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LA RENAISSANCE DU (( FIDÉISMÏ; )) l85
cette même tentative d'édifier le surnaturel théologique sur le surnaturel philosophique, le suprasensible, qui est le naturel^ pour les théologiens. M. Blondel et M. Loisy auront soin d'y joindre la foi chrétienne affirmant, expérimentant elle-même sa propre valeur; voilà pourquoi nous appelons ces théories une renaissance fidéiste. M. Brunetière, plus ou moins fidèle à la vieille exégèse, a pu et su éviter du moins cet inconvénient. Si, donc, nous lui appliquons la dénomination de fidéiste^ c'est que son langage^, au sujet de la philosophie, n'est rien moins qu'orthodoxe. « Capable de construire de savants et quelquefois admirables systèmes, capable aussi, sur toutes les questions, et même sur celles qui nous intéressent, de nous fournir deux ou trois réponses, la philosophie, réduite à ses seules ressources, ne l'est, ni de déterminer notre choix entre ces réponses, ni surtout de nous démontrer qu'il y en ait une de préférable aux autres. Cela la passe et la dépasse ! Elle a besoin ici d'un secours étranger. » Que M. Brunetière veuille bien relire les condamnations de Bautain, de Bonnetty et le Canon I de revelatione du Concile du Vatican, et il se convaincra vite qu'il a inconsciemment réédité la théorie des traditionalistes mitigés.
I. P. 22, 23. — Dans un discours (supplément des Débals du lo mai 1904), prononcé à Amsterdam, sur les Difficultés de croire, M. Brunetière soutient à bon droit que « l'affirmation du surnaturel est inséparable de l'affirmation de l'existence de Dieu ». Mais 1° il retombe dans l'équivoque coutumière : parle-t-il du surnaturel des théologiens ou de celui des philosophes ? 2'^ il semble toujours considérer l'affirmation de l'existence d'un Dieu personnel comme une chose qui va de soi, ce que l'Eglise elle-même n'admet point. « Ce n'est pas une objection qu'il s'agit aujourd'hui de réfuter, ni même dix, c'est une « mentalité » qu'il s'agit de refaire. » Dans ces paroles qui terminent le discours, il semble bien que la mentalité préconisée par M. Brunetière soit ce que l'Eglise appeUe fidéisme.
i86 l'évolution de la foi catholique
Forme philosophique : M. Blondel.
Malgré les obscurités d'expression dans lesquelles s'enveloppe la pensée de M. Blondel, elle est, sans conteste, le coup de sonde le plus profondément et le plus sûrement jeté, à notre époque, dans les abîmes de la croyance. Elle donne une forme à la matière fournie par M. Loisy, qui, en reconnaissant les données de la conscience comme le nécessaire complément de l'histoire, en arrive, nous le dirons plus loin, à des vues analogues mais insuffisamment développées.
Les numéros des i6 janvier, i*^*" et i6 février igo/i, de la revue ha Quinzaine'^ contiennent une étude des plus importantes de M. Blondel sur les Lacunes philosophiques de l'exégèse moderne. M. Blondel se défend de toute allusion personnelle et entend n'examiner que des systèmes-types : V extrinsécisme où il est facile de reconnaître la théorie scolastique classique, et Vhistoricisme qui prétendrait légitimer la foi chrétienne et catholique par les faits seuls de l'histoire.
Ce que les extrinsécistes considèrent dans les faits, ce ne sont pas les faits eux-mêmes, ni « leur contenu original, leur relation réelle avec le milieu où ils ont apparu, leur place dans la chaîne historique; c'est un caractère accidentel, extrinsèque et générique ; ce par quoi un phénomène, peu importe lequel, apparaît miraculeux ou surnaturel ».