Cf. Autour d'un petit livre, p
3. Autour, etc...,Tp. xxv. Cf. l'Evangile et l'Eglise, p. xxiii et p. 67 (2"^ édit., p. loi). Relativement à ce problème, cf. ci-dessus notre note de la p. i47-
échappatoire. Tl est brisé, disait-on, dans sa forme autoritaire et barbare, mais son essence &'en dégage plus pure et plus active.
Delà, cette conception si répandue de nos jours, si séduisante — pure équivoque et illusion d'ailleurs (non au point de vue humain, mais au point de vue catholique) — du symbolisme àes dogmes. Auguste Sabatier^ et Alfred Loisyen sont les représentants, dans l'Eglise protestante et dans l'Eglise catholique. Tous deux ont vu dans les dogmes des constructions de la foi, de l'imagination créatrice, symbolisant nos tendances, aspirations, sentiments moraux, métaphysiques et religieux. Leurs ouvrages ont été condamnés à Rome et c'était inévitable. Rome ne pouvait se suicider en les acceptant et approuvant, alors que sa doctrine est tout à l'opposite. L'Eglise s'affirme, en effet, autorité surnaturelle ayant de par Dieu mission d'enseigner des vérités surnaturelles, des mystères inaccessibles à la raison (Canon I, § IV). Mais il faut bien se garder de confondre ce surnaturel dont parle l'Eglise avec celui dont parlent les philosophes, à savoir l'au-delà du phénomène, la sphère des noumènes et de la liberté^, le suprasensible.
On ne comprendrait rien à la question que nous traitons
1. Esquisse d'une philosophie de la relicjion. Paris, Fischbacher. A Sabatier est mort en 1901.
2. ha. moralité, que les philosophes appellent surnaturelle dans le sens de suprasensible, est, pour les théolog"iens, d'ordre naturel. Et c'est même leur réponse à l'objection : la relig^ion est inutile à l'honnête homme. C'est comme si l'on disait : l'esthétique est inutile à l'honnête homme. On esquive ainsi le problème et c'est tout. Qu'il y ait, dans les dogmes relatifs nu surnaturel proprement dit, des symboles de haute valeur morale, nous ne le nions point. Ce symbolisme moral survit à la ruine du surnaturel qu'entraîne celle de la croyance à la personnalité divine. Mais le symbolisme du dogme dépasse la sphère morale -, il est aussi métaphysique, comme nous le dirons ci-après.
l66 L ÉVOLUTION DE LA FOI CATHOLIQUE
sî l'on s'ohstinait à demeurer dans cette équivoque . Ecoutons un théologien :
« Le naturel^ le préternaturel et le surnaturel sont trois degrés différents de participation, par analogie et non par identité, à l'être divin : le naturel constitue l'être fini dans son espèce et son individualité propres ; le préternaturel^ l'élève à la perfection naturelle d'un être supérieur, mais, comme lui, fini ; le surnaturel l'élève au-dessus de toute perfection naturelle finie, réelle ou possible, et par conséquent le place immédiatement, quoique à une distance encore infinie, au-dessous de l'être divin ^. »
« La vraie notion du surnaturel est celle-ci : à un être créé, Dieu confère une perfection, .une énergie, un don, une grâce tellement supérieure à tout être fini même possible, que nulle créature ne peut l'avoir comme naturelle, comme connaturelle à son essence, et ne peut conséquemment ni la mériter, ni l'exiger, ni l'obtenir par ses propres forces. D'où il sait que si le préternaturel dans une créature inférieure est naturel dans une créature supérieure, le surnaturel mis par Dieu dans l'homme, dans Tange, n'est naturel dans aucune créature supérieure existante ou possible. Il y a donc une distinction aussi essentielle entre le surnaturel et le préternaturel qu'entre celui-ci et le naturel^. ))
Dieu nous communique donc d'une manière mystérieuse sa propre vie, par la grâce sanctifiante ici-bas, par la vision béatifique, intuitive, dans le ciel. Voilà le vrai surnaturel de la théologie catholique, auquel se rapporte ce décret
1. Par exemple, si Dieu, disent les théolog^iens, donnait à un animal des facultés humaines, à l'homme des facultés ang^éliques.
2. Didiot, Logique surnaturelle subjective. Cours de tliéolog'ie de la Faculté de Lille (Paris, Lefort, 1894), no» 5 à 20.