fut une conséquence presque nécessaire de toutes les opérations, il est certain que le fil de lin ou la soie offraient' plus de garantie pour la ligature des vaisseaux sanguins, malgré leur élimination nécessaire. Galien, dans son traité de la méthode thérapeutique, parle de différents sujets intéressant la chirurgie, tels que, la réunion des plaies, après hémostase, l’opération del’empyème, les plaies de l’abdomen, les fractures compliquées, les fistules, etc... Mais il est bien probable que l’infatigable écrivain n’est dans tout cela que l’écho des chirurgiens grecs antérieurs et contemporains qu’il cite peu ou prou; la comparaison avec les passages chirurgicaux d’Oribase où les noms des auteurs sont toujours fidèlement rapportés (v. p. 120) permet en tout cas de le croire.

Ce qu’il y a peut-être de plus remarquable à la lecture des œuvres de Galien, c’est de voir la précision que le langage de la pathologie avait atteint à cette époque chez les Grecs. Dès ce moment un grand nombre des termes qui servent à désigner les maladies chirurgicales sont fixés ; ce sont ceux que nous utilisons

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encore aujourd’hui : le curieux traité galénique des « définitions médicales » (horoi iatricoi) est toul à fait intéressant à cet égard : ces définitions précises pathologiques etanatorniques, valent infiniment mieuxdans leur brièveté que les longs discours pathogéniques de l’intarissable philosophe médecin. J’en citerai quelques-unes ici à titre d’exemples : « Le tétanos estime contracture des muscles et des tendons de tout le corps ; les mâchoires et le cou sont contracturés; les dents serrées et. la tête ne peut être fléchie ni en avant ni en arrière : emprosthotonos, c’est quand la tête est fléchie >et contracturée en avant : opisthotonos, quand la tête est fixée en arrière par la contracture (défin. 237) a L’ischurie » ou rétention d’urine reconnaît plusieurs causes ; l’inflammation, le cancer, des caillots de sang, la paralysie vésicale, la lithiase vésicale, l’enclavement d’un calcul, une maladie des reins » (286) « L’œdème est un gonflement pâle, mou et indolent à la pression » (386) ». Exomphale est une saillie anormale de l’ombilic qui a plusieurs causes : épiploomphale, quand c’est l’épiploon qui est dans la saillie; entéromphale, quand c’est l’intestin ; hydromphale, quand c’est du liquide qui est accumulé dans la poche » (404- 407). « Les tumeurs contenues dans les bourses sont les hydrocèles, ou accumulation de liquide ; l’entérocèle est l’entrée progressive ou soudaine de l’intestin dans le scrotum ; elle peut être due à un effort, à un coup ou à une distension progressive du péritoine; épiplocèle est la descente de l’épiploon dans le scrotum ; cirsocèle (nous disons aujourd’hui bien plus mal, varicocèle) est la dilatation et l’augmentation de volume des vaisseaux du testicule ; entéro-épiplocèle est l’entrée dans le scrotum à la fois de l’intestin et de l’épiploon (423-431). » Il est bien évident que des définitions aussi précises ont pour base une étude anatomique et clinique déjà très avancée de toutes ces affections chirurgicales.

l’évolution de la chirurgie

Les progrès que l’œuvre de Galien nous permet d’entrevoir comme ayant été accomplis en anatomie et en chirurgie depuis Gelse sont certainement notables, cependant ils n’ont pas à beaucoup près la même importance que ceux que nous avons pu juger déjà réalisés, entre les écrits hippocratiques et Gelse (v. p. 96). La chirurgie s’est encore enhardie : elle fait des résections osseuses, des ligatures vasculaires et des opérations d’anévrismes. Une partie de l’arsenal instrumental de cette époque nous a été conservée heureusement dans les ruines de Pompéï et d’ilerculanum : ce sont des documents très précieux pour nous que ces sondes, trocarts, spéculums, pinces, ciseaux, daviers et lancettes de formes variées qui existent dans la collection du musée de Naples. Ges instruments sont pour la plupart en bronze, ce qui ne veut pas dire qu’il n’y eût pas d’instruments en acier chez les anciens : nous savons que les Grecs connaissaient l’acier et d’ailleurs avec des minerais de fer très riches, comme ceux dont se servaient les anciens métallurgistes, et le charbon de bois, employé comme combustible, on obtient aussi facilement de l’acier que du fer; de nos jours encore des primitifs d’Afrique fabriquent d’excellents aciers, dans ces conditions : mais tous les instruments construits en acier ont été détruits pour la plupart et c’est ce qui explique que nous ne possédions guère que des outils chirurgicaux en bronze, alliage métallique bien plus résistant aux injures du temps. Ces instruments grécoromains conservés sont très bien construits et souvent même très ingénieux : tels ces spéculums trivalves, avec une vis qui permettait un écartement puissant des trois branches et qui témoignent d’une technique déjà très avancée ; tels aussi ces trocarts et ces sondes

