‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 106 sur 164 · C. — Réaction rationaliste · texte numérisé non relu

C. — Réaction rationaliste

On entend ordinairement par rationalisme les systèmes qui rejettent toute révélation surnaturelle et prétendent que l'homme doit se contenter des lumières de la raison. Les théories dont nous avons à nous occuper ici admettent, au contraire, la révélation surnaturelle, mais réclament pour la raison le pouvoir et le devoir de démontrer la vérité des dogmes en justifiant et expliquant leur contenu.

Le système-type est celui de Hermès \ Son point de départ est le doute, non le doute méthodique, hypothétique de Descartes, mais un doute positif, absolu, universel. La raison seule permet à l'homme d'en sortir : la raison spéculatwe s'il s'agit de vérités nécessaires; nous sommes alors dans l'impossibilité de penser autrement, ((enchaînés», comme il le dit, « vendus » à la nécessité insurmontable de penser de la sorte. Mais le domaine de la raison spéculative est limité ; il ne comprend point, par exemple, les vérités d'ordre physique (existence des autres hommes, etc..) ni les faits historiques. C'est la raison pratique, morale, qui ne pouvant s'exercer qu'en présupposant certaines affirmations des faits physiques ou historiques, implique par là même la réalité, la vérité de ces faits. Exemple : la raison pratique m'ordonne de respecter la dignité humaine en moi et dans les autres; donc les autres hommes existent ; et comme la vie morale suppose que l'homme doit non seulement s'instruire par sa propre expérience, mais profiter de l'expérience qu'ont acquise les autres dans le passé, voilà légitimée la croyance aux souvenirs de l'histoire.

Hermès applique sa doctrine à la religion : Nous devons, dit-il, renoncer à tous les systèmes, soit de théologie, soit de religion, si nous ne les avons certainement ou théoriquement reconnus pour vrais ; résultat que nous pourrons obtenir lorsque nous aurons fait naître dans notre esprit l'intime conviction que ni le catholicisme, ni le christianisme en général, n'est vrai parce que nous sommes nés dans son sein, et que, suivant les justes et saintes inspirations de la conscience, nous embrasserons le système

LE FIDÉISME AVANT LE CONCILE DU VATICAN l6l

de religion qui nous sera désigné comme vrai par la raison. Car elle est l'unique règle que l'auteur de notre être nous a donnée, dès la naissance. Cette manifestation intérieure réclame impérieusement que nous la suivions partout oîi elle voudra bien nous conduire. En second lieu, nous devons être prêts à suivre l'oracle de la raison, qu'elle soit en contradiction ou non avec les doctrines théologiques ou religieuses enseignées jusqu'ici; ce serait pécher gravement contre la raison que d'agir autrement.

Or ce n'est pas en vertu des preuves habituelles, prophéties, miracles, que nous arriverons à la foi. Comment y parviendrons-nous?

Si nous sommes ignorants, ce sera par la raison pratique : puisque nous ne pouvons parvenir à la vérité par la raison spéculative, nous devons donc recourir à la révélation ; ce devoir nous garantit la vérité de ladite révélation.

Si nous sommes philosophes, le même motif pratique n'existe pas pour nous, mais il existe pour les autres et cela nous suffit. Puis, chaque dogme est examiné par la raison spéculative qui en dégage le sens rationnel, vrai, s'imposant à l'esprit. Par exemple, soit le dogme du péché originel. Je passerai en revue les diverses opinions, hypothèses, et constaterai que je ne puis m'arrêter à aucune. Mais voici un sens rationnel qui se présente à mon esprit : Le péché originel serait le défaut d'équilibre entre la raison et les sens, la concupiscence désordonnée qui nous est transmise par hérédité ; une créature désormais ainsi constituée ne peut que déplaire à un Dieu saint. Voilà un sens rationnel qui s'impose h moi ; je crois donc au péché originel.

Hébert. ii

Il n'y a qu'un malheur : c'est que ce n'est pas du tout cela qu'enseigne l'Eglise sous ce nom ; et pour les autres dogmes, Hermès est en général toujours en deçà, ou au delà, toujours à côté de la doctrine orthodoxe. Les trois volumes de la Dogmatique de Hermès, parus après sa mort, furent condamnés par Rome en i835 et i836.

D'autres constructions religieuses rationnelles furent tentées par Gunther (1788 à i863), Baltzer qui passa de l'Hermésianisme au Gunthérianisme, Frohschammer qui affirmait, en particulier, pouvoir démontrer l'Incarnation \

Nous avons donc devant nous les deux extrêmes : V intellectualisme pur d'un Hermès, d'un Gunther, le sentimentalisme pur d'un Schleiermacher. Nous allons voir comment l'Eglise catholique, dans son enseignement au Concile du Vatican, a cherché à tenir le juste milieu.

I. Tous ces systèmes furent condamnés par Rome, Gunther en 1857, Baltzer en 1860, Frohschammer en 1862. Ces deux derniers refusèrent de se rétracter. Cf. Vacant. Etudes théologiques sur les constitutions du Concile du Vatican, t. I, articles 20 à 23.

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