ÉLABORATION DES ÉLÉMENTS DE LA THÉOLOGIE
Ancien testament.
L'ancien Testament renferme-t-il une Théologie'^
Une théologie en images, en mythes, oui; une théologie (proprement dite) en idées philosophiques abstraites, réfléchies,»non.
Ouvrons les premières pages ; nous voilà en face du mythe solennel d'un Dieu organisateur du monde. Y trouvons-nous Xidèe philosophique de la création ex nihilo (du néant) ? Nous ne Vj trouvons que parce que nous l'y apportons préétablie dans notre vision. Ce qui prouve bien que l'auteur inconnu de ces premières pages de la Bible ne s'est point préoccupé de cette question métaphysique, c'est qu'il a laissé subsister un chaos ^ sur lequel s'exerce l'action divine.
Ce qu'il a voulu nous enseigner, c'est que l'homme formé
I. Genèse, I, 2 : « La terre était informe et vicie ; il y avait des ténèbres à la surface de l'abîme et l'esprit de Dieu se mouvait sur les eaux. » Alors seulement Dieu orgfanise ce cbaos et dit : que In lumière soit, etc. Cf. Lois\ , Mythes babyloniens, p. 67.
l6 L ÉVOLUTION DE LA FOI CATHOLIQUE
par Dieu dépend de Dieu ; fait à son image, il doit l'imiter ; or, Dieu est représenté comme un ouvrier faisant sa semaine de travail, réalisant chaque jour des œuvres d'une valeur sans cesse croissante, puis se reposant le septième jour, pour apprendre à l'homme à travailler, lui aussi, et à se ménager un jour pour le repos.
Cela fait bien ressortir la différence entre l'esprit hébreu et l'esprit grec.
Le juif est, avant tout, pratique pour les choses supraterrestres comme pour les choses terrestres. S'il s'élève au-dessus de la simple métaphore, s'il fait ce que l'on peut appeler une théorie, c'est au moyen, non de catégories intellectuelles (comme la substance, l'unité, la pluralité, etc.), mais de catégories morales, pratiques, comme l'idée ou plutôt le sentiment de la justice.
C'est grâce à ce sentiment de la justice qu'après avoir, comme presque tous les peuples de l'antiquité, admis pour l'ombre des bons et des méchants, une existence d'outretombe identique pour tous, sans récompenses ni châtiments, morne et vide, les Juifs sont arrivés, deux siècles environ avant notre ère ^ à affirmer une résurrection de la personne humaine, des justes, tout au moins. C'est au nom de la justice que les prophètes ont annoncé un avenir meilleur et que, peu à peu, s'est formé le mythe d'un Messie^ venant établir ici-bas le règne de Dieu, de la justice et du bonheur.
1. Cf. le Livre de Daniel écrit vers i6o. Les Juifs voyant leurs héros mourir sans récompense terrestre sur les champs de bataille, ont affirmé qu'ils ressusciteraient pour avoir cette récompense. C'est tout clifFérent de la théorie philosophique platonicienne de l'immortalité de Pâme une fois délivrée de la prison du corps.
2. Messie en hébreu et Clirist en grec, veut dire : qui a reçu l'onction (par laquelle on consacrait les rois, les prêtres).
Point de philosophie théorique, donc point de systèmes théologiques dans le sens moderne du mot.
On objectera peut-être la fameuse définition que Dieu donne de lui-même dans l'Exode IIÏ, i/i (viii*^ siècle avant notre ère) : « Je suis celui qui suis. » Mais il y a de grands désaccords entre les modernes philologues relativement non seulement à la prononciation et h l'origine, mais à l'étymologie du nom de Jahvé^ D'après les uns, il vient d'un verbe qui signifie tomber (pierre tombée du ciel, ou, celui qui fait tomber, qui frappe avec l'éclair) ou du verbe soufjp^er, celui qui souffle l'orage ; mais il est bien à croire que celui qui a écrit ce passage connaissait mieux les étymologies que nos modernes et a eu raison de dériver ce mot du verbe être. Seulement, il n'est pas exact que ce verbe ne soit susceptible que du sens métaphysique : celui dont l'essence est d'être, qui est l'être nécessaire, absolu. Beaucoup l'interprètent : celui qui ne change pas, sur lequel on peut compter, qui est immuable dans ses promesses, ou plutôt encore : Israël n'a pas besoin de savoir ce nom mystérieux; Dieu sera pour Israël tout ce qu'il sera; il suffît à Israël d'en faire avec confiance l'expérience.
On ne trouve de vraies expressions philosophiques dans la Bible qu'au dernier siècle avant notre ère, lorsqu'un juif d'Alexandrie écrit en grec le livre de la Sagesse. Pas de doute, c'est bien la philosophie grecque : Dieu appelé « celui qui est » dans le sens métaphysique de cette expression ; le nom des vertus cardinales (justice, prudence, force, tempérance) à la façon stoïcienne^ ; les mots par lesquels le stoïcisme montre l'âme du monde pénétrant