I. Kilber, de Fide. Migne, Théol, t. VI
LE CONCILE DU VATICAN l']3
Autre exemple tiré de l'enseignement du Concile de Trente sur l'Eucharistie : « Si quelqu'un nie cette étonnante et singulière conversion de toute la substance du pain au corps, et de toute la substance du vin au sang (de J.-C), les espèces seules du pain et du vin demeurant^ qu'il soit anathème ! » (Sess. XIII; canon 2.) Ici encore, de bonne foi, est-ce seulement la réelle présence du Christ que le catholique est tenu de croire, ou la transsubstantiation, c'est-àdire un système spécial, dû soi-disant à Aristote, en réalité aux spéculations scolastiques, et où l'on admet que la couleur, le goût, la quantité du pain et du vin, leurs « espèces sensibles )>, sont des qualités que la toute-puissance divine maintient après la disparition des substances qui les soutenaient d'abord, comme notre corps soutient un vêtement? La transsubstantiation était-elle contenue plutôt que Vimpanation dans l'idée de présence réelle, comme telle ou telle propriété du cercle implicitement renfermée dans sa définition? Evidemment non.
Il y a donc, dans le dogme, non seulement croissance « secundum quid », mais additions réelles ; défense est faite au croyant de faire l'analyse de cette nouvelle nourriture spirituelle ; d'où naît peu à peu l'illusion qu'il n'y a pas eu changement, mais croissance normale de la croyance.
C'est donc par loyauté que Gunther regardait les anciennes interprétations dogmatiques comme ayant été les meilleures à tel ou tel moment donné, comme s'harmonisant le mieux avec la civilisation et les besoins de telle époque. « Mais, à mesure que l'exigeait la marche du progrès, elles devaient être remplacées par d'autres, qui se rapprocheraient davantage de la vérité absolue et seraient par conséquent plus conformes aux lumières naturelles de la raison.
lyi l'évolution de la foi catholique
(( Voici un des exemples que Gunther donnait de cette transformation des dogmes. Au v® siècle, disait-il, le Concile d'Ephèse a rejeté la division de l'Homme-Dieu en deux personnes, l'une humaine, l'autre divine. Suivant la psychologie de cette époque, sa condamnation indiquait qu'il n'y a en Jésus-Christqu'une personne en deux natures; elle renfermait donc une part de vérité, car elle exprimait que l'humanité du Christ a été unie au Verbe de Dieu depuis le commencement de son existence. Mais la définition d'Ephèse ne pouvait donner une parfaite intelligence de la doctrine chrétienne, parce qu'on ignorait alors la philosophie telle que le xix^ siècle l'entend. Suivant la philosophie de notre temps, il faut admettre en effet que les deux personnes, la divine et l'humaine, persistent après l'union. Il ne faut donc plus comprendre comme au v^ siècle, qu'il y a dans le Christ, unité réelle dcb personne, mais on doit entendre qu'il est une seule personne formée de deux personnes réunies. C'est d'après le même système que Gunther appelait le Concile de Trente une sorte àHintèrim^ dont on ne pouvait savoir s'il serait remplacé ou non par du définitif ^ »
Le tort de Gunther, c'est d'avoir mis de la sorte la foi h la merci des incessantes variations de la philosophie qui, d'ailleurs, n'atteint pas davantage V absolu que la théologie, et s'exprime en formules qui auront toujours besoin d'être revisées et complétées. Il ne faut pas confondre la théorie de Gunther avec celle de théologiens orthodoxes qui distinguent entre le fond, la substance de la foi, du dogme, et les formules dont on se sert pour l'exprimer. La substance est immuable, les formules ont varié, varient et varieront.
I. Vacant, Éludes Uiéol. sur le Concile du Vatiean, t. II, p. 284-
Voici l'expression de cette doctrine que nous sommes heureux d'insérer ici, non seulement parce qu'elle est de notre très aimé et regretté maître M. Hogan, de Saint-Sulpice, mais parce qu'elle a paru dans un livre muni de l'approbation du R. P. Lepidi, maître du Sacré-Palais:
« Si les plus hautes vérités de la foi dépassent la portée de l'intelligence humaine, l'Eglise ne peut se servir pour les formuler, que du langage humain, toujours imparfait, souvent inexact, si on le prend trop à la lettre ou si on le serre de trop près. Par suite, le développement de l'intelligence du dogme ne peut-il amener, au cours des siècles, des manières nouvelles de parler et de penser qui se rapprocheront davantage des vérités elles-mêmes telles qu'elles existent dans l'esprit de Dieu? Après tout, le langage de la Bible, aussi bien que celui de l'Eglise, n'est qu'un vêtement humain donné à la pensée divine ; ce sont des formes empruntées à certaines manières de voir, à certaine philosophie des choses humaines appliquées en leur temps aux choses divines. C'est ainsi que nous retrouvons dans les diverses définitions dogmatiques des siècles passés, l'empreinte visible de la pensée des Juifs, des Grecs ou des Scolastiques. Ne peut-on imaginer un progrès ultérieur qui permettrait aux théologiens — tout en demeurant fidèles au sens substantiel de ces définitions dont il n'est jamais loisible de s'écarter, — de les exprimer sous quelque forme nouvelle, s'harmonisant mieux à la fois avec un état plus avancé de l'esprit humain et avec l'éternelle, l'immuable vérité * ? »
L'éternelle équivoque revient ici encore : qu'entendre par