CHAPITRE XI
Nulla rei fit scissura, Signi tanturn fit fractura.
La vie triomphe toujours de l'abstraction ; V « âme tout entière » est mise en mouvement par la vibration d'une seule de ses parties; c'est ainsi que l'émotion cherche à s'intellectualiser, que la foi veut l'approbation, l'assentiment de l'intelligence.
Et que Ton ne dise point que le sentiment religieux ne gagne pas davantage à s'intellectualiser que le sentiment esthétique. Si l'on faisait dépendre le sentiment de la théorie, ce serait vrai, mais si la théorie est vraiment l'expression intellectuelle du sentiment spontanément éprouvé, elle n'a rien que de légitime, pourvu qu'elle demeure libre de toute contrainte, toute spontanée elle aussi ; elle n'est autre chose alors que le sentiment prenant pleine et entière conscience de lui-même, se comparant aux autres éléments de la vie de l'âme, se contrôlant ainsi, arrivant à pouvoir se juger, apprécier sa valeur objective, et en même temps s'autosuggestionnant par les images et idées issues de lui-même.
L'Eglise a donc eu raison de maintenir les droits de l'intelligence et de lutter contre le fidéisme — du moins consi-
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déré comme système-type, car il se présente toujours, dans la pratique, plus ou moins mitigé.
Pourtant, ne Tavons-nous pas vue blessée, dans le combat, par ces armes de la critique philosophique et historique avec lesquelles elle prétendait vaincre? Et n'y a-t-il pas là une sorte de contradiction ? Contradiction aussi, en ce sens que nous venons nous-mêmes de donner raison, sur un point, aux fidéistes, en déclarant que le sentiment religieux est indépendant, du moins quant à son origine, de l'intelligence abstraite et logique ? L'histoire de la conscience religieuse dépose, d'ailleurs, en leur faveur, en nous attestant la perpétuelle renaissance du système sous des formes diverses. Bien plus, la théorie traditionnelle de l'Eglise renferme un élément fidéiste puisque, en plus des éléments intellectuels, elle exige l'intervention du sentimentreligieux sous les espèces du « pius afFectus », de la « suavitas in credendo et consentiendo* ».
Mais il n'y a dans tout cela contradiction que si l'on oublie la distinction entre la foi naturelle ou sentiment religieux, et la foi surnaturelle, dogmatique et miraculeusement révélée.
Quant à la foi naturelle (morale, métaphysique ou mystique), le fidéisme est le vrai, en ce sens du moins que l'élément le plus profond de la croyance, et aussi son appréciation au point de vue qualitatif, échappent au raisonnement et autres procédés de l'intelligence abstraite.
S'il s'agit, au contraire, de la foi surnaturelle^ consistant à admettre des vérités inaccessibles à la raison, enseignées de la part de Dieu par une autorité surnaturelle exclusive