CHIRURGIE GRECQUE

uréthrales dont la courbure est bien calculée et rappelle la sonde métallique de J.-L. Petit (xvme siècle). Il importe du reste de remarquer que les instruments fondamentaux de l’arsenal chirurgical, y compris même le trépan dont j’ai déjà parlé plus haut, sont très anciennement connus : on a retrouvé les plus essentiels dès l’àge de bronze dans les fouilles : par exemple les ciseaux, de toute taille, coupant soit directement sans croisement des lames, soit comme nos vrais ciseaux modernes avec des lames entrecroisées : les pinces du genre pince à disséquer (en latin, volsella) qui pouvaient servir de pince à épiler quand elles étaient fines ;

(il en existe plusieurs modèles dans la collection de Pompéï) ; les pinces à traction (forceps) ayant soit la forme de nos pincettes à feu, soit la forme définitive du davier et de tous les instruments du môme ordre à mors croisés, comme la pince du forgeron, faite

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pour saisir solidement et main- vaiVe en bronze, grécotenir le fer rouge sur l’enclume ; romain, trouvé à Pompéï.

les crochets (uncus) instruments terminés par un bec recourbé, mousse ou pointu suivant les cas, qui peut agir soit comme écarteur, soit comme tracteur. La seringue avec corps de pompe et piston, permettant d’aspirer et de refouler un liquide était connue depuis Héron d’Alexandrie (11e siècle avant J. -G.). Tous ces instruments en bronze que nous retrouvons à Pompéï, ceux aussi qui ont été trouvés à Paris en 1880 (trousse d’un chirurgien gallo-romain du me siècle après J. -G.) sont certainement les outils auxquels font allusion les

Fig. 5 à 12. — Instruments chirurgicaux gréco-romains trouvés à Pompéi et conservés au musée de Naples. — On remarquera l’identité foncière de ces instruments et des instruments modernes correspondants représentés'&ur la figure 13 à 20.

Fig. 13 à 20. — Instruments modernes correspondants à ceux de la figure 5 à 12 (1, pince à disséquer; 2, cisaille; 3, pince à traction; 4, davier; 5, trocart à ponction; 6, sonde uréthrale pour homme; 7, spéculum dilatateur ; 8, sonde uréthrale pour femme).

106 l’évolution de la chirurgie

descriptions de Gelse et celles d’Oribase, que je rapporterai plus loin; il existait même parmi ces instruments un trépan, dit « abaptista », c’est-à-dire qui ne s’enfonce pas, qui ne plonge pas; il était en effet pourvu d'un rebord circulaire au-dessus de la pointe qui avait la forme d’une mèche de vilebrequin ; les anciens chirurgiens grecs se servaient aussi d’un protège dure-mère (méningophylax) ! Avec des modifications de détails (mais seulement de détails), ces instruments, fabriqués plus tard uniquement en acier, resteront la base essentielle de l’arsenal chirurgical de tous les temps; tant il est vrai que l’ingéniosité de construction mécanique est chez l’homme un instinct primitif; l’intelligence réfléchie pourra dans la suite rendre plus efficaces les découvertes de l’instinct de combinaison primitif et en multiplier énormément le rendement, cela va sans dire; mais les idées essentielles qui ont déterminé la forme même des instruments sont extrêmement anciennes et ceux-ci sont si bien construits pour remplir leur but qu’il n’y a presque jamais intérêt à les modifier radicalement; il faut savoir simplement les adapter de mieux en mieux aux besoins nouveaux.

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Entre l’époque de Gelse et celle de Galien, trois noms seulement de chirurgiens peuvent être cités : ce sont ceux d’Héliodore, d’Archigènes et d’Antyllus, tous grecs naturellement. Héliodore et Archigène sont mentionnés par Juvénal, comme ayant à Rome une grande réputation ; Héliodore est même accusé par cet auteur de pratiquer certaines castrations de complaisance (Satire VI, vers 373) ; mais il est bien certain qu’il ne faut attacher qu’une importance tout à fait secondaire à ce que dit le satirique virulent et déclamateur. Autant que nous pouvons le savoir par

Fig. 21 à 25.

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