I. Cf. chap. V, dernier paragraphe
' 2. Dans le sens théologique exposé au chap. x.
CONCLUSIONS 2o5
de toute autre forme religieuse et s'imposant à toute conscience, le fidéisme n'est plus qu'une affirmation gratuite, une hypothèse individuelle, irréfutable sans doute, comme telle ou telle préférence en matière d'art, mais ne s'imposant pas davantage a toute conscience. La supériorité, la « transcendance » que le catholique revendique pour son Eglise, le protestant, le bouddhiste, etc., la proclameront relativement à leur secte.
On ne sortira de la difficulté qu'en admettant sous divers noms (catholicisme symboliste \ protestantisme libéral, judaïsme libéral) des croyances purement symboliques^. L'Eglise catholique n'a jamais accepté ce symbolisme ; quelle que doive être dans l'avenir l'évolution de l'Eglise, elle ne peut, sans se renier elle-même, cesser d'être une religion d'autorité, ni admettre que son autorité ne soit qu'un symbole, ce qui serait un non-sens. De plus, ce symbolisme n'est qu'une timide et inavouée réalisation de l'évolution de la foi surnaturelle et de son retour à la foi naturelle ; c'est un expédient de transition, respectable lorsqu'il sert à éviter bouleversement et cataclysme à certaines consciences obstinément attachées aux impressions héréditaires, mais qui ne saurait servir à grouper des consciences demeurées étrangères à la formation ecclésiastique traditionnelle. Ces institutions libérales, en effet, ne se maintiennent que par la survivance, dans le langage, de certains termes: « l'Eglise », « le Christ », « Dieu », sous lesquels
1. On ne dit pas catholicisme libéral, ce terme étant depuis long-temps appliqué au système des Montalerabert, des Dupanloup : l'Eglise libre dans l'Etat libre.
2. Symboles moraux et métaphysiques. Il en est ainsi pour Loisy. Kant n'admettait qu'un symbolisme moral.
2o6 l'évolution de la foi catholique
chaque fidèle met d'ailleurs ce qu'il veut ou ce qu'il peut \ Ce pseudo-dogmatisme est un écho; ce n'est plus une voix vivante ; ou, du moins, ce qui vit en lui, c'est l'éternelle conscience humaine. Au lieu de perdre le temps à galvaniser de vieilles formules, il vaut mieux habituer cette conscience à se retrouver elle-même et à se créer des expressions plus simples et plus efficaces.
Le symbolisme est acceptable toutefois comme méthode d'explication historique ; il nous fait voir comment la foi natureUe de la conscience humaine a « construit » la foi surnaturelley selon les temps et le milieu. Il nous fait aussi comprendre pourquoi la disparition delà forme dogmatique, despotique, de la foi n'entraîne en aucune manière la ruine de sa forme naturelle et spontanée^; il nous rappelle enfin que les formes nouvelles devront répondre aux mêmes aspirations et aux mêmes besoins psychologiques auxquels la foi dogmatique donnait satisfaction. Par exemple, l'humanité aura toujours besoin d'excitation, d'exaltation et d'enthousiasme dans son effort souvent si pénible vers le mieux ; toujours elle aura besoin d'une sérieuse et méthodique éducation morale. C'est parce que l'humanité avait incarné les plus hautes aspirations de sa conscience dans les dogmes chrétiens que ces mythes exerçaient sur elle une suggestion morale profonde, bien plutôt qu'en vertu de leur sens littéral, puisque la critique en démontre l'inanité. Nos pères s'y sont trompés : ils ont pris des procédés pour des
1. On répond que les difficultés qui naissent des dogmes ne frappent guère que les natures intellectuelles. Mais i» beaucoup de ces difficultés sont de l'ordre du sentiment, par exemple l'invincible répugnance que nous cause l'idée de châtiments éternels j 2° l'orientation actuelle de Pliumaiîité est et sera de plus en plus scientifique, donc intellectuelle.