XV, 8. Cf. chap. II, III
4. XVI, 12 ; XVIII, i5. — Cf. aussi : chap, xiii, la théorie de la connaissance de Dieu par analogie.
C'est une sorte de positivisme surnaturel : « le vent souffle OÙ il veut ; tu entends le bruit et tu ne sais d'où il vient ni où il va; de même pour ce qui a rapport à la naissance par l'esprit... » « ... Le royaume de Dieu est semblable à ce qui se passe lorsqu'un homme a jeté la semence dans la terre; qu'il dorme ou qu'il veille, la semence croît, sans qu'il sache comment » (Marc, IV, 26). Les « quomodo », les comment, qu'ils sortent des lèvres de la Vierge Marie (Luc, I, 34), ou de celles du candide Nicodème (Jo., IH, 4) ou des Juifs plus ou moins perfides (Jo., VI, 53) sont toujours fort mal accueillis, comme des manques de confiance, de « foi », dans le sens que nous verrons plus tard être le sens évangélique.
En somme, l'homme, dans l'Evangile, sans raisonner, emploie le divin « sensible à son cœur » un peu comme l'ignorant emploie l'eau, le feu, l'électricité, sans sas^oir et sans avoir besoin de savoir ou chercher à saçoij' un mot des théories physiques et chimiques, ou comme l'artiste, qui peut éprouver les plus profondes émotions esthétiques et créer des œuvres merveilleuses et serait très embarrassé si l'on venait lui demander ce que c'est au juste que le Beau.
On objectera un ou deux textes où la foi est présentée comme une connaissance : « Il vous a été donné de connaître les mystères du royaume des cieux^ » mais la critique prouve que cette parole n'est pas de Jésus dont l'enseignement moral a toujours été simple et sans mystères pour les hommes de bonne volonté ; c'est une interprétation des paroles de Jésus par le rédacteur du premier évangile qui écrivait cinquante années après la mort du Christ et
I. Matth., XIII, II. Cf. Loisy, Études évangéliques, i''^ partie : Les paraboles, p. 90 ;\ 97.
voulait expliquer, par le prétendu caractère mystérieux de l'enseignement de Jésus, la non-conversion de tant de Juifs à cette doctrine.
La critique attribue également à un pieux inspiré, se servant de textes bien connus de l'Ancien Testament, le passage : « Personne ne connaît le Père que le Fils et celui à qui il plaît au Fils de le révéler^ ». J^à encore c'est de V interprétation, ce n'est plus V enseignement authentique de Jésus.
Il y a surtout le texte : « Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit >>. Mais d'abord, il n'y a là aucune théorie relative aux rapports métaphysiques du Père, du Fils et de l'Esprit ; puis on comQience à se douter^ que le texte est peutêtre une interpolation de la formule usitée du baptême et qu'il faut lire : (( Allez, enseignez toutes les nations, leur apprenant à observer tout ce que je vous ai prescrit » — ce qui est, certes, une, formule toute pratique.
Le fidèle écho de la prédication de Jésus, la /b/ primitive, nous les avons peut-être plus fidèlement encore que dans les synoptiques, dans l'opuscule, retrouvé il y a vingt ans par Philothée Bryennios, évêque de Nicomédie : la célèbre (( Didachè ton Apostolon », « l'Enseignement des douze Apôtres ».
1. Matth., XI, 27; Luc, X, 21, 22. Cf. les similitudes avec le livre de V Ecclésiastique, Ll ; Loisy, l'Évangile et VÉglise (2^ édit., chap. m, ^ i ; chap. II de la i'^ édition).
2. Avant le Concile de Nicée, dans 17 citations, Eusèbe de Césarée cite ce texte sans : « les baptisant, etc.. » ; après le Concile, il emploie le texte ordinaire. Cf. Revue d'histoire et de Uttéî^ature religieuse, 1908, mai-juin, p. 292.
Ce petit ouvrage fut écrit sans doute dans la Syrie OU la Palestine, vers l'an i5o, d'après Philothée Bryennios, Harnack, etc., ^ d'après d'autres vers le milieu du premier siècle, avant les grandes courses missionnaires de saint Paul, avant ses Epîtres, avant les Évangiles. C'est l'avis de P. Sabatier qui a donné une des premières éditions de la « Didachè », enrichie de notes et d'une étude du plus haut intérêt.
Or, dans cet ouvrage, aucune préoccupation théologique. « La Didachè ne connaît pas l'hérésie. Il faut écarter de la communion, non pas ceux qui pensent de travers, mais ceux qui agissent mal. L'anathème porte sur la conduite et non sur la pensée. Nous avons là une véritable discipline ecclésiastique qui ignore l'hérésie dogmatique, mais défend toute communication avec celui qui a commis ce qu'on pourrait appeler une hérésie morale^. » Il s'agit de n'être pas exploité par de faux frères, qui, sous le nom d'apôtres ou de prophètes, se feraient héberger pendant trop longtemps ou extorqueraient de l'argent; aucune précaution n'est prise contre des écarts doctrinaux ; de même, on choisit les évêques d'après leurs mœurs et leur conduite, on ne leur demande pas une confession de foi^. Le mot de docteur et à^ enseignement revient à plusieurs reprises, sert même de titre à l'ouvrage, mais les premiers chapitres, consacrés à résumer cet enseignement, prouvent bien que si l'auteur admet (ce n'est pas contestable) les croyances chrétiennes relatives à Dieu, à la
1. « Avant la fin du premier siècle », dit le très orthodoxe Bardenhewer, les Pères de l'Eglise, t. I, p. 4i-
2. La Didachè. Texte et commentaire par P. Sabatier, p. i64- C'est l'écho de l'Evangile : « Gardez-vous des faux prophètes, vous les reconnaîtrez à leurs fruits » (non à leurs systèmes). Malth., YII, i5.