‹ L'évolution de la foi CatholiqueChapitre 124 sur 164 · Cfr. Note XL · texte numérisé non relu

Cfr. Note XL

2. Nous assistons à l'idéalisation progressive de Marie, mère de Jésus : nous avons entendu définir son Immaculée-Cœiception ; l'Assomption viendra

igo l'évolution de la foi ca.tholique

même chez l'homme le plus sincère, dès que la passion religieuse ou autre s'éveille et s'exalte. Qu'elle ait, dès le début et ultérieurement, idéalisé l'image perçue et l'impression reçue, c'est une chose incontestable et dont M. Loisy s'est admirablement rendu compte, surtout dans son étude sur le Quatrième És^angile^ lequel Evangile n'est qu'une « idéalisation » des récits synoptiques.

Dès lors, toute la série des alternatives dressées contre l'historicisme par M. Blondel se retournent contre lui : comment choisir entre le Jésus historique et le Jésus de la croyance, entre l'Évangile réalisé par l'Eglise et l'Évangile idéal, entre l'explication strictement psychologique de l'histoire chrétienne et son explication surnaturelle ? Le christianisme, l'Église, ne sont-ils pas créés en grande partie par les besoins et aspirations mystiques de l'Humanité, romans sublimes, mythes admirables et féconds, fondés sur le Christ, mais non par le Christ? Et, ajouterons-nous, le Christ n'est-il pas, de la même manière, fondé 5M7^ Jésus?

Comme M. Loisy, M. Blondel en appelle à VEsprit- Saint^, « aux suggestions de l'Esprit invisible simultanément présent à tous les moments de la durée et à toutes les formes de la civilisation ». C'est 1' « Esprit » qui maintient, nous a dit Loisy, Vhomogénéité du développement, d'où résulte une évolution, non un changement, C'est lui qui empêche l'idéalisation de devenir un mythe, un roman. Mais qui ne voit que, dans cette affirmation de l'existence et du rôle

bientôt sans doute ajouter un trait nouveau à l'idéale image. Cf. Ribot : L'imagination créatrice, et la Logique des sentiments (Alcan).

I. C'est la seule manière d'expliquer ce qu'on appelle « la conscience chrétienne », la « conscience de l'Egalise ». Poser cette conscience a priori est donc une forme non avouée, mais réelle, du Jîdéisme.

de rR]sprit-Saint, il y a pétition de principe, ou fidéisme, comme on voudra ?

Seconde difficulté. La même que nous opposions ci-dessus h M. Brunetière : ou bien affirmer sans preuves suffisantes le surnaturel (e.t c'est encore le fidéisme), ou bien laisser inexpliqué et injustifié le passage du naturel au surnaturel.

Car si M. Brunetière demeure dans l'équivoque au sujet du surnaturel, il n'en est pas de même de M. Blondel qui sait très bien que le surnaturel théologique (la « déification » de l'homme) ne doit pas être confondu avec le surnaturel philosophique, le supra-sensible.

Comment passer de l'un à l'autre ? « Quelle garantie rationnelle, quelle justification philosophique est-il possible d'invoquer ici contre les fantaisies du vœu propre et l'illuminisme des intuitions ou des déductions outrancières ? » \J extrinsécisme nous la donnait : des miracles bien et dûment, historiquement, constatés (pensait-on), prouvaient l'autorité divine obligatoire de l'Eglise qui nous enseigne nos fins surnaturelles. Tout cela se tenait, une fois admis le point de départ.

Nous cherchons en vain l'équivalent dans les œuvres de M. Blondel. Nous y trouvons bien les appréciations, les {sentiments de M. Blondel qui estime certains faits de l'histoire religieuse, humainement, naturellement inexplicables, mais il nous a trop bien dit lui-même que ces questions de possibilité « ne relèvent pas de la science positive » pour que nous voyions dans ces affirmations d'impossibilité d'explication naturelle et ce recours au surnaturel autre chose qu'une affirmation individuelle de foi, contagieuse pour des tempéraments de même complexion psychique, inactive, indifférente pour les autres.

ig2 L EVOLUTION DE LA FOI CATHOLIQUE

Certes, nous admirons et acceptons en grande partie les théories exposées dans 1' « Action » ^ par l'éminent penseur, mais plus nous relisons ces belles pages de philosophie vivante, moins nous y trouvons la véritable légitimation du passage du naturel au surnaturel chrétien, autrement que comme une hypothèse^. Hypothèseque la réalité justifie, dira-t-on. Mais c'est le point contesté, car il n'est pas d'effort moral que l'on puisse à priori déclarer impossible à la nature humaine — ou dont l'on ne trouve le semblable, l'équivalent, dans d'autres religions, ou en dehors de toute religion positive. M. Blondel montre bien qu'il n'y a aucune contradiction et incompatibilité entre les théories théologiques chrétiennes et les théories psychologiques et métaphysiques les plus exactes. Il ne va pas au delà. Quant à considérer les dogmes comuie nous révélant les « profondes exigences de la volonté » qui découvre en eux « l'image de nos besoins réels et la réponse attendue^ », cette apologétique renouvelée de Pascal et approfondie par M. Blondel et son école*, laisse subsister tout entier le problème : ces dogmes, ces mythes (le mythe d'un Dieu personnel tout le premier) ne répondent-ils pas à nos besoins, précisément parce qu'ils ont été créés par notre sentiment religieux lui-même

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