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CHAPITRE X

Malgré sa condamnation par le concile du Vatican, le fidéisme a trouvé de nouveaux et, sans nul doute, d'involontaires interprètes en la personne des plus célèbres apologistes de notre époque: M. Brunetière, M. Blondel et l'abbé Loisy. Nous disons : involontaires interprètes, car tous trois souscriraient aux décisions de l'Eglise portées contre les Bautain ou les Schleiermacher ; ils ne s'aperçoivent pas que, tout en désavouant ces systèmes, ils retombent dans des manières de voir et de procéder analogues, sinon identiques. Analysons la pensée de ces trois hommes d'une science, d'une sincérité, d'un désintéressement irrécusables. Si nous contestons la valeur de leurs affirmations, nous l'avons déjà observé, c'est uniquement au point de vue de la théologie orthodoxe.

Forme sociale: M. Brunetière.

M. Brunetière, à la première page du second volume de ses Discours de combat^ indique lui-même le plan de son

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apologétique: « La France, depuis Descartes, dit-il, n'a pas eu de penseur plus original ou plus profond qu'Auguste Comte et l'Angleterre, depuis Newton, n'a pas connu de savant plus illustre que Darwin, ni dont la doctrine ait engendré plus de conséquences. J'admire donc Darwin et Auguste Comte. Je les admire si fort qu'après avoir employé quelque trente ans de ma vie à me les « convertir en sang et en nourriture », selon le mot d'un vieil auteur, j'ai formé le projet d'en employer le reste à tirer de VOingine des espèces et du Cours de philosophie positive les moyens d'une apologétique nouvelle, qu'on trouvera, je le sais bien, non moins hasardeuse que nouvelle, mais dans l'avenir de laquelle je ne mets cependant pas moins d'espoir que de confiance. Le discours qu'on va lire, sur les Raisons actuelles de croire, qui continue le discours sur le Besoin de croire et que continue lui-même le discours sur les Motifs d'espérer y est un essai de cette méthode. »

Le besoin de croire^ est inhérent à la nature humaine: réalité de la cause extérieure de nos sensations physiques, valeur de la loi morale, réalité de l'absolu, de l'infini, du parfait, tout cela est objet non de démonstration, mais de croyance, or, c'est tout cela qui constitue la vie même de l'esprit humain, de la conscience humaine.

M. Brunetière le montre on ne peut mieux. Mais cette croyance naturelle, autonome, ce « consentement de soimême à soi-même », comme dit si bien Pascal, n'est nullement la foi surnaturelle, hétéronome, h une autorité extérieure. M. Brunetière le reconnaît lui-même (p. 822). Pourquoi, dès lors, poursuivre l'argumentation? Elle est

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